Me Dev Ramano : « Le pays est emprisonné dans une toile d’araignée de State Capture »

Légalisation du cannabis, souveraineté sur les Chagos, droit de grève, réforme électorale ou pension à 65 ans : dans cet entretien, Me Dev Ramano prend position sur plusieurs dossiers sensibles. Avec un ton direct et engagé, il critique le système politique actuel et plaide pour des réformes structurelles au service des travailleurs et de la démocratie.

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Pourquoi êtes-vous pour la légalisation de la gandia ?

Moi, je ne fume pas. Je ne consomme pas de cannabis mais je suis pour sa légalisation qui aiderait certes à faire reculer la mafia, le trafic des drogues dures et dangereuses ainsi que le synthétique. La légalisation serait un grand pas dans cette direction. Le sujet est tabou, controversé, parfois il fait peur mais reste d’actualité.
Il existe une tendance qui amène la majorité des Mauriciens à se ranger du « bon côté » de la ligne. Mais cette posture pousse à patauger dans une mare d’hypocrisie. Dès lors, nous plébiscitons des lois drastiques, notamment la Dangerous Drugs Act de 2002, avec des sanctions de l’univers carcéral ou des amendes prohibitives pour l’infraction de consommation de cannabis.

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Dans la Dangerous Drugs Act (DDA), le cannabis est classifié comme une drogue dure et dangereuse au même titre que l’héroïne. C’est une folie légale déraisonnable, car les experts le qualifient plutôt de drogue douce ! À ce niveau, je considère la DDA comme une disposition légale erronée, construite sur de fausses informations, ce qui fait de cette provision statutaire elle-même, un crime. Elle bafoue les droits fondamentaux inscrits aux articles 1 à 16 de notre Constitution, entre autres le droit à la vie, la liberté, la santé, la vie privée, etc. La sanction pénale contre la consommation du cannabis ne peut être plus dangereuse que l’usage du produit lui-même. Il faut sortir le cannabis de l’enfer statutaire des drogues dures et dangereuses et procéder à sa reclassification. Dans une perspective de progrès, le débat oscille entre la dépénalisation, la décriminalisation et la légalisation.
En résumé, la décriminalisation ou dépénalisation réduit les sanctions, mais l’acte demeure illégal. Avec la légalisation, le cannabis est autorisé et réglementé par la loi. Son usage est encadré par des règles sur la production, la distribution et la consommation. Les activités liées au cannabis deviennent alors légales, sous le contrôle de l’État. Dans ce cas de figure, il existe une réelle possibilité de porter un coup dur à la mafia de la drogue et du synthétique qui fabrique des zombies.
Un appel de ma part ! Toi, camarade consommateur de la ganja, cesse de jouer l’hypocrite.  Sors de ta cachette avec courage et joins-toi à LA VOIX qui exige la légalisation de cette drogue douce. Dans ce combat, il ne suffit pas de gagner seulement en qualité en termes de propositions mais aussi en quantité (nombre) en termes de rapport de force.

L’État a-t-il l’obligation de rapatrier ses citoyens en cas de guerre ? Que dit la loi à ce sujet ?

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Si des pèlerins, des concitoyens en vacances sont bloqués dans le Golfe en raison des tensions guerrières au Moyen-Orient, ce n’est pas à ces personnes de payer les conséquences dans leur travail à Maurice. De surcroît, ils doivent être protégés et leur sécurité garantie par les autorités gouvernementales locales. Lorsqu’une personne est coincée dans une situation hors de son contrôle, comme dans les cas présents, il s’agit d’un cas de force majeure. Le Code Civil en fait mention aux articles 1147 et 1148, et la Workers Rights Act 2019 y fait implicitement référence. L’autorité doit agir contre les employeurs qui œuvrent en sens contraire. Elle a le devoir et l’obligation morale d’assurer le rapatriement de ces concitoyens.

