PNQ – Navin Ramgoolam : « Le pays a besoin d’une main ferme pour prendre des décisions difficiles »


La rentrée parlementaire de ce mardi a été marquée par une Private Notice Question (PNQ) sur le conflit au Moyen-Orient. Le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a interpellé le Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur les conséquences potentiellement dévastatrices du conflit au Moyen-Orient pour Maurice. Entre révisions à la baisse de la croissance et mesures d’urgence pour l’approvisionnement, le chef du gouvernement a brossé un tableau économique sombre mais sous contrôle.

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Répondant à Joe Lesjongard, le Premier ministre a été catégorique : Maurice, en tant que petite économie ouverte, subit de plein fouet l’instabilité régionale. Alors que la croissance du PIB était initialement prévue à 3,4 % pour 2026, elle est désormais révisée à 3,2 %, voire sous la barre des 3 % si le conflit devait se prolonger.

Plus inquiétant pour le panier de la ménagère, l’inflation devrait grimper à 6 %, contre les 4 % initialement projetés, en raison de la hausse mondiale des prix du pétrole et des commodités. Le déficit budgétaire pourrait également se creuser de 2 % du PIB, aggravé par un manque à gagner de 10 milliards de roupies dû au retard de la ratification du traité sur les Chagos.

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Face à l’envolée du prix du baril de Brent, le gouvernement mise sur la coopération internationale. Navin Ramgoolam a révélé avoir négocié un accord de gouvernement à gouvernement (G2G) avec l’Inde pour l’achat de produits pétroliers via l’Indian Oil Corporation Ltd. Détail crucial pour les finances nationales : les paiements seront effectués en roupies mauriciennes, limitant ainsi l’exposition du pays à la volatilité du dollar américain.

Les stocks actuels (au 16 mars 2026) :

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  • Essence (Mogas) : 13 jours de consommation (jusqu’au 25 mars).
  • Diesel (Gas Oil) : 23 jours de consommation (jusqu’au 2 avril).
  • Gaz ménager (LPG) : 23 jours de stock, avec une cargaison de 7 000 tonnes métriques attendue ce mardi.

Le Premier ministre a réitéré son engagement à protéger les plus vulnérables grâce au Price Stabilisation Fund, doté de 10 milliards de roupies, qui subventionne des produits essentiels comme le lait en poudre, l’huile comestible et les couches pour bébés. À ce jour, 30 commodités restent sous le régime de la marge maximale et 13 produits sont à prix fixes.

Selon le Premier ministre, face à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, le gouvernement mauricien a mis en place un dispositif de suivi rigoureux pour ses ressortissants. Au total, 228 Mauriciens ont contacté le ministère des Affaires étrangères via la hotline d’urgence établie dès le 19 janvier 2026. Ce groupe comprend notamment 121 personnes basées au Koweït, en Oman, au Qatar, à Bahreïn et en Arabie saoudite, ainsi que 72 citoyens enregistrés à Dubaï. Pour assurer leur sécurité, des avis d’alerte ont été émis en février et mars, conseillant de différer tout voyage non essentiel vers l’Iran et les pays du Golfe, tout en mobilisant les missions diplomatiques de Riyad, d’Islamabad et le consulat de Dubaï.

Le rapatriement a nécessité une coordination logistique et diplomatique intense, marquée par l’intervention personnelle du Premier ministre, dit-il, auprès des responsables d’Emirates Airlines. Cette démarche a permis de programmer trois vols spéciaux entre Dubaï et Maurice début mars, assurant le retour de 80 % des ressortissants bloqués dans cette zone. Parallèlement, d’autres groupes ont pu regagner l’île via Nairobi ou par des vols commerciaux depuis l’Arabie saoudite, incluant 20 pèlerins venus de Djeddah. Des cas isolés, mais complexes ont également été résolus, comme l’évacuation d’un Mauricien d’Iran via la Turquie et d’un autre d’Israël via la Jordanie, ce dernier ayant bénéficié de l’assistance des autorités indiennes.

Joe Lesjongard a vivement critiqué la gestion actuelle, demandant si le pays n’avait pas besoin d’un ministre des Finances à plein temps pour naviguer dans cette crise, une idée attribuée au Vice-Premier ministre. Il a également plaidé pour la réintroduction des allocations CSG ou d’un « top-up » salarial pour les travailleurs touchant moins de 20 000 roupies afin de contrer l’inflation.

Navin Ramgoolam a toutefois rejeté ces propositions, invoquant une situation économique « terrible » héritée du passé et la nécessité de maintenir une politique fiscale prudente pour réduire la dette nationale. « Nous ne ferons pas ce que le précédent gouvernement a fait, nous n’allons pas imprimer de l’argent », a-t-il lancé.

Sur la nécessité d’un ministre des Finances à plein temps, Navin Ramgoolam a répondu : « Je pense que ce dont le pays a besoin en ce moment, c’est de quelqu’un avec une main ferme qui ne va pas hésiter à prendre des décisions difficiles » (« I think what the country needs at the moment is somebody with firm hand who is not going to shy away from taking tough decision »). Il a qualifié la situation économique actuelle de « terrible ».

Pour répondre aux défis posés par le conflit au Moyen-Orient, un High-Level Committee a été mis sur pied sous la présidence du Secrétaire financier, explique le Premier ministre. Ce comité regroupe des représentants de Business Mauritius et d’organismes publics stratégiques afin d’évaluer les implications économiques et de proposer des mesures politiques appropriées. Il se réunit régulièrement pour élaborer des stratégies à court, moyen et long termes visant à renforcer la résilience du pays, avec une attention particulière portée au soutien des PME, des ménages vulnérables, de la sécurité alimentaire et du secteur touristique. Lors des débats, le Premier ministre a précisé que ce comité est chargé de coordonner les réponses interministérielles et de déclencher des mesures d’urgence si nécessaire.

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