Faits et effets — Les contre-modèles

Ils faisaient partie de cette équipe qui se faisait appeler les « avengers ». Des avocats qui avaient vu dans le drame de la veuve de Soopramanien Kistnen une occasion de se faire un peu remarquer, à défaut de se retrouver au prétoire pour de grands procès mémorables et déterminants.

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Deux d’entre eux, Sanjeev Teeluckdharry et Anoup Goodary, dont la trajectoire, pour dire le moins, mouvementée, est complaisamment occultée par certains médias, se sont vite rappelés à nos mauvais souvenirs. Il se trouve qu’ils représentent tous deux le professeur de musique Frédéric Pavaday interpellé dans le cas des accusations d’abus sur des mineurs.
L’un s’est fendu d’un commentaire sur le carême chrétien et le Ramadan, sur Jesus et sur le pardon. L’ancien Deputy Speaker du MSM s’est cru autorisé à invoquer la religion, catholique en l’occurrence, parce que c’est la Loreto Junior School qui est concernée par les allégations visant son client. La référence n’a, évidemment, rien de fortuit.

Il paraît que cela a choqué plus d’un. Oui, ces allusions sont sidérantes parce qu’un avocat, impliqué dans ce genre d’affaire particulièrement délicate et impliquant une mineure, a le devoir de la plus stricte réserve. En même temps, est-ce bien surprenant de la part de cet avocat qui a, pour ceux qui feignent de l’oublier, souvent occupé les grands titres de la presse pour de très mauvaises raisons ?

Que faut-il attendre d’un Deputy Speaker qui, pour voler au secours de ses collègues du MSM, sort, sur une intonation des plus sérieuses, la désormais célèbre « don’t make gestures with me » à l’adresse de Paul Bérenger, avant de l’expulser et décider de la même sanction à l’encontre de trois autres de ses collègues du MMM ? La traduction littérale « pa fer zes ar mwa » avait, toutefois, beaucoup amusé les travées de l’Assemblée Nationale. On fait la petite histoire du Parlement comme on le peut.

Et ce n’était pas fini puisque, quelques mois après, celui qui est Deputy-Speaker écrit très officiellement à son supérieur hiérarchique, sa collègue de parti Maya Hanoomanjee, pour se plaindre de ses « maigres per diem » de « seulement Rs 70,000 » et les déplacements qui lui sont proposés, rien qu’en Afrique et dans des pays qualifiés de « sous-développés et dangereux » ? C’était en novembre 2017. Et Maya Hanoomanjee avait décrété « qu’il n’a pas compris les règlements ». Entre eux, ça peut craindre aussi…

L’avocat de Frédéric Pavaday avait aussi été inquiété par la commission Lam Shang Leen pour ses liens présumés avec des trafiquants de drogue. Il essaya même d’éviter une audition devant la commission, mais avait fini par devoir se présenter pour s’expliquer sur ses 89 visites non-sollicitées à des trafiquants incarcérés.

La publication du rapport entraînera sa démission comme Deputy-Speaker, lui-même et une flopée d’élus et membres du MSM étant littéralement ratiboisés dans ce rapport sur le trafic de drogue. Le député à mandat unique de Pamplemousses/Triolet va évidemment contester le contenu du rapport le concernant mais, comme beaucoup de ses semblables, il n’obtiendra qu’une réparation infime et partielle.

L’autre avocat de Frédéric Pavaday, Anoup Goodary a, dans cette même affaire, fait encore mieux. Il a publié sur ses réseaux sociaux une copie d’un document auquel il a eu accès en tant que représentant du prévenu où le prénom et le nom de la plaignante mineure sont cités. Le tollé a été immédiat et justifié.

Devant le scandale provoqué par ce qui est plus qu’une indélicatesse, mais une infraction tant à la loi qu’au code d’éthique de la profession, le Bar Council a été contraint de se fendre d’un communiqué des plus minimalistes signé de son secrétaire Yatin Varma.
Contrairement à la jeune fille victime, le nom de l’avocat visé n’est pas nommément cité, et les décisions annoncées restent extrêmement vagues. Ceux qui auraient à redire du comportement de cet avocat étant renvoyés au Law Practitioners (Disciplinary Proceedings) Act de 2025.

 

L’ironie veut que c’est l’actuel président du Bar Council, Me Antoine Domingue qui représente, avec Ivan Collendavelloo, Anoup Goodary dans sa plainte visant la constitutionnalité de la Law Practitioners Act et déposée le mois dernier. Ce sont les mêmes avocats qui avaient représenté Anoup Goodary dans ses démarches visant à éviter une comparution devant un comité disciplinaire convoqué par le Bar Council après qu’il eut posté un appel à manifestation depuis sa… baignoire.

Anoup Goodary qui a longtemps affiché des pancartes pour proposer ses services dans la région de Grand Baie est, de toutes façons, un habitué des convocations du Bar Council parce qu’il prend énormément de libertés avec le code d’éthique régissant la profession.
C’est probablement pour prévenir toute autre convocation qu’il avait essayé de faire son entrée au Bar Council mais, en 2023, il n’avait recueilli que 4 votes, ce qui, en lui-même, dit beaucoup de son rayonnement au sein de la profession. Voilà pour résumer ceux qui défendent Frédéric Pavaday et les méthodes qu’ils utilisent. Une honte !

Puisqu’on en est aux abus sur mineur, l’étonnement est aussi de mise dans l’affaire du Père Patrick Fabien, accusé d’avoir eu des gestes déplacés sur deux mineures et qui n’est sanctionné que de 5 années de « mesures préventives » suivant les recommandations en interne à la hiérarchie de l’Église.

Apprécié par les uns et critiqué par les autres, le père Fabien est celui qui s’était autorisé à interdire la diffusion d’une chanson qui n’avait rien de provocant ni d’offensant à un enterrement auquel il officiait, même si la famille avait insisté que c’était le vœu du défunt. Il avait aussi froissé les paroissiens de St Patrick en voulant imposer certains candidats plutôt que d’autres lors des débats politiques organisés en marge des dernières élections générales.

Ici encore, c’est la justice privée qui a pris le dessus sur la justice normative et républicaine qui veut que tous soient égaux devant la loi et passibles de peines proportionnelles à la nature et à la gravité du délit commis. C’est comme ça que certaines dérives sont banalisées. Avocats, prêtres, les mêmes contre-modèles !

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