Gestion des chiens errants : La mise sur pied d’une National Task Force pour résoudre le problème de chiens errants

Une réunion consultative, tenue lundi à la municipalité de Port-Louis, avait réuni le ministre de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche, Arvin Boolell ; le ministre délégué Fabrice David, le maire Aslam Adam Hosenally ainsi que diverses organisations non gouvernementales (ONG), afin de discuter de la problématique des chiens errants à Maurice et de trouver une solution « éthique et durable ». Le manque de moyens logistiques, la lenteur administrative et les risques sanitaires majeurs comme la leptospirose ont été mis en avant. Le dialogue a également porté sur l’urgence d’une expertise internationale et le renforcement de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW). Une Task Force nationale sera instituée dans le but de coordonner les actions entre les autorités et les parties prenantes.

Lors de cette réunion, les défenseurs des animaux ont dénoncé un manque d’action concrète sur le terrain, notamment sur les nombreux cas de cruauté et des problèmes récurrents de ressources à la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW). Une marche silencieuse avait, d’ailleurs, été organisée le mois dernier à Port-Louis pour réclamer des mesures plus humaines et efficaces face aux cas de cruauté qui ne cessent de croître dans le pays.

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Le ministre Arvin Boolell a souligné que la MSAW ne peut agir seule et nécessite des partenaires de confiance pour gérer les quelque 60,000 chiens réellement errants sur l’île. Il a indiqué que le gouvernement envisage de solliciter l’expertise de pays ayant réussi à stabiliser leur population canine, notamment le Bhoutan, les Pays-Bas et le Canada. Cependant, il a déclaré que la priorité est d’allouer des ressources adéquates à la MSAW et aux ONG locales fiables. Il a annoncé la construction d’un hôpital vétérinaire avec le soutien du gouvernement indien ainsi que d’un refuge pour animaux à Richelieu. Un terrain de deux arpents aurait déjà été identifié pour la création de ce nouveau sanctuaire. 

Malgré ces annonces, des défenseurs des animaux restent sceptiques. Réagissant à l’issue de la réunion, Rubina Jhuboo, militante de la cause animale, a déclaré : « Je trouve scandaleux qu’en dépit du fait que Maurice soit confrontée depuis plusieurs décennies à une surpopulation canine et féline, des vétérinaires locaux aient affirmé qu’ils ont la capacité de mener des campagnes de stérilisation à grande échelle et que nous ne devrions pas parler de solliciter l’aide d’organisations vétérinaires internationales ayant une expérience avérée dans les programmes de stérilisation de masse dans d’autres pays. Pendant 50 ans, la seule mesure utilisée pour contrôler la population canine a été la méthode barbare et inefficace du « capturer et tuer », qui n’a jamais résolu le problème, car elle s’attaque au résultat, c’est-à-dire les chiens errants, plutôt qu’à la source du problème, qui est la population reproductrice. Pourquoi les vétérinaires locaux n’ont-ils rien fait pour résoudre cette situation pendant tant d’années, mais soudainement, dès que l’on évoque la possibilité de demander de l’aide internationale, ils prétendent avoir la capacité et l’expertise nécessaires ? La conversation que nous devrions avoir au niveau national devrait porter sur la mise en œuvre d’un Programme national complet de gestion des chiens et des chats à Maurice, sous les conseils d’experts internationaux dans ce domaine. Nous avons plus qu’assez d’amateurisme et d’incompétence dans le domaine du bien-être animal, qui sont à l’origine du niveau élevé de maltraitance animale et d’élevage illégal dans ce pays.« 

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Reda Chamroo, défenseur des animaux, a quant à lui soulevé quelques points et faits marquants de cette crise. Dénonçant un manque de transparence au sein de la MSAW, il affirme que des décisions prises sans consultation avec des ONG, ont aggravé le bien-être animal. « Les mauvaises décisions prises par le management n’ont fait qu’aggraver une situation déjà difficile. L’enregistrement obligatoire est un échec. Aucune consultation n’a été faite auprès des ONG et rescuers. L’obligation de micropucer et d’enregistrer son chien assorti de menaces d’amendes, a provoqué un vent de panique. Entraînant une hausse des abandons et une diminution des adoptions », a t-il déclaré. S’agissant du système de vouchers qui avait été suspendu en raison d’irrégularités et d’abus, il affirme que sa suspension a pénalisé ceux qui s’occupent des chiens errants. « A ce jour, nous n’avons aucune information sur ces cas de fraudes. Nous demandons que le système de vouchers soit remis en place le plus tôt possible »; a t-il dit. Soulignant le décalage entre les « campagnes de masse » annoncées et la réalité du terrain, où l’objectif scientifique de stériliser 70 % de la population pour stopper la croissance démographique semble loin d’être atteint, il a affirmé que « le plus tôt que le ministre Arvin Boolell se rendra à l’évidence que la stérilisation en masse d’envergure nationale est impossible, le mieux ce sera. Cela fait environ15 mois que la MSAW s’attèle à des petites campagnes localisées et sporadiques, les qualifiant de stérilisation en masse. Sans une collaboration étroite avec des coalitions internationales capables de mobiliser des ressources massives, il sera difficile d’atteindre le seuil de stérilisation nécessaire pour surpasser le nombre de naissances annuelles. Pour être bien clair, quand on parle de stérilisation en masse, on parle de stériliser au moins 70% de la population dans un délai prédéfini. Le nombre de chiens stérilisés doit surpasser le nombre de naissance. Pour cela, un plan doit être défini à l’avance. Or, nous n’avons pas vu un action plan de la MSAW jusqu’à présent. L’aide internationale reste notre seul recours. Une offre, faite par l’International Animal Welfare and Protection Coalition (IAWPC) au ministre Arvin Boolell juste après sa nomination comme ministre de l’Agro Industrie, n’a pas été acceptée; et ceci sans raison valable en dépit d’un due diligence fait sur l’organisme.

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