Les férus de littérature, surtout anglaise de l’époque, pour ne pas dire shakespearienne, ont encore en tête cette strophe – “Beware the Ides of March” de ce soothsayer à Jules César au tout début de la pièce, grand classique de la littérature, plus exactement à l’Acte 1, Scène 2. Il voulait prévenir l’empereur César du danger potentiel de son éventuel assassinat. Dans la conjoncture actuelle, avec un nouveau message à la nation à l’occasion des fêtes nationales de l’indépendance et de la république du 12 mars prochain, nul besoin pour nous de cet avertissement sur les dangers qui nous guettent et qui nous rendent davantage vulnérables.
Ce sera le deuxième de la série du Premier ministre du Changement avec de méchants nuages gris se profilant à l’horizon économique, social et politique. La nouvelle réalité sur le plan international, avec le chef de l’exécutif américain actionnant les leviers politiques, avec des conséquences économiques graves en cascade, impose un Message à la Nation dépassant la rhétorique à laquelle les dirigeants du jour ont habitué la population, soit pour promouvoir un projet d’envergure quelconque, soit pour dénoncer des pratiques politiques abusives d’hier.
Ce Message à la Nation, certes axé sur le thème “As One Nation, As One People in Peace, Justice and Liberty”, n’aura d’autre voie de sortie que de proposer un nivellement par le haut du sens de responsabilité de tout un chacun au sein de la res publica. Nous ne réussirons à traverser cette passe, dont les contours sont encore insaisissables sur le front étranger, qu’en rejetant sans hésitation la tentation de faire sien ce dicton créole “Bef dan disab sakenn get so lizie.”
Les premières scènes de panic buying, en particulier avec des plaques d’immatriculation de 2025 ou 2026, relevées aux stations-service, et cela en dépit de la décision du Petroleum Pricing Committee de maintenir les prix à la pompe, constituent un déni de cette attitude digne d’une économie dépendant quasi exclusivement d’un approvisionnement de l’étranger.
Certes, l’approche tap lestoma au sujet des stocks disponibles est en nette contradiction avec une gestion de crise, vu que la principale voie maritime pour les produits pétroliers demeure toujours sous la menace de bombardements de drones. Au plus haut niveau de l’État, la ligne de communication Port-Louis–Delhi fonctionne à plein régime pour tenter de garantir des cargaisons stratégiques de carburant dans un contexte international marqué par la volatilité et surtout par une hostilité meurtrière sans bornes. Seuls les marchands d’armes continueront à tirer les marrons du feu ou encore à mettre du beurre sur les épinards.
Et le baril au-dessus de la barre des $ 100 ne constitue-t-il pas un sérieux avertissement pour renverser la tendance des voitures privées sur les routes au lieu de s’engager dans le Petrol Rush aux stations-service ?
Pour le 12 mars, le “As One People, As One Nation”, probablement sans “In Peace” — puisque les drones les plus meurtriers ne cessent de noircir le ciel au Moyen-Orient — mais privilégiant “Justice and Liberty”, ne peut se contenter d’une énumération de ce qui est connu comme risques et dangers latents. Ce 12 mars devrait privilégier le sens d’appartenance à une nation sous menace extérieure. Mais avec des mesures concrètes susceptibles de rassurer plus d’un quant au fait que demain ne peut être pire qu’aujourd’hui.
Toutefois, pour entretenir cet espoir, le Mauricien doit sortir des sentiers battus pour traduire dans la réalité de tous les jours, et surtout pas seulement affirmer que « nou pou bizin dibout lor nou lipie », mais également mettre en pratique cette posture archi répétée.
Pou nou kapav dibout lor nou lipie, le Mauricien doit s’autodiscipliner dans tous les domaines et réapprendre des manières simples permettant de classer le gaspillage au placard. Quand toutes ces voitures empruntent chaque jour le réseau routier national avec pour seul occupant le chauffeur ou la chauffeure, y a-t-il une logique de survie à long terme ?
Il ne faut pas l’oublier, le pétrole est le nerf de la guerre contre l’Iran après celle contre le Venezuela. Ce contrôle des puits de pétrole trahit des ambitions politiques, économiques et géopolitiques inavouées. Puis, ce sera le mode chantage : swa to ar nou, swa to ar bann “stupid”.
Pour épargner à la République de Maurice les séquelles politico-économiques des Ides of March, le message à la nation du 12 mars peut se transformer en une “Roadmap Out of Hell” sur le plan intérieur avec d’abord et avant tout une réinvention et une réhabilitation du transport de masse, réduisant les risques à long terme d’un rationnement en cas de la poursuite et de l’extension de la guerre hors de la zone du Moyen-Orient.
Le 12 mars doit être également une plateforme pour laver l’affront diplomatique et souverain que subit chaque Mauricien avec les travestissements de l’Histoire au sujet du démantèlement du territoire avant l’indépendance par les conservateurs anglais, que ce soit à la House of Lords ou à la House of Commons.
Le recours à des avenues légales par rapport au Chagos deal s’impose. Mais dans la conjoncture actuelle, les documents secrets et désormais déclassifiés, datant de plus de 50 ans, recèlent des éléments allant dans le sens d’un Indictment sans défense pour rabattre le caquet de ces Anglais qui se découvrent une âme de défenseurs des Chagossiens de dernière heure après avoir été coupables et complices du déracinement des ancêtres de ces Chagossiens.
Samem ki apel larm krokodil pou bann Ides of March…
Patrick Michel
