EMMANUEL ARGO, Président de l’Africa Mundus Institute/AMI
Vice-chairman for the Marcus Garvey Institute/USA
Member for the World Peoples Assembly
J’ai rencontré Jesse Jackson pour la première fois le 10 mai 1994. C’était en Afrique du Sud, à Prétoria, où j’avais auparavant contribué aux négociations préparant la fin de l’apartheid. Présents aux cérémonies d’investiture de Nelson Mandela, premier président noir de son pays, nous étions parmi d’autres afrodescendants : Camille Cosby, épouse de Bill, l’artiste Harry Belafonte, l’ancien maire de New-York David Dinkins ou encore Colin Powell et d’autres Américains moins célèbres. Aux côtés de la Première Dame des États-Unis, Hillary Clinton, ils faisaient partie de l’une des plus importantes délégations invitées à cet évènement retransmis par les chaînes de télévision aux quatre coins du monde.
J’ai fait plus ample connaissance avec Jesse Jackson, plus tard aux États-Unis, ce qui m’a permis d’observer son habileté à éviter discrètement de s’afficher sur la photo aux côtés de Colin Powell, ancien général en chef de l’armée américaine pendant l’invasion américaine en Irak devenu Secrétaire d’État dans le gouvernement de Georges Bush fils.
C’est donc le pasteur baptiste Jesse Jackson, ancien candidat à l’investiture du Parti démocrate pour la présidentielle américaine, qui a pris la photo !
C’était une excellente leçon dont notre communauté de l’Africa Mundus devrait s’inspirer, à savoir : Entendons-nous sur l’essentiel qui nous rapproche et pratiquons ce que Nelson Mandela aimait à dire : « Together we stand, divided we fall ».
Lors d’une de mes visites au Congrès américain, Jesse m’avait vivement invité à participer à des évènements du Black Caucus, à Washington DC, comme en 1999 aux soirées de gala du One Hundred Black Men à New-York, le lieu où se rencontrent ceux qui constituent le panel représentatif politique, économique et socioculturel de la société des Afrodescendants des USA. Jesse nous avait surpris en invitant à ses côtés, en grand uniforme trois jeunes militaires américains blancs – anciens otages du président yougoslave Slobodan Milošević pendant la guerre du Kosovo.
Il nous racontait comment, à Belgrade, au palais présidentiel, il avait réussi avec des personnalités et Milošević, à former un cercle pour se tenir par la main afin de s’exclamer à la grande surprise de tous : Prions ensemble ! Devant nous, c’est non sans malice que le Révérend ajouta, évoquant Dieu : « le fils retors est absout ». Ce qui n’empêchera pas Milošević de paraître devant le T.P.I./Tribunal Pénal International pour la Yougoslavie. Lors d’une rencontre en privé, Colin Powell se moqua en disant que seul Jesse « pouvait croire en la délivrance grâce à ses prières… ».
Néanmoins, le pasteur Jesse Jackson, sans être un représentant officiel de la diplomatie des États-Unis, nous fit valoir que son initiative personnelle était justifiée par l’urgence de l’arrêt des massacres au Kosovo, le retour des réfugiés albanais dans cette région de la Serbie et l’installation d’une force de l’ONU pour le maintien de la Paix.
En 2005, à Washington, lors d’une conférence de soutien aux victimes de l’ouragan Katrina – qui avait dévasté la Nouvelle-Orléans et la Louisiane et fait plus de 1800 morts –, j’ai rencontré de nouveau Jesse Jackson. Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies, originaire du Ghana, Michelle et son époux, le Sénateur Obama, que je rencontrais pour la première fois, étaient venus témoigner de leur solidarité tout comme moi – qui avais conduit une délégation de l’organisation GLAD/Global African Diaspora établie à Londres où je résidais à l’époque.
Deux fois de suite, à la mairie de Londres, à l’invitation du maire, Boris Johnson, et d’un groupe d’associations de la diaspora afro-caribéenne, Jesse nous a fait l’honneur de donner une série de conférences dans la capitale britannique sans jamais se départir de son éloquence de prédicateur, ni de sa force de conviction de NégroÉvolutionniste, c’est-à-dire encourager l’audace et l’estime de soi.
La dernière fois que je rencontrais Jesse Jackson, c’était encore à Londres en 2007 ; nous participions à un groupe de travail axé sur le rôle et l’importance des diasporas africaines dans le développement économique et social au sein de leur pays d’accueil et leur pays d’origine, notamment avec les envois d’argent appelés rémittences/Remitt@nces.
