Des tombes ont été saccagées ces derniers jours au cimetière familial historique de La Cantine d’Albion qui regroupe, depuis le début du 19e siècle, une trentaine de sépultures des familles Vally et Jeannot. Une déposition pour « larceny – violating tombs » a été faite à cet effet, vendredi, à la police d’Albion par Emmanuel Babylone, un descendant des Vally.
Cette nécropole sise au lieu-dit La Cantine à Albion se situe sur une vaste parcelle de 156 arpents de terre que l’établissement sucrier de Medine dit lui appartenir. Mais cette parcelle est revendiquée depuis plus de 60 ans par les descendants de Mathurin Jeannot. Né en 1770, ce Français venu d’Angoulême à l’île de France avec son fils naturel né d’une liaison au Mozambique est mort le 29 juillet 1819 à Rivière-Noire sous la nouvelle administration britannique.
On ne sait, à ce stade, qui procède à ce saccage de tombes sur ce terrain un peu excentré d’Albion. Mais selon les premières indications, il semblerait que des camions se seraient rendus sur place pour collecter de grosses pierres que des excavateurs auraient sorties de terre. Ces travaux d’excavation n’auraient ainsi pas manqué d’empiéter sur les tombes dont la valeur historique ne fait aucun doute.
La question qui se pose est de savoir si les autorisations nécessaires ont été obtenues, notamment, des autorités sanitaires et du Conseil de district, avant ces travaux. Ou s’il s’agit simplement d’un pillage sans respect des règles d’hygiène et des sépultures. À l’époque de la colonisation française et britannique, les habitants étaient autorisés à enterrer leurs morts dans leurs domaines familiaux.
Jusqu’à ce qu’une loi ne soit promulguée en 1871 pour faire obligation d’enterrer les morts « dans des lieux proclamés comme acceptables par les autorités sanitaires, compte tenu de la prévalence des épidémies contagieuses, sauf dérogation », nous rappelle l’historien feu Benjamin Moutou, dans son livre L’île Maurice et son Histoire contemporaine.
Le contentieux qui oppose les descendants de Mathurin Jeannot à l’établissement sucrier de Médine a, plus d’une fois, été porté devant la Justice sans qu’un règlement final du litige ne soit intervenu jusqu’ici. L’affaire avait même été traitée par la Truth and Justice Commission. Cette Commission n’a, toutefois, pu faire mieux que de référer la demande de restitution « to an appropriate authority / court ».

