Guerre au Moyen-Orient et crises annoncées : le GM face à ses priorités

 

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Le conflit opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que l’instabilité causée par la guerre actuellement dans la région du Golfe, font planer une menace sérieuse sur la stabilité énergétique mondiale. La simple évocation d’une perturbation dans le détroit d’Ormuz a suffi à faire grimper les marchés. Or, près d’un cinquième du pétrole mondial transite par ce passage stratégique. Si la tension s’intensifie ou si la circulation maritime y est affectée, les conséquences seraient immédiates : flambée du brut, hausse des coûts de transport et inflation généralisée.

Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a d’ailleurs déjà annoncé que le prix du pétrole va augmenter. L’avertissement est donc clair : il ne s’agit plus d’une hypothèse lointaine, mais d’une perspective anticipée au plus haut niveau de l’État. La question demeure : nos brillants ministres auront-ils la présence d’esprit d’agir de manière proactive afin de protéger le petit peuple, ou persisteront-ils à bétonner notre île au profit des grandes fortunes et des promoteurs immobiliers, principalement issus de l’oligarchie sucrière ?

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Maurice face à ses fragilités économiques

En effet, Maurice aborde cette période d’incertitude avec des fragilités structurelles. Nous importons la totalité de notre carburant et une grande partie de nos denrées alimentaires. Chaque hausse du pétrole se répercute en cascade : transport maritime plus coûteux, intrants agricoles plus chers, augmentation du prix des produits de base. À cela s’ajoute la dépréciation de la roupie, qui renchérit encore davantage les importations.

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Le pouvoir d’achat des ménages est déjà sous pression. Les salaires n’évoluent pas au même rythme que les prix. L’endettement public limite la capacité d’intervention budgétaire. Dans ces conditions, une flambée durable du pétrole pourrait accentuer davantage les tensions sociales et affaiblir davantage ceux qui sont déjà vulnérables.

Le gouvernement ne peut pas invoquer l’effet de surprise. Le risque est identifié et même annoncé.

Béton ou souveraineté alimentaire

Depuis plusieurs années, une part importante des terres agricoles est convertie en projets immobiliers : Smart Cities, résidences de luxe, développements destinés à une clientèle étrangère fortunée. Ce modèle repose sur l’attraction des capitaux et la dynamisation du secteur de la construction.

Cela soulève toutefois une interrogation stratégique : en réduisant progressivement la surface agricole disponible, le pays diminue sa capacité à produire localement. Or, si les routes maritimes sont perturbées ou si les coûts d’importation explosent, la dépendance alimentaire devient un facteur de vulnérabilité majeur.

La terre nourricière ne se récupère pas facilement une fois bétonnée ; le développement ne peut donc se résumer à l’expansion immobilière. Il doit intégrer la notion de résilience.

La sécurité alimentaire n’est ni un slogan ni une posture idéologique. C’est une question de sécurité nationale. Un pays insulaire dépendant des importations doit impérativement préserver une base productive minimale. Restreindre la conversion des terres agricoles, encourager la diversification des cultures, soutenir les agriculteurs, investir dans l’agro-technologie et dans l’irrigation moderne : autant de choix stratégiques qui permettent d’amortir les chocs extérieurs.

La flambée annoncée du pétrole devrait servir de signal d’alarme. Elle rappelle la fragilité des équilibres mondiaux. Maurice ne peut influencer les conflits internationaux, mais elle peut renforcer sa capacité interne de résilience.

Le choc inflationniste  et ses inégalités

L’inflation ne frappe pas tout le monde de la même manière. Les ménages modestes en absorbent le choc de plein fouet. Une hausse du carburant entraîne celle des transports, puis celle des produits alimentaires, et donc des dépenses quotidiennes. Les plus aisés disposent de marges de manœuvre ; les autres ajustent, renoncent, réduisent. Le risque est celui d’une société à deux vitesses, où seuls les plus puissants financièrement vivent aisément malgré les crises.

Dans ce contexte, la priorité gouvernementale devrait être la protection du pouvoir d’achat et la réduction des inégalités face aux chocs externes. Gouverner, c’est choisir : choisir entre des gains à court terme et la stabilité à long terme ; choisir entre la spéculation foncière et la souveraineté alimentaire ; choisir entre un modèle vulnérable et un modèle résilient.

Face à la tempête mondiale, le choix est clair

La hausse du pétrole est un véritable test de vision politique. Continuer à privilégier un développement centré principalement sur l’immobilier peut sembler rentable aujourd’hui, mais si les tensions géopolitiques persistent et que les prix de l’énergie restent élevés, les fragilités deviendront rapidement évidentes.

Maurice se trouve à un carrefour stratégique. Poursuivre un modèle dépendant des flux financiers internationaux expose davantage la population aux chocs externes, tandis qu’un rééquilibrage du développement, qui consiste à protéger les terres agricoles, renforcer la production locale et sécuriser l’avenir, permet de bâtir une résilience durable.

La crise énergétique mondiale n’est peut-être pas évitable, mais la vulnérabilité excessive, elle, l’est. Le peuple mauricien, déjà éprouvé par la flambée des prix et la dépréciation de la roupie, mérite des choix clairs et courageux. Dans un monde instable, la résilience n’est plus un luxe : elle est une nécessité.

Face à cette crise annoncée, le gouvernement n’a plus le droit d’hésiter. Il doit protéger les plus fragiles, anticiper les chocs économiques et sociaux, et prendre des mesures proactives pour sécuriser le quotidien des citoyens. Gouverner ne consiste pas à subir les diktats des marchés et des grands capitaux. C’est dicter une politique courageuse, tournée vers le bien commun, aujourd’hui et pour l’avenir.

ABDEL KURREEMBUKUS

SYNDICALISTE ENGAGÉ

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