MOYEN-ORIENT — Escalade militaire préoccupante : Turbulences économiques à l’horizon à prévoir sur le plan local

Craintes d’effets directs sur les prix alimentaires et des biens de consommation, la production d’électricité et l’inflation

L’escalade des tensions militaires entre l’Iran, les États-Unis et Israël fait planer une incertitude croissante sur l’économie mondiale. Pour une île fortement dépendante des importations et du transport aérien, Maurice pourrait ressentir les effets de ce conflit sur plusieurs fronts, notamment logistique, énergétique et touristique. Si les impacts restent encore indirects, les signaux de perturbation se multiplient et soulèvent des inquiétudes à l’horizon économique dans les semaines et mois à venir.

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Premier facteur de préoccupation : le pétrole. Les marchés internationaux ont déjà réagi aux tensions géopolitiques, entraînant une remontée des prix. Toutefois, l’impact local n’est pas immédiat. Comme l’explique Yohann Lanfray, Chartered Financial Analyst, « la hausse du prix du pétrole que la question implique est celle des marchés internationaux, pas encore celle au niveau local qui est dirigé par le Petroleum Pricing Mechanism et le Petroleum Pricing Committee de la STC. Celle-ci prend en considération plus d’éléments que la récente fluctuation des prix au niveau international, comme le cours du dollar et l’évolution du Price Stabilisation Account, cela ne garantit donc pas une hausse des prix du carburant pour le moment. »

Yohann Lanfray, Chartered Financial Analyst

Pression sur les prix
Cependant, la pression s’accentue… « La dernière décision du PPC était au début de novembre de l’année dernière, le prix du pétrole a depuis connu une chute en décembre avant de rebondir en janvier, et connu un plus fort élan avec les tensions géopolitiques du Moyen-Orient en février. Ce qui est sûr pour le moment, c’est que cette tendance met la pression sur le prix du carburant au niveau local. Et comme ce dernier est un facteur principal du coût de la vie général, lui aussi est sous grande pression », a ajouté Yohann Lanfray.

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Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique par lequel transite près de 20% du pétrole mondial. Bhavish Jugurnath, économiste et Chartered Financial Analyst, met en garde. « Les implications économiques immédiates sont frappantes : toute perturbation prolongée des flux via Ormuz resserre l’offre mondiale d’énergie, exerçant une pression à la hausse sur les prix du carburant et des matières premières, alimentant l’inflation et augmentant les coûts pour l’industrie manufacturière, le transport et les biens de consommation. » Il souligne également qu’il n’existe « aucune route alternative rapide capable de remplacer les volumes massifs qui transitent par ce passage étroit », ce qui ajoute une importante prime géopolitique aux prix de l’énergie.
Pour Maurice, l’impact pourrait être direct. « La fermeture du détroit d’Ormuz implique des conséquences économiques immédiates et mesurables pour Maurice, compte tenu de sa dépendance quasi totale aux produits pétroliers importés. Une forte hausse des prix mondiaux du brut — par exemple une augmentation de 10 à 15% sur les marchés internationaux — pourrait se traduire par une hausse significative des prix à la pompe au niveau local. »

Bhavish Jugurnath, économiste et Chartered Financial Analyst,

Selon lui, si le litre d’essence se situe actuellement entre Rs 55 et Rs 60, « une flambée prolongée pourrait faire grimper les prix de plusieurs roupies par litre lors de la prochaine révision, potentiellement vers ou au-delà de Rs 70 selon la durée de la perturbation et l’évolution du taux de change » .

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Une telle hausse aurait des effets en cascade sur l’économie. « Ces augmentations feraient grimper les coûts de transport et de logistique, impactant directement les prix alimentaires, les biens de consommation, la production d’électricité et l’inflation globale. » En tant que petite économie ouverte, Maurice subirait également une pression sur sa balance commerciale et ses réserves en devises, tandis que les entreprises du tourisme, de l’industrie manufacturière et de la distribution verraient leurs marges se resserrer. Vu le contexte actuel, l’économiste réitère encore une fois « l’importance stratégique d’accélérer l’adoption des énergies renouvelables » afin de réduire l’exposition aux chocs pétroliers.
Au-delà de l’énergie, la logistique constitue un autre maillon vulnérable. Yohann Lanfray met en exergue que « les attaques et représailles ont grandement affecté le monde du transport en général, donc nous pouvons nous attendre à beaucoup de perturbations au niveau de l’approvisionnement des marchandises au niveau global. Bien entendu, il est difficile à ce stade de définir précisément ces perturbations —  nous pouvons seulement espérer être chanceux au niveau local, mais au vu des plans de cartes des transports que les rapports montrent — cela semble difficile. »

