Rodrigues en liesse : la mer sacrée, le peuple debout et l’avenir à protéger !

Le 1er mars 2026, Rodrigues ne s’est pas contentée d’ouvrir la saison de pêche. Elle a réveillé son âme.
À Camp-Pintade, Baie-du-Nord, Pointe-Coton, Port-Sud-Est et Mourouk, l’aube s’est levée sur une île frémissante. Les pirogues colorées, caressées par la première lumière du jour, semblaient glisser vers l’horizon comme des messagères d’un héritage ancestral. Dans les pêcheries de Claude, Donald et Castel, les derniers gestes se faisaient en silence, presque sacrés, avant que la mer n’engloutisse les embarcations dans son immensité turquoise.
Placée sous le thème vibrant « Nou lamer, nou trezor, nou lavenir, anou protez li », la Fête du Poisson 2026 a dépassé la simple célébration. Elle est devenue un cri du cœur collectif. Un serment. Une promesse.

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Quand le lagon devient scène vivante
À terre, le spectacle était tout aussi intense. Les odeurs de grillades, de cari poisson et d’ourite mijotée s’élevaient dans l’air chaud, réveillant les souvenirs d’enfance et les histoires racontées sous les filaos. Les rires fusaient, les artistes locaux faisaient vibrer les tambours, et les couleurs des étals illuminaient les rivages.
Puis, au loin, une silhouette. Une pirogue.
Le mulet tant attendu.
La foule retient son souffle. Les cœurs battent plus vite. Lorsque l’embarcation accoste enfin, une vague d’enthousiasme déferle. Une véritable course s’engage pour obtenir un poisson, symbole de chance et d’abondance. Certains repartent les mains vides, mais jamais le cœur vide. Car ici, le partage est roi : dégustations gratuites d’ourites, de poisson frais et de patate douce ont permis à chacun de goûter à l’âme culinaire de l’île.

Les femmes du lagon : gardiennes d’un savoir millénaire
À Port Sud-Est, une scène d’une beauté rare s’est jouée à marée basse. Une trentaine de femmes, bottes aux pieds et fer à la main, avancent dans l’eau peu profonde. Elles scrutent les failles du récif avec une précision héritée de leurs mères et grands-mères.
Avant d’entrer dans l’eau, un signe de croix.
Un murmure.
Un respect silencieux pour la mer nourricière.
Après un mois de fermeture pour préserver la ressource, l’ourite est de retour. Les prises sont modestes cette saison, mais leur taille impressionne. Les sourires au retour des pirogues en disent long : ici, la fierté ne se mesure pas seulement au poids de la pêche, mais à la continuité d’un geste transmis de génération en génération.
Certaines ourites seront séchées au soleil, préparées avec soin, puis vendues sur les marchés de Port-Mathurin ou exportées vers l’île Maurice — un pont entre tradition et modernité.

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Tradition et innovation : Rodrigues trace sa voie
Le commissaire au Tourisme, Jean Alain Wong So, a rappelé que préserver le lagon, c’est préserver l’avenir touristique de l’île. À ses côtés, le chef commissaire Franceau Grandcourt a salué l’engagement des pêcheurs et des gardes-pêche, véritables sentinelles du lagon.
Les ONG telles que Shoals Rodrigues et Terre-Mer Rodriguez ont transformé la fête en espace d’éducation vivante : expositions interactives, sensibilisation à la reproduction des espèces, discussions sur une île écologique.
La tradition dialogue désormais avec la science.
Le folklore rencontre l’innovation.

Plus qu’une fête : un pacte avec la mer
La Fête du Poisson 2026 n’a pas seulement ouvert la pêche à la senne et à l’ourite. Elle a ravivé un pacte ancien entre un peuple et son lagon.
À Rodrigues, la mer n’est pas une simple ressource.
Elle est une mémoire liquide.
Une mère nourricière.
Un trésor fragile.
Et dans chaque pirogue qui fend les vagues, dans chaque femme qui explore les récifs, dans chaque enfant qui goûte son premier morceau de poisson grillé, se dessine une certitude :
Tant que Rodrigues protégera sa mer,
la mer protégera Rodrigues.

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