- La défense remet en question l’authenticité des plaintes électroniques
L’affaire Frederic Pavaday a pris une nouvelle tournure hier devant le tribunal de Curepipe. À la demande du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP), la charge initiale d’ill-treatment of child a été abandonnée pour faire place à une nouvelle accusation provisoire plus lourde, comportant quatre chefs d’accusation impliquant trois victimes distinctes.
En effet, l’affaire a été appelée en Cour de District de Curepipe hier, mardi 3 mars. Frederic Pavaday était représenté par les avocats Sacheen Boodhoo et Saneev Teeluckdarry, alors que le bureau du DPP était représenté par Me Priscilla Veerabadren. Les nouveaux chefs d’accusation retenus contre le suspect sont les suivantes : Ill-treatment of child, Attempt upon chastity, Causing a child to be sexually abused et Sexual intercourse with a minor under the age of 16. Ces accusations concernent trois victimes. La première est une jeune étudiante de 12 ans qui était scolarisée au Loreto Junior de Curepipe jusqu’à l’année dernière, dont le témoignage remonte au 23 février dernier. Les deux autres victimes se sont manifestées par voie électronique les 2 et 3 mars 2026.
Selon la police, ces deux nouvelles plaintes ont été adressées via l’adresse électronique officielle de la brigade pour la protection de la famille, les victimes se trouvant actuellement à l’étranger.
L’une de ces nouvelles plaignantes, qui avait d’ailleurs déjà communiqué sa plainte à son ancienne école l’année dernière, allègue avoir eu des rapports sexuels multiples avec l’accusé entre 2015 et 2020, alors qu’elle était mineure. La troisième victime, à travers un autre email transmis le lundi 2 mars, à la Brigade pour la protection de la famille, fait état d’abus systémiques remontant à l’enfance de la victime présumée. Cette dernière qui était également élève du Loretto junior School depuis l’âge de 6 ans, aurait été mise en confiance par son professeur de musique, et aurait été victime de plusieurs actes jugés inappropriés, avant de citer un incident survenu en 2008 alors qu’elle était en grade 5, où elle aurait été contrainte à des attouchements.
Contre interrogé en Cour, le représentant de la CID de Curepipe a déclaré que toutes les victimes affirment qu’elles auraient également reçu plusieurs messages inappropriés de la part du suspect et que la plupart des actes auraient été commis dans l’enceinte de l’école.
L’avocat du suspect, Me Sanjeev Teeluckdarry, a contesté la validité de ces communications, soutenant qu’une adresse électronique peut être créée par n’importe qui.
La police, représentée par le Chef Inspecteur (DI) Ramburn de la CID de Curepipe, s’est opposée fermement à la remise en liberté conditionnelle du suspect. Les autorités invoquent des risques d’interférence avec les témoins, de manipulation de preuves et un risque de fuite.
Au Cœur de l’Audience : Le Contre-Interrogatoire
La défense, assurée par Me Sanjeev Teeluckdarry et Me Sacheen Boodhoo, a questionné le Detective Inspecteur Ramburn sur la solidité des preuves et les motifs d’objection à la caution.
Me Sacheen Boodhoo : Combien de dépositions ont été consignées à ce jour concernant la première victime?
DI Ramburn : Trois dépositions ont été enregistrées au total, comprenant la parade d’identification.
Me Sacheen Boodhoo : Quels sont les gestes reprochés concernant la pudeur ?
DI Ramburn : L’accusé aurait touché les cheveux, les épaules, les hanches et les cuisses de la victime.
Me Sacheen Boodhoo : Ces contacts, notamment sur les cuisses, se faisaient-ils sur l’uniforme et pendant les récréations ?
DI Ramburn : Oui.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Concernant les chefs 1 et 2, les faits allégués remontent à 2022 et 2023. Dans les communications, y a-t’il mention de la raison pour laquelle ces cas ont été rapportés qu’en février 2026, soit 3 ou 4 ans plus tard ?
DI Ramburn : Je ne peux me prononcer sur ce détail.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Pour les chefs 3 et 4, nous n’avons aucune déposition physique des plaignantes, seulement des courriels. Confirmez-vous qu’il n’y a ni en-tête officiel ni signature sur ces emails ?
DI Ramburn : Ce sont deux courriels officiels envoyés par les victimes qui sont actuellement à l’étranger.
Me Sanjeev Teeluckdarry : N’importe qui peut créer un compte email. Vous ne pouvez pas confirmer l’identité réelle de ces personnes ?
DI Ramburn : La police a enregistré une déposition d’un membre de l’ONG Pedostop qui est en contact direct avec les deux victimes.
Me Teeluckdarry : Vous ne savez pas quand elles viendront à Maurice, si tant est qu’elles viennent. Le demandeur doit-il rester en cellule en attendant ?
DI Ramburn : Elles devraient prochainement se rendre à Maurice pour consigner officiellement leurs dépositions.
Me Teeluckdarry : Sur la manipulation de preuves, la police a-t-elle déjà fouillé méticuleusement ?
DI Ramburn : Oui. La police a sécurisé des preuves, mais a l’intention de demander un ordre de la cour pour accéder à d’autres éléments.
Me Sanjeev Teeluckdarry : N’avez-vous pas dit que vous avez déjà saisi des preuves à domicile?
DI Ramburn : Nous souhaitons accéder à plusieurs conversations (WhatsApp, TikTok, etc.) entre les victimes et l’accusé.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Vous parlez de risque de fuite, mais mon client s’est rendu volontairement à la police, a remis son téléphone et son passeport. Est-il un homme aux moyens « extravagants » capable de s’offrir un jet privé ?
DI Ramburn : Non, mais le risque demeure. Les comptes de réseau social peuvent être accédé à distance, même sans le téléphone de l’accusé.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Est-il exact que les déclarants n’ont jamais mentionné d’appels téléphoniques dans les dépositions actuelles?
DI Ramburn : Oui.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Sur le risque d’interférence, y a-t-il un seul élément prouvant que l’accusé a dit à quelqu’un « ne parle à personne » ?
DI Ramburn : Non.
Me Sanjeev Teeluckdarry : Quelqu’un a-t-il rapporté que l’accusé ou ses proches ont menacé des témoins ?
DI Ramburn : Non.
L’enquête, qualifiée de « sensible », se poursuit. L’officier de police a déclaré en Cour qu’une vingtaine d’appareils informatiques, telles des clés USB ont été saisis au domicile du suspect le 27 février et sont actuellement examinés par l’IT Unit de la police.
Frederic Pavaday a été reconduit en cellule. Les débats sur sa remise en liberté conditionnelle reprendront ce mercredi 4 mars à 14 heures.

