— L’ex-Junior Minister à l’Environnement et le Backbencher Chetan Baboolal également en retrait des travaux parlementaires pour l’instant
Paul Bérenger, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall ne seront une nouvelle fois pas présents au Parlement. Dans l’attente de clarifier leur position au sein de l’hémicycle, une rencontre avec la Speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, est envisagée. En toile de fond : les quatre options posées par le leader du MMM et une crise politique interne qui s’approfondit.
En parallèle, un groupe constitué autour de Paul Bérenger doit se réunir aujourd’hui pour procéder à une analyser du rassemblement de samedi au Plaza à l’appel de Paul Bérenger et définir la marche à suivre. Ce comité restreint sera appelé à s’élargir, alors qu’une réunion de la régionale de la circonscription de Rose-Hill/Stanley (N°19) est prévue ce mercredi.
L’idée d’une éventuelle élection partielle dans cette circonscription pourrait être évoquée. La liste des délégués qualifiés pour participer à l’assemblée des délégués du MMM prévue le 11 avril a été évoquée avec insistance par Paul Bérenger aussi bien dans sa déclaration que durant la séance de questions-réponses qui a duré près d’une heure. « S’il y a une vraie assemblée de délégués, certainement nous participerons aux travaux de cette instance et nous respecterons la décision d’une vraie assemblée de délégués », a-t-il affirmé en attendant d’avoir la liste complète des délégués.
Lors de cette tranche de questions-réponses, plusieurs militants ont plaidé pour une refondation en profondeur. Certains évoquent même une « épuration normale » et la nécessité de « recommencer à zéro », avec un nouveau parti et une nouvelle culture politique.
D’autres, plus pragmatiques, suggèrent que Paul Bérenger siège comme simple backbencher afin de maintenir une forme de pression sur le gouvernement. « Si nous restons derrière les parlementaires, ils trembleront au Parlement », lance un intervenant. Paul Bérenger a pris note sans toutefois se prononcer.
Le recours éventuel à la Cour suprême figurait parmi les questions intéressant les personnes présentes. Pour le leader mauve, il ne s’agit pas d’un simple enjeu juridique, mais d’une question d’identité politique. « Si nous n’allons pas en Cour suprême, nous risquons de perdre notre symbole, notre couleur et le nom du MMM », fait comprendre Paul Bérenger. Il reconnaît toutefois que, quelle que soit la voie adoptée, la lutte sera difficile. Il est également revenu sur les fondements historiques du MMM : la lutte contre le communalisme, la défense de la démocratie, le combat pour la justice sociale. Autant de valeurs qu’il estime aujourd’hui menacées.
La présentation des quatre options sans toutefois prendre une décision définitive a été un des points forts de l’intervention de Paul Bérenger samedi. Il s’agit de (a) rester au gouvernement comme simples backbenchers, en laissant le gouvernement poursuivre son mandat, une voie qu’il décrit comme une tendance minoritaire ; (b) s’en remettre à l’Assemblée des délégués du parti, encore faut-il que les listes soient à jour, laquelle liste n’est pas encore en sa possession ; (c) avoir recours à la Cour suprême afin de garder le nom, la couleur et l’emblème du MMM dont il est un des fondateurs ; et (d) finalement créer un nouveau MMM, en vue des prochaines élections, et tenter de rassembler « tous les progressistes du pays ».
Devant une salle comble, le leader du MMM a remonté encore une fois le fil des événements. Depuis plusieurs mois, affirme-t-il, il a tiré la sonnette d’alerte sur la direction prise par le pays que ce soit par rapport à l’économie, la gouvernance, ou certaines décisions qu’il juge préoccupantes, dont la réforme électorale.
Il a évoqué ses échanges entre lui et un ami commun concernant le sentiment du Premier ministre, Navin Ramgoolam, avec qui il a eu un échange téléphonique. « J’ai eu le sentiment qu’il préférait vraiment que je me retire », fait-il ressortir. Lors d’une nouvelle conversation téléphonique dans la soirée de ce jeudi avec le Premier ministre, il lui a informé que sa décision avait été prise, d’autant qu’il ne comptait pas se rendre au conseil des ministres. Après une rencontre avec la presse, il devait soumettre sa démission en tant que Deputy Prime Minister au président de la République. Pour lui, cette démission n’est pas un geste d’humeur, mais un choix réfléchi.
