Le cas de deux élèves à comportement violent de l’école Saint-Pierre RCA lève un coin du voile sur la difficulté des institutions à gérer ce genre de situation. En dépit des suivis psychologiques au niveau de l’école, ainsi qu’une médiation à travers l’Ombudsperson for Children, la situation ne s’est pas améliorée. Il a fallu une protestation des parents et une intervention du ministère de l’Éducation pour que les enfants soient suspendus. La question qui demeure, c’est de savoir ce qu’il adviendra de ces enfants…
Depuis trois ans, l’école St Pierre RCA est perturbée par des cas de violence répétée de la part de deux élèves, aujourd’hui âgés de 8 et 9 ans. Toutes les démarches entreprises au niveau de l’école pour essayer de trouver des solutions ont été vaines jusqu’ici. Il nous revient que même qu’un membre du personnel a été agressé par l’un des deux garçons.
Cette semaine, des parents, à bout et craignant pour la sécurité de leurs enfants, ont protesté devant l’établissement. Ils ont réclamé des solutions durables, car jusqu’ici, leurs différentes démarches n’avaient pas abouti. Les deux enfants étaient toujours à l’école. Face à la situation, le ministère de l’Éducation a dû trancher et a suspendu les deux écoliers.
Toutefois, il ne s’agit là que d’une solution temporaire, puisqu’il s’agit d’une suspension et non d’un renvoi définitif. De plus, la loi exige que les enfants soient scolarisés jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est tout le dilemme auquel sont confrontés les chefs d’établissement dans ce genre de situation. Toutes les décisions prises doivent être en conformité avec la Child Act.
Dans une interview accordée à Le-Mauricien l’année dernière, le député Roshan Jhummun, ancien Deputy Rector dans le secondaire d’État, évoquait la difficulté de pouvoir renvoyer un élève qui perturbe le bon fonctionnement de l’école. Il était allé jusqu’à dire qu’il était « plus facile de gagner une élection que de renvoyer un élève. »
Le présent cas de l’école Saint-Pierre RCA traduit parfaitement cette réalité. Au niveau du Service diocésain de l’Éducation catholique (SeDEC), Clive Anseline, le chargé de communication, indique que tout a été fait depuis trois ans pour essayer d’assainir la situation. « Les enfants ont été suivis par des psychologues; il y a eu une médiation avec l’Ombudsperson for Children, pour essayer de trouver une solution. À notre niveau, nous ne pouvons en faire plus. J’ajouterai qu’il nous faut aussi la collaboration des parents », confirme-t-il.
Qui fait quoi ?
Il ajoute que l’école et même le SeDEC n’ont pas le droit de renvoyer un élève. « Nous avons un protocole, la Child Safeguarding Policy, que les responsables d’établissements appliquent, en lien avec la Child Act. S’il y a des besoins pour un encadrement spécial, ils nous tiennent au courant. Pour ce qui est de sanctions, seul le ministère de l’Éducation peut agir », explique-t-il.
Maintenant que les enfants sont suspendus, que va-t-il se passer ? Seront-ils livrés à eux-mêmes ? D’autant que l’enquête de la Brigade pour la Protection de la Famille a conclu à des manquements au niveau de l’environnement familial. Auront-ils droit à un suivi psychologique, à un accompagnement pour essayer de les recadrer ? Y a-t-il eu des investigations plus poussées pour voir s’ils ne souffrent pas d’un trouble quelconque ?
À cela, Clive Anseline répond que le SeDEC collabore avec les autorités compétentes pour trouver des solutions. Il souligne que les élèves concernés sont encore très jeunes. L’âge de la responsabilité pénale, selon la Child Act 2020, est de 14 ans. Au niveau du ministère de l’Éducation, on abonde dans le même sens. « Nous collaborons avec le SeDEC pour trouver une solution. Nous savons que l’école a déjà accordé un soutien psychologique et une médiation avec l’Ombudsperson for Children. Mais la situation ne s’est pas améliorée. C’est pour cela que le ministre est intervenu pour suspendre les deux élèves. Nous continuons à suivre la situation de près », indique le service de communication.
Il est aussi précisé que selon l’Education Act, c’est le ministre qui doit donner l’autorisation pour qu’un élève soit retiré de l’école. « La loi stipule qu’il est obligatoire d’aller à l’école jusqu’à l’âge de 16 ans. Nous travaillerons en concertation avec différentes institutions avant de prendre une décision. »
Lors de la médiation, l’Ombudsperson for Children a suggéré que les élèves concernés soient transférés dans une école de la Special Education Needs Authority (SENA), mais que l’autorité a refusé. Elle a fait valoir que ses élèves sont fragiles, à la fois physiquement et psychologiquement, et que la présence de deux enfants à comportements violents représenterait un danger pour eux. Soulignons que les écoles de la SENA accueillent des enfants vivant avec un handicap.
Quelle alternative alors pour ne pas jeter ces enfants à la rue ? Quel accompagnement leur faut-il pour essayer de les recadrer ? Pour l’heure, les différentes institutions semblent ne pas avoir de réponse. Il y a même une perception que chacune veut passer la balle à l’autre.
Au niveau du ministère de l’Égalité des Genres et du Bien-être de la Famille, on dit également suivre la situation de près. « Les deux mineurs ont été suivis par le Family Support Service (FSS) de Moka. Ils ont été évalués par les psychologues, qui ont noté de “serious concerns”. Toutefois, étant donné que ce sont des mineurs, il faut la collaboration des parents pour pouvoir faire un suivi », précise le service de communication.
Ce qui dans ce cas précis s’est révélé très difficile. « L’une des mamans est venue au rendez-vous du FSS, mais l’autre ne s’est jamais montrée. Une convocation a été émise à son égard. » Le ministère précise également qu’il y a deux aspects dans cette affaire. « Il y a l’aspect Child Protection, dont s’occupe le ministère. Ensuite, il y a l’aspect Behavioural Concern, et là, c’est la police qui s’en occupe. »
Comme le premier trimestre tire à sa fin, les autres élèves et le personnel peuvent souffler un peu. Reste à savoir si à la rentrée, le 20 avril, une solution durable aura été trouvée, à la fois pour l’école et pour les deux mineurs.

