Plus de seize mois après avoir accédé au pouvoir, il y a encore beaucoup trop d’improvisation dans la manière de gérer de l’Alliance du Changement. Chaque semaine apporte son petit lot de décisions, de rétropédalages et de corrections qui, à force de se répéter, en vient à friser l’incompétence. Ce qui s’est passé en une semaine au niveau du ministère du Tourisme est caractéristique de cet étrange amateurisme dont ce secteur aura été le malheureux témoin depuis quelques mois. Il y avait eu la saga de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) avec les principaux acteurs Claire Lelay et Avinash Teelock congédiés après des différends sur le niveau des sièges qu’ils voulaient occuper lors de leurs déplacements à l’étranger, la classe économie étant jugée trop subalterne par rapport à leur niveau de responsabilité. Ils furent renvoyés avec le board tout entier, représentants du secteur privé compris. Ils ont été remplacés depuis par Dinesh Burrenchobay à la présidence et Benoit Harter au poste de directeur. Ils ont l’air, eux, d’avoir décidé de rester concentrés sur leur mission et de voler vraiment plus haut. À la Tourism Authority, ce n’est guère mieux et tout ce qui s’y est déroulé constitue le summum de la gestion à la petite semaine et du règne de l’à peu près. L’ancien député et ministre du Tourisme MMM José Arunasalom avait participé à la campagne contre l’alliance PTr/MMM aux élections de 2014. Son retour surprise en 2024 avait, on le devine, provoqué quelques réactions médusées. Il était apparemment le choix personnel du ministre Richard Duval et, en début de mandat, personne ne pensait contester ce choix d’autant que le pressenti connaît le secteur. À la Tourism Authority, avant la saga de la présidence, le directeur Louis Sylvain Meyépa avait démissionné en janvier dernier après sept mois seulement passés à la direction de cet organisme. Il est parti tranquillement sans faire de vagues, mais tout le monde se posait déjà la question sur les raison de ces valses interminables au ministère du Tourisme. Le vendredi 27 février, alors que le Conseil des ministres ne faisait aucun état de son renvoi, dans le communiqué officiel de ces délibérations, voilà que les médias annonçaient que José Arunasalom avait été révoqué et, avec lui, d’autres membres du Conseil d’administration de la Tourism Authority dont, encore une fois, des personnalités venant du privé. Des versions les unes plus fantaisistes que les autres ont été données pour expliquer cette révocation le jour même du départ du ministre Richard Duval pour le Salon international de Berlin. Ici, c’était une question de loyauté et, là, une affaire de délivrance de licences. Mais coup de théâtre en l’absence du ministre de tutelle, son remplaçant Michael Sik Yuen, lui-même un ancien ministre du Tourisme, renversa la décision mercredi et réinstalla le président José Arunasalom et les autres membres, dont Christian Lefèvre, directeur de Coquille Bonheur. Fin de l’interminable saga ? Eh bien non. Vendredi, nouveau rebondissement. Le Conseil des ministres annonçait, par le biais de son communiqué hebdomadaire, avoir pris note des allégations d’irrégularités formulées à l’encontre de José Arunasalom et que la décision a été prise d’initier une enquête sur toute l’affaire. En conséquence, des mesures ont été prises pour qu’il soit suspendu avec effet immédiat. Voilà en une semaine comment un dossier est traité dans un secteur, qui, bien qu’affichant une bonne santé, ne résiste que parce qu’il est en pilotage presque automatique et qu’il bénéficie de vents favorables, dont la faiblesse de la roupie qui rend la destination plus attractive. Mais cette poule aux œufs d’or ne peut pas prospérer sur un jeu permanent de chaises musicales. Cela ne fait pas sérieux. Il est même très dommageable pour l’image que projette le pays. Richard Duval en est, certes, à sa première responsabilité ministérielle mais, après 16 mois, l’heure n’est plus à l’apprentissage mais à la réalisation, à la prévisibilité et à la consolidation des organismes évoluant dans le secteur touristique. Pour plus de transparence, de bonne gouvernance et, surtout, plus de résultats. En terme d’improvisation et de choix mal inspirés, il vaut mieux ne pas revenir sur la banque de Maurice et Air Mauritius où ce n’est que cette semaine que Megh Pillay, le directeur de Airports Holdings – la maison mère en quelque sorte de la subsidiaire qu’est la compagnie nationale – a été nommé sur son Conseil d’administration. Il est malheureux que tout cela occulte les quelques bonnes mesures prises et qui, mine de rien, contribuent à soulager le quotidien d’un bon nombre de personnes. On pense ici aux efforts fournis par le ministre du Commerce, Michaël Sir Yuen pour réduire la facture des médicaments qui sont indispensables aux personnes âgées, notamment. Moins Rs 50 sur une boîte de pilules contre les malades cardiaques, les complications liées au cholestérol et au diabète, c’est bienvenu. Lorsqu’on sait que ces traitements sont quotidiens et que ce n’est pas une boîte seulement dont ont besoin ceux qui sont affectés par ces pathologies, cela fait une petite économie mensuelle qui n’est pas négligeable. Au ministère de la Sécurité Sociale, après l’improvisation autour de la pension des veuves mariées religieusement, supprimées puis rétablies, les choses avancent dans la bonne direction. Après la mise à exécution de l’internet gratuit, non pas pour tous mais pour ceux qui sont sur le registre social, une nouvelle mesure allant dans le sens de la protection des victimes de violence domestique a été annoncée, vendredi. Les personnes sous ordre de protection et contraintes de résider en abri temporaire bénéficieront de deux mois d’allocation, le temps qu’elles s’organisent. Et c’est le même ministère qui, vendredi, a annoncé que ceux qui sont contraints de séjourner plus de trois mois en milieu hospitalier continuent de bénéficier de l’intégralité de leur pension universelle. De petites choses, diront certains, mais elles comptent beaucoup pour ceux qui n’ont que cela pour vivre ou survivre. Dommage qu’elles passent presque inaperçues.