Quel est votre point de vue sur les négociations entre Maurice, le Royaume-Uni et les États-Unis concernant l’archipel des Chagos ? Êtes-vous en faveur du maintien de la base de Diego Garcia ?

Soulignons-le avec force : depuis plus d’une décennie, Maurice engrange des résultats probants sur la voie noble et digne qu’elle a résolument choisie.
En 2012, les pays de l’Union africaine et du Mouvement des non-alignés expriment leur soutien unanime à notre pays dans sa quête légitime de souveraineté sur les Chagos.
En mars 2015, la Cour permanente d’arbitrage tranche sans équivoque : la Marine Protected Area (MPA) décrétée par le Royaume-Uni autour de l’archipel des Chagos en 2010 constituait une violation du droit international.

En juin 2017, l’Assemblée générale des Nations unies franchit une étape décisive en saisissant la Cour internationale de Justice afin qu’elle se prononce sur l’illégalité de la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice avant l’indépendance de 1968.
Le 25 février 2019, dans un jugement historique, la Cour internationale de Justice, par 13 voix contre 1, a exigé que le Royaume-Uni mette fin, dans les plus brefs délais, à son administration des Chagos afin de parachever la décolonisation de Maurice.

Enfin, le 22 mai 2019, la communauté internationale, par la voix de l’Assemblée générale des Nations unies, a réaffirmé avec clarté la souveraineté de Maurice sur les Chagos et sommé le Royaume-Uni de se retirer sans condition dans un délai de six mois.

Avec cette résolution prestigieuse entre les mains, les dirigeants, anciens comme actuels, ont choisi, dans la honte et sans dignité de ramper devant leurs gourous anglais et américains, en quémandant l’argent du sang en échange d’une location des Chagos pour 100 ans, sapant ainsi notre souveraineté sur cette partie de notre territoire.
La concrétisation du Diego Deal en gestation entre le gouvernement et ces puissances guerrières entraînerait carrément l’alignement de Maurice derrière l’impérialisme américain et anglais. Cela constitue une menace certaine pour le peuple. Ne soyons pas dupes! Nous serons en danger à cause de la posture du pouvoir en place qui accepte l’argent du sang à travers le Diego Garcia Deal.
Aujourd’hui, le monde s’embrase. Nous avions prédit cela depuis belle lurette. Trump et ses bourreaux qui l’entourent, vont transformer l’océan Indien en une mer de sang. Avec leur mercenaire israélien, ils ont réduit Gaza en un cimetière de morts vivants.
En ce moment, l’Iran est dans leur viseur meurtrier. Assoiffé de sang, avide de pétrole et de domination, l’impérialisme fasciste américain/israélien et leurs alliés pourraient utiliser Diego Garcia comme terrain d’appui pour que prolifère cet enfer.
Que Maurice ne se voile pas la face ! Elle risque de devenir complice d’un dessein meurtrier encore plus exécrable avec l’argent de sang du Chagos Deal.

Que l’océan Indien soit une zone de paix ! Nous devons être pour la guerre contre la guerre.

Pensez-vous que le droit de grève devrait être inscrit dans la Constitution du pays ?

Notre principale arme de combat — le droit de grève — est confisquée, alors même que de grands défis restent à relever.
Le 18 février dernier marquait la Journée mondiale d’action pour le droit de grève, initiée en 2015 par la Confédération syndicale internationale (CSI). Ce droit fondamental constitue un outil essentiel pour les travailleurs dans leur lutte pour de meilleures conditions de travail. Il est reconnu comme un droit constitutionnel dans plusieurs pays.
Mais Maurice est à la traîne et, à cet égard, accuse un retard démocratique préoccupant. Dans les années 1970, le gouvernement de coalition PTr/PMSD avait aboli le droit de grève afin de briser la lutte des travailleurs et des syndicats. Tous les gouvernements successifs ont, depuis, maintenu cet archaïsme.

