Avec la volatilité décontrôlée sur le marché mondial du pétrole, le ministère de l’Énergie a refait ses calculs. Des dépenses supplémentaires de l’ordre de Rs 1 milliard devront être encourues pour assurer pour les deux prochaines cargaisons d’huile lourde pour le compte du Central Electricity Board (CEB).
Rencontrant la presse hier, le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, a indiqué que le gouvernement et la State Trading Corporation (STC) ont entamé des démarches afin d’obtenir un pétrolier en provenance de Singapour. La cargaison devrait arriver à Port-Louis le 1er avril, soit 33 000 tonnes métriques d’huile lourde destinées au CEB. Comparé à la cargaison d’huile lourde que le pays aurait dû recevoir le 21 mars, le coût de cette livraison présente une différence d’environ Rs 500 millions. « Le CEB devra ainsi décaisser Rs 500 millions supplémentaires pour cette cargaison. Au total, cette cargaison coûtera au pays Rs 1,2 milliard », a-t-il fait ressortir. Il a également invité à mesurer l’ampleur du problème. « Imaginez le scénario sur une année. Nous avons besoin d’environ douze cargaisons par an », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le CEB a déjà passé commande pour une deuxième cargaison qui devrait arriver à Maurice entre le 15 et le 17 avril prochain. Ainsi, en l’espace de 15 à 17 jours, le CEB devra trouver environ Rs 1 milliard supplémentaire, toujours en raison de la crise pétrolière liée aux tensions au Moyen-Orient.
Compte tenu du manque de visibilité sur le marché, le ministre de l’Énergie a indiqué avoir donné des instructions aux Independent Power Producers (IPP) afin qu’ils brûlent davantage de charbon pour réduire l’utilisation d’huile lourde. « Nous ne sommes pas des amoureux du charbon, mais la situation l’exige afin de préserver plus longtemps notre stock d’huile lourde et de parer à toute éventualité », maintient-il.
Le CEB a également décidé de ramener sa Spinning Reserve de 30–35 mégawatts à 20–25 mégawatts afin de réduire la consommation d’huile lourde. « C’est pour cette raison que tout le monde peut constater que le clignotant est passé au jaune », a ajouté le ministre, annonçant la mise en place d’un High Level Crisis Committee, présidé par le Financial Secretary, chargé de recommander des mesures à l’échelle nationale. Il a indiqué que des mesures seront introduites afin de réduire le gaspillage d’électricité. « Nous allons devenir plus sévères. Nous n’avons pas le choix. Nous nous retrouvons aujourd’hui dans une situation où chaque goutte d’huile lourde compte, surtout si la guerre venait à s’étendre », prévient-il.
Depuis le 3 mars, le CEB a lancé un exercice d’Expression of Interest pour l’approvisionnement en huile lourde. Parallèlement, un appel d’offres international est également en cours, avec la clôture prévue pour le 1er avril prochain.
« Nous ne devons pas dépendre uniquement de Singapour pour notre approvisionnement », rassure Patrick Assirvaden. Il a aussi fait état de la signature prochaine d’un Memorandum of Understanding avec Indian Oil pour l’approvisionnement en produits pétroliers qui devraient arriver à Maurice en juin et juillet prochains.
Dans la conjoncture, le gouvernement envisage d’augmenter la capacité de stockage des produits pétroliers à Maurice, afin de porter les réserves à plus de 50 jours. « La situation est préoccupante. Nous allons introduire un règlement sous l’Energy Efficiency Act afin d’empêcher, décourager et, si nécessaire, sanctionner le gaspillage d’électricité », met-il en garde.
Plusieurs cas de gaspillage sont pointés du doigt, notamment : les grandes surfaces qui éclairent leurs parkings toute la nuit ; les centres commerciaux qui utilisent la climatisation à plein régime ; les ministères et écoles qui restent avec les lampes allumées le soir ; les terrains de football éclairés inutilement la nuit.
Le ministre a précisé que l’accent ne sera pas uniquement mis sur les heures de pointe, mais sur toutes les formes de gaspillage énergétique. Par ailleurs, les réfrigérateurs énergivores seront bannis à l’importation à partir de septembre prochain.
Une série de propositions sera soumise au High Level Crisis Committee afin de mettre fin au gaspillage d’électricité.
Interrogé sur le financement des deux prochaines cargaisons, Patrick Assirvaden a expliqué que le CEB fonctionne actuellement grâce aux découverts bancaires et aux emprunts. « C’est une compagnie d’État. Nous savons tous que cette institution ne peut pas s’effondrer. Il faut donc recourir aux emprunts et aux découverts bancaires », a-t-il déclaré. « La situation est difficile. Nous avons besoin de la collaboration de tout le monde », a-t-il ajouté.
Le ministre a également souligné que la crise énergétique mondiale actuelle pourrait dépasser celle provoquée par la pandémie de Covid-19.

