Sous l’œil du Directeur de l’Audit : Dette publique : hausse de Rs 200,8 milliards, soit + 47,9% de 2021 à 2025

L’un des paramètres économiques, sous surveillance des institutions et des agences internationales, dont Moody’s, en l’occurrence l’évolution de la dette publique, n’a pas échappé à l’œil critique du Directeur de l’Audit, le Dr D. Paligadu, dans son rapport annuel pour l’exercice financier 2024/25. Le rapport de l’Audit pour l’exercice financier se terminant au 30 juin de l’année dernière a été déposé en original à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale avec la reprise des travaux du parlement. Un autre dossier majeur, qui a retenu l’attention de l’Audit demeure le scandale de Reward Money à la police, avec l’ancien haut commissaire de police, Anil Kumar Dip, sous inculpation provisoire de même qu’une série de hauts gradés de la force policière, des ténors sous le précédent gouvernement, dirigé par Pravind Kumar Jugnauth.

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Au titre de la gestion des fonds publics, le chapitre du du Debt Management soulève des préoccupations majeures dans la mesure où le rapport de l’Audit souligne que « total public sector debt stock increased by Rs 200,8 billions, representing a 47,9 per cent rise, from Rs 419,4 billions as at June 2021 to Rs 620,2 billions as at 30 June 2025 ».
Au cours de ces cinq derniers exercices financiers, la dette a progressé comme suit à la fin de chaque exercice financier:

juin 2021: Rs 419,4 milliards
juin 2022: Rs 449,3 milliards
juin 2023: Rs 495,7 milliards
juin 2024: Rs 546,1 milliards
juin 2025: Rs 602,2 milliards.

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Au cours de cette même période, la dette locale a également augmenté pour passer de Rs 308,6 milliards à Rs 495,7 milliards, soit une progression de 60,6 % avec la dette étrangère plafonnant à Rs 125,6 milliards au 30 juin dernier, soit 12,4% de plus. L’augmentation la plus phénoménale a été enregistrée au niveau de l’endettement des Public Corporations, soit de 382,7% en cinq ans, passant de Rs 6,5 milliards au 30 juin 2021 à Rs 31,5 milliards au 30 juin dernier.

D’un point de vue comptable, le rapport de l’Audit fait ressortir que « the Public Sector Debt figure of Rs 635,6 billion was adjusted to Rs 620,2 billions as a result of a consolidation adjustment of Rs 25,4 billions made in line with the IMF Government Finance Statistics Manual, when required that inter-sectoral and intra-sectoral transactions be netted. »
Le rapport de l’Audit relève le fait que du 30 juin 2024 au 30 juin 2025, la dette étrangère a connu une poussée « highighting continued dependence on external financing to finance budget deficits and major infrastructural works. » Ainsi, les principaux emprunts contractés au cours de cette période sont de

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Rs 11 milliards en août 2024, soit à la veille des dernières élections générales, de la Banque Africaine de Développement, avec pour objectif de « provide assistance in financing the economic competitiveness and resilience support programme of the government » et déboursement de Rs 21,1 millions en octobre 2024 sous un prêt consenti pour le Rodrigues Airport Project.

Le rapport de l’Audit s’attaque aussi à l’épineuse et délicate équation de la dette publique par rapport au Produit intérieur brut (PIB) en s’appuyant sur des dispositions de la Covid-19 (Miscellaneous Provisions) Act de 2020 en ce qui concerne la gestion de la dette publique. La conclusion du Directeur de l’Audit par rapport à l’évolution de la situation est sans complaisance.