Après de longues luttes, en 2008, le gouvernement a été contraint d’introduire l’Employment Relations Act. Cependant, le droit de grève n’y est autorisé que de manière sectorielle, et uniquement si les travailleurs concernés votent majoritairement en faveur de l’action et respectent les délais de préavis requis.

De plus, l’autorité peut à tout moment saisir les tribunaux, sous prétexte que la grève « pourrait nuire à l’intérêt du pays », afin d’y mettre fin. Ainsi, le droit de grève est entré par la grande porte et retiré par l’imposte. Quant à la grève générale, elle reste foncièrement illégale. Ce que Bérenger et Anerood Jugnauth avaient promis en 1982 était sans équivoque :
«ainsi, le MMM promet, dès le début de la première session de la nouvelle assemblée législative, de prendre les mesures suivantes : (a) proposer un amendement à la Constitution afin d’y proclamer solennellement, à la section 3, le droit des travailleurs de se syndiquer et le droit inaliénable des travailleurs à la grève … »
Ce n’est pas seulement de la langue de bois, mais une trahison historique flagrante. Une fois au pouvoir, ils — comme tous les gouvernements successifs — ont emboîté le pas aux intérêts de la Mauritius Employers Federation (MEF) et de Business Mauritius.
Depuis des décennies, les travailleurs en subissent les conséquences psychologiques : une peur persistante du recours à la grève s’est installée.

L’inscription du droit de grève dans la Constitution doit devenir le leitmotiv du combat des masses salariées et des syndicats. La mise en place d’une plateforme unitaire permanente autour de ce droit fondamental est aujourd’hui primordiale — plus qu’une nécessité.

Les fonctionnaires n’ont pas le droit de contester le rapport du PRB après avoir signé l’Option Form. Pensez-vous que cela est légalement correct ?
Une fois l’Option Form signé, le salarié est coincé. Il ne peut plus revenir en arrière et ni contester les clauses du PRB, sauf si celles-ci font l’objet d’un litige porté devant la Commission of Conciliation and Mediation ou à l’Employment Relations Tribunal, aux fins d’interprétation.

Cette situation peut être considérée comme légale dans le système actuel, mais elle demeure immorale et contraire aux principes démocratiques.

À l’article 62A(1)(b), l’Employment Rights Act de 2008 fait référence au Salary Commissioner. Toutefois, cette disposition concerne uniquement les secteurs de travail qui ne sont pas régis par le PRB. Dans ce cas, l’employeur mandate le Salary Commissioner pour qu’il établisse un rapport sur les salaires et les conditions de travail. C’est le rapport de l’employeur. Ce dernier est dans l’obligation de le poser sur la table de négociation avec le syndicat et entamer la négociation collective et éventuellement parvenir à un accord collectif entre les deux parties concernées.

Les syndicats du secteur public et d’autres gouvernés aussi par le PRB n’ont pas ce droit et privilège. Mes amis syndicalistes Gopee, Benydin, Tolbize et Sadien entre autres ont parfaitement raison d’exiger que le système soit revu afin d’assurer une plus grande uniformité avec les secteurs industriels, où le principe de la négociation demeure un pilier fondamental.

Pensez-vous que les syndicats à Maurice devraient s’unir pour célébrer le 1er mai ?

À cette question, sans m’imposer dans la démocratie des syndicats, je réponds par un grand oui.
A Maurice, comme ailleurs dans le monde, la lutte et la conscience de classe connaissent un recul, symbolisé par la montée de l’extrême droite dans de principaux pays du monde. Cela entraîne une certaine prédisposition à la démobilisation.

Mais quand même, la mobilisation autour de la Basic Retirement Pension (BRP) est restée constante et durable. Certes, il faut revoir les modes de mobilisation, se réinventer en termes d’organisation et d’orientation. Mais la grande avancée réside dans le fait que les centrales syndicales ont relevé le pari de mettre leurs différends de côté et de parler d’une seule voix à travers la Plateforme Syndicale Unitaire.