Des routes maritimes rallongées, des primes d’assurance plus élevées et des délais accrus pourraient renchérir le coût du fret. Pour une économie dépendante des importations alimentaires, pharmaceutiques et industrielles, la moindre perturbation se répercute rapidement sur les rayons des supermarchés. Les importateurs pourraient absorber une partie du choc, mais à moyen terme, la hausse des coûts serait difficilement soutenable sans ajustement des prix.

Tourisme : climat d’incertitude
Le secteur touristique, pilier de l’économie, évolue dans un climat d’incertitude. La fermeture de plusieurs espaces aériens affecte le transport aérien dans la région du Moyen-Orient. Les reconfigurations de vols et la suspension de certaines liaisons transitant par le Moyen-Orient compliquent la connectivité aérienne. Yohann Lanfray parle de « davantage de volatilité et de perturbations que ce qu’on a connues dans le passé », cela d’autant qu’il « ne semble pas avoir d’apaisement des tensions en vue au Moyen-Orient, et des conflits internationaux en général, au contraire, ils semblent s’intensifier. Cette situation crée à la fois plus de danger et de perturbations pour notre secteur touristique. »
Du côté du ministère du Tourisme, Richard Duval, ministre de tutelle, explique que tout est mis en œuvre actuellement « afin de trouver des solutions pour les passagers d’Emirates devant rentrer ou venir à Maurice, » et de mentionner la décision de « venir en aide à Emirates dans le court terme ».

Il convient de préciser qu’une partie des touristes qui viennent en vacances à Maurice a l’habitude de transiter par le hub aérien de Dubaï, notamment pour 9,2% des Français, 28,9% des Allemands, 25,1% des Italiens, 30% des Britanniques et 44,0% des Chinois. En 2025, sur 1 411 791 arrivées touristiques à Maurice, 275 818 visiteurs avaient transité par les Émirats arabes unis, ce qui représente une moyenne de 20% du flux touristique local transitant par Dubaï.

En conclusion, le ministre du Tourisme concède que si cette guerre se poursuit, « cela aura une série de conséquences sur plusieurs aspects : carburants, tourisme et même produits de consommation ». Le pays se retrouve face à un scénario difficile qui se profile, avec une hausse potentielle des prix du carburant, des pressions attendues sur les chaînes d’approvisionnement et l’incertitude sur l’évolution des flux touristiques. Dans un contexte où la géopolitique influence directement les marchés, notre résilience dépendra également de notre capacité d’adaptation.

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Huile Lourde — Le ministre Assirvaden : « La situation est sous contrôle »

Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a présidé hier à la mi-journée une réunion avec les responsables du Central Electricity Board (CEB) ainsi que des représentants du ministère afin de faire le point sur les réserves d’huile lourde utilisées pour la génération d’électricité.

À l’issue de cette rencontre, le ministre a précisé que Maurice dispose actuellement de deux catégories d’huile lourde, à savoir la 180 et la 380. Les stocks de Heavy Fuel Oil 180 assurent une autonomie de 36 jours, tandis que ceux de la 380 couvrent une période de 49 jours. Il a également indiqué qu’un navire en provenance des Émirats arabes unis est attendu le 19 pour renforcer les réserves existantes.

Patrick Assirvaden a souligné que, pour l’instant, la situation est sous contrôle. Toutefois, par mesure de précaution, un plan B est envisagé. « Nous travaillons également sur des alternatives, notamment en prenant contact avec différents pays, dont l’Inde, au cas où nous nous retrouverons à court d’huile lourde », a-t-il déclaré. Il a tenu à rassurer la population : les réserves sont disponibles et les autorités suivent la situation de près.

 

 

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