Ce 8 mars, nous avons sollicité la Woman Assistant Superintendent of Police (WASP) Padma Bhugobaun à l’occasion de la journée Internationale des Droits des femmes. Cet officier de police en charge de la Crime Prevention unit estime que, malgré certains progrès réalisés, la condition des femmes à Maurice nécessite encore des améliorations concrètes dans plusieurs domaines. À travers son expérience sur le terrain, elle souligne les défis persistants auxquels les Mauriciennes font face, notamment les inégalités salariales, la sous-représentation dans les postes de décision et les violences basées sur le genre.
Le 8 mars, on célèbre la femme. D’accord. Mais parlons réalité.
La situation des femmes à Maurice doit être examinée de manière concrète. Si certaines avancées ont été réalisées, plusieurs obstacles continuent d’entraver l’égalité entre les hommes et les femmes.
Dans l’exercice de mes fonctions, j’observe que les femmes doivent encore faire face à des inégalités dans différents aspects de la vie sociale et professionnelle, ce qui montre que la question de l’égalité reste d’actualité.
Les discours, c’est bien. Mais dans la vraie vie, qu’est-ce qui ne fonctionne toujours pas pour les femmes à Maurice ?
Les inégalités salariales restent une réalité dans certains secteurs. Dans le secteur privé, les femmes peuvent gagner en moyenne jusqu’à 25 % de moins que les hommes, et parfois jusqu’à 30 % de moins par heure.
La représentation politique demeure également limitée. Les femmes n’occupent qu’environ 20 % des sièges parlementaires, ce qui montre que leur présence dans les sphères décisionnelles reste encore insuffisante.
La violence basée sur le genre constitue une autre préoccupation importante. Entre dix et douze cas de violences physiques ou psychologiques contre des femmes sont signalés quotidiennement.
Par ailleurs, l’accès aux opportunités économiques reste parfois restreint. Les femmes sont souvent concentrées dans des secteurs moins rémunérés et disposent de moins d’accès aux postes de leadership.
Enfin, les responsabilités familiales continuent de peser fortement sur elles. Les femmes sont souvent considérées comme les principales responsables des tâches domestiques et de la garde des enfants, ce qui peut limiter leur participation au marché du travail.
Ces éléments montrent que, malgré les lois et les progrès réalisés, des efforts supplémentaires restent nécessaires pour atteindre une véritable égalité entre les genres à Maurice.
Qu’est-ce qui doit réellement changer à Maurice pour améliorer concrètement la condition des femmes ?
Selon moi, plusieurs actions sont nécessaires pour améliorer durablement la situation.
L’égalité salariale figure parmi les priorités. Il est essentiel de garantir un salaire égal pour un travail égal, car certaines femmes gagnent encore moins que leurs homologues masculins pour des postes similaires.
L’accès aux postes de décision constitue également un enjeu important. Les femmes restent sous-représentées dans les fonctions de leadership et dans les instances décisionnelles, ce qui nécessite davantage d’encouragement et de soutien afin de favoriser leur présence à ces niveaux.
L’éducation et la formation jouent aussi un rôle clé. Investir dans l’éducation des filles et dans la formation professionnelle des femmes permettrait d’ouvrir davantage d’opportunités économiques et de renforcer leur autonomie.
J’insiste également sur la nécessité de renforcer la protection contre les violences faites aux femmes, notamment à travers des lois efficaces et des services capables d’accompagner et de protéger les victimes de violences domestiques ou de harcèlement.
Enfin, l’amélioration de l’accès aux soins de santé, en particulier les soins reproductifs et maternels, demeure essentielle, notamment dans les zones rurales.
Quel est votre message ?
En tant que policière et femme à Maurice, mon message est clair : nous sommes là pour protéger et servir, sans distinction de genre. Nous travaillons chaque jour pour garantir la sécurité de tous et nous sommes déterminées à lutter contre la violence de genre tout en promouvant l’égalité des droits.
La violence ne touche jamais une seule personne. Derrière chaque acte, c’est souvent toute une famille qui souffre. C’est pourquoi il est essentiel que chacun prenne conscience de l’importance du respect et du rejet de toute forme de violence.
Mais je reste convaincue que, si nous agissons ensemble, nous pouvons faire évoluer les mentalités et construire une société plus sûre et plus juste pour tous. Ensemble, nous pouvons faire une différence.