Avec cet élément primordial, la mobilisation et la construction d’un rapport de force favorable aux salariés sont en bonne voie. En outre, de nombreux intellectuels engagés, sans empiéter sur la démocratie syndicale, se sont ralliés à la cause de la plateforme. Chapeau bas à cette démarche unitaire.

No retreat… no surrender. La défaite et la résignation s’effaceront face à cette démarche de « L’unité dans l’action l  »… « Enn sel lavwa   ». Une lueur d’espoir… un rayon de victoire scintille déjà à l’horizon, dans cet élan de « Nou tou ansam   », le samedi 21 juin 2025 au Champ-de-Mars.
Que les centrales syndicales œuvrent avec le même sentiment, le même élan et la même détermination pour la Fête du Travail, le 1er mai. Les autres camarades de la gauche apporteront leur concours et leur soutien, bien entendu.

Quelle est votre appréciation de la performance du gouvernement et des guerres intestines ?

Au sein de l’enceinte du Parlement, nous avions retrouvé un peu de paix avec l’absence du Loudspeaker et davantage de décorum sous l’égide d’une présidence plus saine. Mais le pouvoir en place a failli sur de nombreux plans. Il s’était présenté comme une sorte d’ange politique lors de la campagne électorale de l’année précédente. En prenant les rênes du pays, il s’est transformé en monstre politique.

Les mille promesses et cris d’espoir se sont mués en un monument de mensonges.
Ce n’est pas le choix de l’impopularité pour, soi-disant, redresser le pays, mais le maintien du même paradigme politico-économique par lâcheté et manque de courage politique. Nous pouvons évoquer le collier de malédictions jeté aux masses populaires. Sans un véritable paradigme économique, politique et écologique alternatif, le pouvoir en place est bien parti pour provoquer la casse sociale de l’État-providence.

Oui, il existe une différence entre le présent gouvernement et le régime précédent : ils divergent dans la forme, mais restent des frères jumeaux sur le fond. Dans le cas de Rezistans & Alternativ, une composante de l’Alliance du Changement, la métamorphose est tangible – Talk Left, Walk Right.

Le projet sinistre de repousser l’âge de la pension à 65 ans a éclaboussé le gouvernement. De surcroît, ce dernier n’a pas de mandat pour s’engager dans cette voie : cela ne figurait pas dans son programme. Il a berné le peuple avec des propositions de nature sensationnaliste autour de la BRP. C’est de l’escroquerie politique. Bien sûr, il a perdu toute crédibilité aux yeux des masses. Mais ce n’est pas tout ! Un collier de malédictions est imposé aux citoyens, notamment : les nominations politiques arbitraires, l’absence de transparence, l’Appointments Committee qui tarde à voir le jour, la tant promise baisse des prix du carburant, etc.

Est-ce qu’il faut revoir la BRP à 65 ans ?
Le leitmotiv avancé par le gouvernement est que cette pension, si elle n’est pas revue, serait insoutenable ! C’est de la foutaise ! Cet argument relève d’une stratégie malsaine de gestion de l’opinion publique. Cette prétendue insoutenabilité constitue une manipulation outrancière.

Ceux au pouvoir évoquent une dette publique de plus de Rs 642 milliards, soit près de 90 % du PIB, un déficit budgétaire de Rs 70 milliards représentant 9,8 % du PIB, ainsi qu’un déficit commercial de Rs 203,7 milliards, équivalant à 29,4 % du PIB. À partir de là, ils insufflent la peur à travers leur rhétorique des trous déficitaires. La véritable question est pourtant la suivante : comment en est-on arrivé au bord de ce précipice ?

Il ne faut pas analyser les démarches budgétaires actuelles de manière isolée. Il est impératif de remonter au début de ce siècle et de décortiquer le paradigme néolibéral adopté par les gouvernements successifs. En 2000, l’impôt sur les sociétés était de 35 %. En 2005, il était encore de 30 %. Puis, le tandem Sithanen/Ramgoolam — respectivement ministre des Finances et Premier ministre — a drastiquement réduit cette source de revenus à un taux uniforme (Flat Rate) de 15 %, créant un manque à gagner croissant dans les recettes budgétaires, au bénéfice des plus riches.

