— Un rendez-vous du DPM et leader du MMM, Paul Bérenger, au PMO, annoncé pour demain suite à la décision de départ signifiée lundi dernier au BP
— L’actuel N° 2 du GM pourrait sécher la séance de la reprise de l’Assemblée nationale mardi, avec très probablement un point de presse d’explications mercredi
— Les dossiers chauds : l’approvisionnement en produits pétroliers pour le compte du CEB, la menace sur les prix des produits de consommation courante à l’importation et le déficit budgétaire avec les Missing Chagos Funds de Rs 10 milliards
Au lendemain des célébrations du 58e anniversaire de l’indépendance et du 34e de la République, et à la veille de la rentrée parlementaire de mardi, l’équation politique pour le compte du gouvernement de changement s’annonce à haute tension. Et cela sans compter les compounding effects de l’escalade militaire préoccupante qui ne cessent de se multiplier. En effet, en début de semaine écoulée, la conjugaison de deux facteurs, d’une part la déclaration du Deputy Prime Minister et leader du MMM, Paul Bérenger, au Bureau politique mauve, au sujet de son départ du gouvernement devant être effectif après le 12 mars, et l’alerte du Central Electricity Board (CEB) au sujet de la gestion de son stock d’huile lourde pour les besoins d’énergie électrique avec le blocage d’une cargaison au port d’embarquement, ont substantiellement changé la donne.
Dans l’immédiat, le volet politique semble prédominer vu que pour l’approvisionnement de produits stratégiques et essentiels à l’économie, les leviers politiques et diplomatiques à l’international, notamment des contacts établis au plus haut niveau avec la Grande-Péninsule, ont déjà été actés par l’Hôtel du Gouvernement.
Les prochaines 24 heures s’avèrent cruciales au sein du gouvernement du Changement, notamment en ce qui concerne la composition du front bench. Dans le message solennel pour les fêtes nationales du 12 mars, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, s’est permis un écart sur l’échiquier politique à peine voilé, soit « se pa le moman pou nou divize. » L’interprétation politique de cet appel nullement subtil est que le leader du Parti Travailliste, Navin Ramgoolam, s’adressait publiquement et directement à son partenaire et leader du MMM, Paul Bérenger.
D’ici à demain après-midi, quand le Bureau politique du MMM se réunira, en l’absence du président, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Reza Uteem, mais en présence du leader Paul Bérenger, la situation devra être éclaircie sur le plan politique, d’autant qu’auparavant le groupe parlementaire de la majorité du Changement se sera réuni en vue de préparer les travaux de l’Assemblée nationale de la reprise de mardi. Des sources s’affirmant être renseignées indiquent que le chapitre de Paul Bérenger en tant que Deputy Prime Minister sans portefeuille au sein du gouvernement issu du scrutin du 10 novembre 2024 devra se jouer lors d’un énième tête-à-tête Ramgoolam-Bérenger en principe pour la journée de lundi.
Les principaux contentieux évoqués par le leader du MMM sont connus, soit la nomination d’un full-fledged Minister of Finance, demande soumise depuis l’année dernière, le coup de karcher politique au sein de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, en vue d’assurer le redressement financier et opérationnel de ce joyau des investissements publics, ou encore mettre sous cloche les agissements de la Bande des Cinq, notamment au sein de l’Economic Development Board, l’investment arm du gouvernement.
D’ailleurs, en ce qui concerne ce dernier dossier, les dernières délibérations du conseil des ministres d’il y a une dizaine de jours auront permis aux protagonistes d’étaler des manœuvres nullement acceptables.
À ces trois points, la réforme du secteur portuaire, pilotée par un comité ministériel, présidé par le Deputy Prime Minister et leader du MMM, avec une participation stratégique de deux géants mondiaux, Maersk et MSC, dans l’ambitieux projet visant à transformer Port-Louis en un port hub dans cette région de l’océan Indien, aura également laissé un arrière-goût politiquement amer à Paul Bérenger.
En tout cas, depuis lundi dernier, avec l’annonce du départ du Deputy Prime Minister du gouvernement, le MMM traverse une nouvelle étape avec des spéculations au sujet de ceux des parlementaires, voire des ministres, qui emboîteront le pas au leader du MMM du front bench au backbench du gouvernement.
En vue d’éviter de précipiter les choses sur le front politique, en cas d’échec des échanges avec le Premier ministre demain, Paul Bérenger pourrait opter à ne pas faire le déplacement physique au sein de l’hémicycle, mardi, pour la rentrée parlementaire.
Ce qui semble être sûr est que la prochaine réunion du comité central, devant être organisée, se déroulera sous haute tension, car la question qui se posera au sein de l’Alliance du Changement est de trancher si la présence de Paul Bérenger dans les travées des backbenchers est un workable arrangement non seulement pour le gouvernement, dirigé par Navin Ramgoolam, mais aussi pour les ministres MMM, qui auront choisi de se désolidariser du move du leader des mauves.
Dans cette perspective, les membres du comité central pourront être appelés, samedi prochain, à se prononcer sur la question d’importance capitale : le MMM doit-il rester au gouvernement jusqu’à la fin du présent mandat ? L’option d’un vote à bulletin secret est floated en fin de semaine. Mais il est considéré comme étant prématuré de s’aventurer à ce chapitre, car les dés attendent toujours d’être jetés de manière irrémédiable.
À ce jour, sauf la phrase lapidaire dans le message à la nation du 12 mars, le Premier ministre s’est gardé jusqu’ici de commenter publiquement les intentions d’ajustement politique de son N°2. Cela ne l’a pas empêché de jauger en compagnie des membres de sa garde politique rapprochée des conséquences du départ de Paul Bérenger et de battre les cartes pour faire face aux gros nuages gris s’amoncelant à l’horizon avec la guerre au Moyen-Orient passant très bientôt le cap de son premier mois.
Dans l’immédiat, que ce soit du ministère des Utilités publiques au Prime Minister’s Office en passant par les ministères des Affaires étrangères et du Commerce, la préoccupation majeure est de s’assurer que la chaîne d’approvisionnement en produits stratégiques, que ce soit du carburant pour le compte du Central Electricity Board, ou encore des commodités de première nécessité, ne soit pas interrompue. Un véritable casse-tête à gérer, car toute rupture de fourniture d’huile lourde pour le compte du CEB générera des effets de contagion dans les secteurs économiques avec des conséquences non-négligeables sur la croissance économique escomptée.
Et surtout, le front de la hausse des prix au détail. Ce n’est nullement un hasard que dans ce même message du 12 mars, le Premier ministre a confronté les consommateurs à ce risque inévitable.
Mais à moyen terme, les préparatifs pour le budget 2026-27 sont sur le point d’être enclenchés dans un contexte local et international marqué par des écueils en tous genres. D’abord, les Missing Chagos Funds de l’ordre de Rs 10 milliards pour le présent exercice financier, notamment au niveau du déficit budgétaire, continueront à se faire sentir pour le prochain exercice financier, alors que l’ombre du downgrade de Moody’s avec un junk status plane sur l’économie.
Un autre gros morceau en prévision du prochain budget susceptible de retenir l’attention concerne la poursuite de la réforme du système du système de pensions, avec les premières recommandations socially-acceptable du comité Prayag présentées au gouvernement.
Autant de dossiers chauds et de haute tension alimentant l’échiquier politique, avec l’opposition parlementaire et extra-parlementaire s’apprêtant à tirer des marrons du feu politique, qui ne cessera de gagner en intensité.