Sans citer nommément quiconque, Paul Bérenger dénonce des comportements de ceux qui sont allés à la rencontre du Premier ministre avant d’organiser un point de presse au quartier général du MMM pour le critiquer sévèrement, « alors que je suis toujours le leader du MMM. » Il avance que, sans cette sortie, il aurait participé le lundi suivant à la réunion du Bureau politique et peut-être que la conclusion aurait été totalement différente. Au fil de son intervention, le ton se durcit et les propos deviennent plus larges, plus politiques.
Paul Bérenger aborde la « grave crise économique qui s’annonce », dénonce des nominations effectuées sans consultation et s’inquiète de dérives qu’il estime de plus en plus visibles. Il s’appuie sur des dossiers sensibles : Air Mauritius, les choix énergétiques ou encore la question du trafic de drogue.
« Maurice est peut-être le seul pays où il est plus facile d’organiser le trafic de drogue en prison », s’insurge-t-il en dénonçant également avec force la corruption. « Certains sont pressés de rattraper le plus rapidement le MSM », estime-t-il. À ce propos, il insiste sur la différence entre le MSM de Pravind Jugnauth et la période 2000-2005 sous le gouvernement MSM-MMM dirigé par SAJ et lui, une période qu’il considère comme exemplaire.
Au sujet de son avenir politique, Paul Bérenger se montre catégorique : « Pas question pour moi de devenir leader de l’opposition. » Il ne veut pas donner l’impression d’avoir fait tous ces efforts pour devenir leader de l’opposition. Toutefois, il précise que si l’option d’un nouveau MMM devait se concrétiser, il en assumera le leadership.
Une autre piste évoquée par Paul Bérenger est celle d’une élection partielle, notamment dans la circonscription N°19. Un comité restreint y travaille déjà. Une réunion est prévue mercredi. L’organisation d’une réunion de la régionale de Savanne/Rivière-Noire (N°14) est aussi prévue prochainement.
À 81 ans depuis cette semaine, Paul Bérenger aborde aussi la question du temps avec réalisme. « J’ai encore du courage, mais j’ai aussi beaucoup d’âge. Mais il faut réfléchir à l’avenir », confie-t-il. Il affirme ne rien regretter, souligne le rôle du MMM pour tirer le MSM du pouvoir, mais reconnaît la gravité de la situation actuelle. « Le MMM est dans une situation très, très difficile », concède-t-il.
Dans cette période d’incertitude, Paul Bérenger fixe néanmoins une ligne de conduite : pas de démagogie, même s’il devait siéger dans l’opposition, pas d’insultes, pas d’amertume. « L’amertume est un signe de faiblesse », reconnaît-il. Il a refusé de critiquer ceux qui ont choisi de rester au sein du gouvernement. Il a même indiqué que Rajesh Bhagwan, Ariane Navarre Marie ou Ajay Gunness ont une une contribution historique dans le MMM et le pays, même si pour le moment ils ont adopté une voie différente.
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Réunion du BP à la municipalité de Port-Louis cet après-midi
La réunion du Bureau Politique du MMM aura lieu aujourd’hui dans la salle du conseil municipal à Port Louis. C’est ce qu’a confirmé, hier, Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM. Il déplore que le bureau du MMM situé à la rue Ambrose à Rose-Hill, qui était jusqu’ici utilisé pour les réunions du MMM, a changé de cadenas.
Il déclare que le retour du MMM au conseil municipal de Port-Louis a une dimension historique, car pendant de nombreuses années, le MMM a tenu ses réunions hebdomadaires dans cette salle. Il précise que tout le monde a été convoqué à cette réunion.
Par ailleurs, Rajesh Bhagwan a expliqué que la liste des délégués du MMM à l’assemblée des délégués est gérée scrupuleusement par le secrétariat administratif du MMM depuis des années. Il souligné que cette liste sera mise à la disposition du leader du MMM dès ce lundi.
Rajesh Bhagwan a affirmé qu’il ne voulait pas commenter la réunion en salle de samedi dernier. « Tout le monde sait ce qu’il (Paul Bérenger) a dit. Le parti continue à opérer normalement dans le respect des normes et des instances en vigueur », a-t-il rassuré.

