La perquisition dans la cellule de John Mick Martingale a été faite en infraction aux procédures carcérales établies. Cela parce que la Control Room de la prison, où sont visionnées en permanence les images des caméras de surveillance, n’avait pas été informée au préalable de cette fouille. De ce fait, ces caméras n’ont pas été orientées pour permettre un suivi visuel des opérations.
C’est ce qui découle lors de la séance de mercredi de l’enquête judiciaire sur la mort suspecte de John Mick Martingale à la Prison Centrale de Beau-Bassin. Cette enquête est présidée par le magistrat Denis Jonathan Vellien, siégeant en Cour de district de Rose-Hill.
Le garde-chiourme Nundlall, qui compte 23 ans de service, a été appelé à la barre des témoins, où il a été interrogé par Me Ricky Bhookhun, le représentant du Directeur des poursuites publiques (DPP). Il était de service à la Prison Centrale de Beau-Bassin du 7 au 8 septembre 2024. Son travail consistait à effectuer des patrouilles à l’extérieur des Blocks A et B, où se trouvent les cellules des détenus.
Vers 20 h 30 le soir du 7 septembre 2024, il se trouvait dans le bureau de l’Assistant Superintendent of Prisons (ASP) Ramtoolah quand le gardien Ghoorah était venu leur dire qu’un détenu, John Mick Martingale, incarcéré dans la cellule 71 du Block B, était en possession d’un téléphone portable. L’ASP Ramtoolah avait alors ordonné une fouille de cette cellule.
Une équipe de quatre hommes avait été constituée, comprenant les gardiens Ghoorah, Nundlall, Vythilinga et Constant. Ces hommes, avec à leur tête l’ASP Ramtoolah, se sont alors rendus à la cellule 71.
Le gardien Nundlall a expliqué qu’il connaissait Martingale et l’a décrit comme un détenu « calme et tranquille ». Il a aussi expliqué qu’il n’a jamais eu de problème avec lui. Toutefois, il ne sait pas si les autres gardiens impliqués dans la fouille de sa cellule ont déjà eu du fil à retordre avec lui. Par contre, Martingale avait déjà eu des ennuis avec l’administration pénitentiaire, vu qu’il avait déjà été appréhendé avec de la méthadone illicite sur lui.
Le témoin Nundlall a également expliqué que les gardiens étaient supposés avoir une petite matraque en tout temps, qui pouvait être glissée dans la poche d’un uniforme sans qu’on ne la voie. Invité à décrire la longueur de la matraque à partir de son bras, il a donné une description d’environ un pied. Toutefois, il ne se rappelle pas si lui-même ou les autres gardiens étaient munis de ces matraques au moment de la fouille, ce qui a amené Me Bhookhun à décrire cette situation comme une entorse aux procédures établies.
Me Bhookhun (RB) : Quelle est la fonction de la Control Room ?
Nundlall (N) : C’est là où il y a les écrans des caméras de surveillance.
RB : Quelles sont les procédures qui doivent être adoptées par rapport à laz Control Room quand il s’agit d’effectuer une fouille dans une cellule ?
N : On doit informer la Control Room.
RB : Qui devait informer le Control Room ?
N : L’ASP Ramtoolah
RB : Avait-il informé le Control Room ?
N : …
RB : Selon le Statement d’un Prison Officer affecté à la Control Room, on n’avait pas averti la Control Room de cette fouille.
N : …
RB : Cela est grave ! On n’avait pas informé la Control Room de cette fouille.
N : Étant donné qu’il y avait des caméras partout…
RB : Lafleur avait dit que si on l’avait informé, on aurait su ce qui s’était passé.
N : Oui
RB : Cela est grave, parce que si on avait réorienté les caméras, on aurait vu ce qui s’était passé, oui ou non ?
N : …
Selon le témoin, l’équipe était arrivée devant la cellule 71. Il a donné une description de la taille de la cellule. Il s’est dit d’accord avec l’affirmation du gardien Ghoorah, qui avait précédemment été entendu durant cette enquête judiciaire, que 4 ou 5 personnes pouvaient entrer dans la cellule, mais qu’ils seraient serrés l’un contre l’autre.
RB : Qui avait ouvert la porte de la cellule ?
N : Le gardien Constant.
RB : Il était entré seul dans la cellule ?
N : Oui.
