– Jayen Chellum : « Il faut peut-être commencer à négocier avec les pays producteurs de la région »
Alors que la guerre continue à faire rage au Moyen-Orient et que le détroit d’Ormuz est paralysé, l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur les risques pour Maurice. Jayen Chellum réitère sa demande pour la mise sur pied d’un comité d’urgence. Par ailleurs, il estime que le moment est inapproprié pour une hausse du prix du pain, comme le demandent les boulangers.
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a annoncé, dans son discours du 12 mars, que des négociations sont en cours avec l’Inde pour l’approvisionnement en produits pétroliers. Jayen Chellum, secrétaire de l’ACIM, accueille favorablement cette annonce, mais réitère sa demande pour la mise en place d’un Emergency Response Committee. Ce comité, regroupant différentes parties prenantes, incluant les associations des consommateurs, permettrait d’aller au-delà des produits pétroliers et de s’intéresser aussi aux produits de consommation, a-t-il fait ressortir.
Certes, le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, a tenu à rassurer quant aux risques de pénurie, mais l’ACIM plaide pour une action sur le long terme. « Il n’y a aucun signe à ce jour que la guerre va s’arrêter. Au contraire. Dans ce contexte, en plus des négociations avec l’Inde sur les produits pétroliers, il faudrait peut-être commencer à négocier avec les pays producteurs de la région », estime-t-il.
Un comité d’urgence, comme cela avait été le cas pendant la guerre du Golfe, a-t-il ajouté, aurait permis d’émettre des suggestions. Particulièrement dans un contexte de propositions budgétaires. « C’est dommage qu’il n’y ait eu aucune réaction à notre lettre à ce sujet jusqu’ici. Même pas un accusé de réception », dit-il.
Par ailleurs, l’ACIM a également pris position au sujet de la demande de la Bakery Owners Association, pour une hausse du prix du pain. Jayen Chellum estime qu’avec le contexte géopolitique au Moyen-Orient, il sera inapproprié de procéder à une hausse de prix d’un produit de base. À la réunion du conseil des ministres du 27 février, le gouvernement a pris la décision de mettre sur pied un comité interministériel, présidé par le ministre du Commerce, Michaël Sik Yuen, pour se pencher sur la question.
Déjà, avec les répercussions de la guerre, notamment sur les produits pétroliers et le fret, il faut s’attendre à des hausses sur plusieurs produits et services, fait ressortir l’ACIM. L’association a transmis une correspondance formelle au ministère du Commerce pour faire part de son opposition à la demande des boulangers.
Une hausse du prix du pain, insiste l’ACIM, affectera les familles au bas de l’échelle et les élèves. Sans compter que les prix des pains fourrés vont aussi augmenter dans la foulée, souligne l’association. « De plus, le pain est souvent utilisé comme indicateur de référence des prix alimentaires. Lorsque le prix du pain augmente, les autres produits de boulangerie augmentent également. De même pour le “street food”. Ce qui a un impact sur les ménages. Cela peut accélérer l’inflation dans l’ensemble pour le secteur alimentaire. »
Concernant une éventuelle hausse de la subvention aux boulangers, l’ACIM fait ressortir que cet argent viendra de la poche des contribuables, qui vont déjà souffrir des hausses liées au conflit du Moyen-Orient. Soulignons que depuis l’année dernière, le gouvernement accorde des subsides à hauteur de Rs 450 M par an aux boulangers afin de maintenir le prix du pain maison à Rs 2.60.
D’autre part, l’ACIM souligne qu’il y a une variété de pains qui sont commercialisés et dont les prix ne sont pas contrôlés. L’association a ainsi procédé à un relevé sur les prix pratiqués, dont, entre autres
le pain au levain (400g à 600g), vendu entre Rs 80 et Rs 150 l’unité ;
le pain de campagne (500g à 700g), de Rs 70 à Rs 120 l’unité ;
la baguette tradition au lin (250g à 400g), de Rs 50 à Rs 90 ;
le pain viennois et le panini (300g à 500g), de Rs 40 à Rs 80 ;
le pain de mie multigrain (400g à 600g), de Rs 70 à Rs 120.
L’ACIM demande donc au gouvernement de prendre tous ces éléments en considération, avant toute augmentation de prix. « Nous demandons en urgence un mécanisme transparent et indépendant de révision des coûts, afin d’examiner les coûts de production des boulangeries. De même, nous demandons des subventions conditionnelles. Soit, que les boulangeries bénéficiant de subventions doivent maintenir les normes en matière de prix, de poids et de qualité », préconise l’ACIM.