« The percentage of Budgetary Central Government (BCG) Debt and Public Sector Debt (Gross) to Gross Domestic Product amounted to 79,7 percent and 86,5 percent exceeded the target set in the Estimates 2024/25 by 16,7 percent and 14,4 percent respectively. Furthermore, both BCG debt and PSD (Gross) have exceeded the estimated amounts by Rs 68,4 billion and Rs 52,7 billion. »

(à inclure ici le tableau 2 – 8 de la page 33 du rapport de l’Audit)
Le Directeur de l’Audit n’a pu s’empêcher de tirer la sonnette d’alerte quant à l’état des lieux de la dette publique. « The actual debt levels were significantly higher compared to the forecast and for the financial years 2023/24 and 2024/25. Significant and recurring variances between estimated and actual debt ratios represented shortcomings in fiscal forecasting. When debt remains high, public finances are more exposed to shocks from higher borrowing costs, refinancing challenges and slower economic growth ».
En conclusion à ce chapitre général, l’Audit maintient que « appropriate fiscal policies should be developed and implemented by the ministry of Finance to restore Public Sector Debt-to-GDP ratio below the statutory framework of 80 per cent ».

La conséquence directe d’un accroissement de la dette publique au cours de ces cinq dernières années se répercute sur le budget pour le Public Debt Servicing, qui a connu une augmentation de 57,5% au cours de ces cinq dernières années. Le budget pour le remboursement de la dette locale est passé de Rs 93 milliards en 2020/21 à Rs 148,6 milliards en 2024/25, une nette indication de la « heavy reliance on domestic borrowing and refinancing on the domestic market. » Le tableau (page 38, 2-11) donne une indication de la situation par rapport à la dette locale.

Un facteur inquiétant est la tendance à la hausse des paiements d’intérêts, soit de 65,3% alors que les intérêts sur les prêts contractés à l’étranger était à Rs 2,2 milliards au 30 juin dernier contre Rs 577,4 millions il y a cinq ans de cela. « The ratio of interest payments to GDP increased from 2,7 per cent in 2020/21 to 3,1 percent in 2024/25, representing an increase of 15 per cent over the past five years. Additionally, it is to be highlighted that the Estimates 2024/25 specified a target of 2,4 percent to be reached by the end of June 2027 », note encore le rapport de l’Audit.

Au chapitre de l’endettement des corporations para-publiques, le rapport de l’Audit identifie quatre canards boiteux, avec un montant global de Rs 6,4 milliards pour le seul exercice financier 2024-25, soit la State Trading Corporation, la Mauritius Civil Service Mutual Aid Association Ltd, le Central Electricity Board et la Central Water Authority.
Au cours de ce même exercice financier, quatre nouveaux venus ont été accueillis dans ce club des organisations para-publiques endettées, soit Cyber Properties Investment Ltd, Landscope Solar Ltd, Manufacturing Ltd et Jet Prime Ltd pour un montant d’un demi-milliard.

Le tableau de la dette publique ne sera pas complet si l’on exclut que « due to mower actual revenue collections and higher expenditure compared to the estimates, resulted in a higher deficit in 2024/25, the government’s actual borrowing requirements to finance the budget amounted to Rs 76,3 billion, significantly exceeding the figure of Rs 38 billion. »
Au 30 juin 2025, les revenus du gouvernement étaient de Rs 185,6 milliards, soit un manque à gagner de Rs 24,9 milliards par rapport aux estimations initiales. « The shortfall was mainly due to increase in tax receipts below the estimates by 10,5 percent, and the actual collections being Rs 163,5 billion as compared to the estimated Rs 182,6 billion ».
Par contre, les dépenses publiques ont été enregistrées en hausse, passant de Rs 237,3 milliards à Rs 252,4 milliards, notamment pour le compte
de la Sécurité sociale, de Rs 67,3 milliards à Rs 73,1 milliards
la Santé de Rs 17,2 milliards à Rs 18,6 milliards et
les Centrally Managed Initiatives of Government de Rs 36,9 milliards à Rs 48,3 milliards.
De ce fait, le déficit budgétaire s’est creusé de Rs 40 milliards, soit de Rs 26,8 milliards à Rs 66,8 milliards.

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