RB : Et ensuite ?
N : Le gardien Ghoorah avait demandé à Martingale de lui remettre le portable et il n’y aurait pas de fouille. Dans un premier temps, il a nié qu’il avait un portable en sa possession. Ensuite, il avait dit qu’il avait jeté le portable par la fenêtre. On lui a alors répondu qu’un officier posté à l’extérieur du Block n’avait rien vu. Il avait alors commencé à réfléchir.
RB : Y avait-il eu une dispute ?
N : Jamais. À aucun moment.
RB : Quelqu’un avait sorti sa matraque ?
N : Non. Tout le monde parlait calmement. On lui a dit de donner le portable et il n’y aurait pas de fouille. Il s’était ensuite baissé, avait pris le portable sous son matelas, et l’avait brisé en deux, avant de nous le remettre, avec le fil du chargeur.
Me Bhookhun a ensuite abordé le nombre de gardiens qui avaient participé à cette fouille.
RB : Pourquoi avoir pris 5 hommes ?
N : Pour des raisons de sécurité.
RB : Quelle était la corpulence de John Mick Martingale ?
N : Il était bien bâti.
RB : Vous aviez eu besoin de cinq hommes ?
N : Oui.
Selon Nundlall, le Prison Officer Constant avait pris le portable, et toute l’équipe était retournée dans le bureau de l’ASP Ramtoolah.
RB : Qui avait consigné une entrée suivant cette fouille ?
N : L’officier Constant.
RB : Cinq personnes avaient participé à cette fouille mais seulement le gardien Constant a fait une entrée ? Que disent les procédures ?
N : Normalement, c’est le gardien qui a pris le portable qui consigne une entrée. Il n’est pas nécessaire pour les autres de faire des entrées individuellement. L’ASP Ramntoolah avait lui aussi fait une entrée.
RB : Avez-vous vu quelque chose d’anormal durant toute cette opération ?
N : Non.
À la demande de Me Bhookhun, le magistrat Vellien a mis fin à la séance Elle reprendra le jeudi 2 avril, avec l’interrogatoire du Prison Officer Nundlall qui se poursuivra.
John Mick Martingale, un cuisinier de 32 ans, avait été arrêté le 29 octobre 2022 au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, alors qu’il revenait de la Belgique. Deux Ukrainiennes avaient également été interceptées à l’aéroport avec de la cocaïne liquide, d’une valeur marchande estimée à plus de Rs 40 millions, dans deux bouteilles, et avaient indiqué aux autorités que c’était Martingale qui leur avait demandé de transporter ces bouteilles.
Écroué à la prison de Beau-Bassin en détention provisoire, il avait été retrouvé pendu dans sa cellule le dimanche 8 septembre 2024 aux petites heures du matin. Une première autopsie, effectuée par le Dr Ananda Sunnassee, Police Medical Officer, avait attribué son décès à une asphyxie due à la pendaison, et privilégié la thèse de suicide.
Une contre-autopsie avait été pratiquée par un médecin légiste sud-africain, le Dr Sipho Mfolozi, dont les services ont été retenus par la famille Martingale. La conclusion était que e détenu avait été sauvagement agressé, et était mort asphyxié par l’obstruction de ses voies respiratoires et par la compression de son cou. Le DPP avait ordonné la présente enquête judiciaire après qu’il avait pris connaissance du rapport du Dr Mfolozi.
Me Valyden demande que Me Goolamally soit ajouté comme témoin
En début de séance, Me Bhookhun a informé la Cour que Me Rama Valayden, Senior Counsel, l’avocat de la famille Martingale, qui était absent à cette séance, a demandé que le nom de Me Samad Goolamally soit ajouté à la liste de témoins qui doivent être entendus dans le cadre de cette enquête judiciaire.
Me Bhookhun a indiqué que le bureau du DPP a demandé à Me Valayden les raisons pour lesquelles Me Goolamally doit être auditionné, et attend toujours une réponse du Senior Counsel avant de décider s’il doit bien être ajouté à la liste des témoins.
Selon des recoupements d’informations, Me Goolamaully, dont les services avaient été retenus par John Mick Martingale lors de son arrestation, aurait indiqué que le détenu allait révéler le nom du commanditaire de la drogue qui avait été retrouvée sur lui. Mais peu de temps après, il avait été retrouvé mort dans sa cellule.