L’illusion de ce tandem était que cette mesure générerait une croissance de 8 % et attirerait massivement les investisseurs. Cette projection s’est révélée infondée. Le manque à gagner s’est creusé au fil des années, sous les gouvernements successifs, jusqu’à atteindre l’ampleur alarmante que nous connaissons aujourd’hui.
Un retour au taux d’imposition de 2005 aurait permis de transformer cette prétendue situation d’insoutenabilité en une situation soutenable. Mais, mû par un appétit vorace, le pouvoir en place a préféré mettre la main dans les poches des plus défavorisés, en s’attaquant à la pension de vieillesse comme unique levier de réduction des dépenses publiques.
Voilà l’origine du précipice budgétaire dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui !

L’indice de corruption indique un recul pour Maurice. Cela vous surprend ?

Le dernier indice de perception de la corruption pénalise Maurice, avec un score de 48 sur 100. Cet indice met l’accent sur la crédibilité des institutions et la transparence. L’affaire Mamy Ravatomanga, avec ses 200 compagnies enregistrées à Maurice, illustre le degré de la corruption et du blanchiment d’argent dans l’arène économique locale.

Maurice pourrit sous le poids de la corruption. Nous suffoquons, nous nageons dans la honte, notre crédibilité est entamée. Le sommet de l’État, hier comme aujourd’hui, traîne des casseroles puantes (coffres-forts et valises à millions) sans aucune pudeur.
Le cancer des financements politiques gangrène la société sous l’œil complaisant des politiciens Mainstream, afin de fortifier leurs intérêts de boutique.

Le pays est emprisonné dans une toile d’araignée de State Capture. La mafia de la drogue se donne une virginité à travers une orchestration de blanchiment tentaculaire, avec des ramifications complices locales, internationales et politiques.
Le fléau de la corruption est systémique. Sans une réelle volonté politique pour instaurer un paradigme sain, Maurice est vouée à l’échec.
Il est grand temps de réagir ! Il est nécessaire d’exiger une autre politique, capable de faire reculer cette malédiction et de jeter aux orties le Mainstream politique complaisant !

La violence à l’égard des femmes persiste. Quel est votre point de vue sur cette question ?

Le bilan est alarmant tant sur la scène locale qu’internationale. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime estime que 85 000 femmes et filles ont été tuées intentionnellement dans le monde en 2023, soit une femme toutes les dix minutes. Dans ce triste total, 60 % ont été assassinées par leur conjoint ou des membres de leur famille.
À Maurice, le sort tragique de Laeticia Malbar, Natasha Cornet et Bibi Nawshee Chady, vers la fin de 2024, doit nous interpeller. Cette série noire s’est répétée à des dizaines de reprises. Le mois dernier encore, nous nous sommes réveillés avec stupeur face à la spirale meurtrière : l’assassinat de Sivanee Saminaden, d’Electra Andriana Coutequel, et, la semaine dernière, le meurtre de Yogeshwaree Bhunjun, dont le corps a été jeté en mer, nous laisse sans voix.

Entre novembre 2024 et début novembre 2025, 4 127 cas de violence domestique ont été signalés à la police, dont 3 042 relèvent de viols et d’agressions physiques. Les agresseurs présumés sont inculpés en vertu de la Protection from Domestic Violence Act de 1997. Le féminicide n’existe pas encore explicitement dans nos textes de loi. Même tardivement, l’autorité introduit l’article 577 bis du Code Pénal, prévoyant que quiconque cause la mort d’une femme, en commettant des actes motivés par la discrimination, la haine, le mensonge, ou par des comportements de contrôle ou de possession liés à son statut de femme, sera puni de la réclusion à perpétuité.

C’est un pas positif, mais il s’agit d’une réponse en aval, un moyen de dissuasion après la commission de l’acte. Il faut agir en amont.

Le degré de violence dans notre environnement ne reculera pas avec des solutions superficielles (Kol Lastoplas). Sommes-nous dans une situation de non-retour ? Le constat est clair : nous vivons dans un système qui agit trop tard, trop peu et trop lentement. Son efficacité en est donc limitée. Il est impératif de revoir les Occupation Orders, les Tenancy Orders et les Ancillary Orders.

Malgré le flux d’informations — souvent de l’intox plutôt que de l’info — nous restons démunis face au manque de données fiables, d’éducation, de sensibilisation et d’accompagnement pour endiguer cette violence aux mille visages.
L’ordre néolibéral déstabilise les sociétés et les rapports sociaux. L’épidémie de féminicides s’inscrit dans ce contexte, alimentée par la misogynie, l’homophobie et la remise en cause des droits des femmes.
Avec des réponses ponctuelles et réactives, sans vision globale ni réforme structurelle, sans véritable changement de paradigme, notre République court à l’échec. Il est grand temps de réfléchir…et de réagir sans faire semblant !

Quelles sont vos propositions pour une réforme électorale ?
Un sujet sur lequel les pouvoirs successifs ont tergiversé pendant plus d’un quart de siècle. Un langage populiste prévaut en période préélectorale, puis, une fois au pouvoir, l’amnésie s’installe.

D’emblée, examinons les tares du système. Avec le First-Past-The-Post, qui entraîne les 60-0 traditionnels selon les alliances, nous aboutissons à une situation où 40 à 45 % de l’électorat ne bénéficient d’aucune représentation effective au Parlement. L’inégalité en termes de représentation entre hommes et femmes est criante : le patriarcat continue de marquer profondément cette réalité. Le Best Loser System, avec ses racines d’identification religieuse, demeure un cancer qui ronge l’ensemble du système.

Il faut donc en finir avec ces dérives et travailler à une réforme en profondeur : instaurer la parité hommes-femmes, avancer vers la sécularisation de l’État, assurer une véritable démocratisation de l’opposition parlementaire — qui ne doit plus être marginalisée —, éradiquer la bipolarisation excessive, et garantir une réelle séparation des pouvoirs, plutôt que de maintenir un système où l’exécutif domine le législatif.

Il est également nécessaire d’inscrire dans les lois électorales le droit de révocation au niveau des circonscriptions, afin que députés et ministres puissent être tenus directement responsables. Par ailleurs, Rodrigues doit accéder à une autonomie réelle.
Une réforme authentique implique aussi d’en finir avec certaines largesses : réduire le nombre de ministres à 12 ou 15, abolir le poste de Junior Minister, mettre un terme aux pensions accordées aux actuels et anciens notables, et investir dans un système électoral transparent et non complexe.

Mes amis politiques et moi-même proposons un redécoupage électoral en 40 circonscriptions, avec deux députés par circonscription, dans une logique de parité obligatoire — les électeurs devant voter pour un homme et une femme. Ces 80 députés seraient élus au scrutin First-Past-The-Post.
Les 20 autres députés seraient élus à la proportionnelle à travers une Party List. Si un parti obtient 41 députés ou plus, il bénéficierait de facto de 10 sièges additionnels. Pour être éligible à la répartition proportionnelle, un parti devrait atteindre au moins 5 % des suffrages exprimés sur la Party List (hors votes blancs).
La répartition des 10 sièges restants se ferait selon la formule suivante : le nombre de voix obtenues par un parti, divisé par le total des voix obtenues par l’ensemble des partis, multiplié par le nombre de sièges restants.
Si le parti au pouvoir dépasse 70 sièges, l’opposition se verrait attribuer 15 des sièges issus de la Party List.
Soulignons enfin que les députés élus via la Party List disposeraient du même statut que ceux élus au scrutin First-Past-The-Post.

Propos recueillis par Jean-Denis PERMAL

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