Avec le début de l’escalade militaire préoccupante du 28 février dernier au Moyen-Orient, la face du monde subit des changements. Et pour le pire. Chaque jour qui passe, le ton des discours formels, tenus par les Palto-Kravat de tous bords à l’international, menant, semble-t-il, des négociations pour ramener la paix dans la région, contraste avec la virulence de la misère qui s’abat sur les pauvres. Sous forme de détresse dans les zones de combat, qui ne cesse de s’étendre pour cibler avec des missiles balistiques jusqu’à la base américaine de Diego Garcia.
Les séquelles de ce conflit multiforme ne s’arrêtent pas au seul bilan militaire sur le terrain. D’autant qu’elles prennent diverses formes, car la sève de l’économie mondiale, en l’occurrence le pétrole et son ancillaire, le gaz, est prise en otage par les belligérants. À titre d’exemple, les fours à céramique de l’État du Gujarat, dans l’Ouest de l’Inde, loin du théâtre des hostilités, sont refroidis depuis longtemps faute de gaz. La ruée vers les stations-service à travers le monde fait partie du panorama.
Et comme dit l’Anglais, Last but not Least, le Dimanche des Rameaux se compte désormais au titre des collateral damages significatifs de cet affrontement. Face à cette décision et n’ayant aucun intérêt à attiser le feu en ce début de Semaine Sainte, le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custodie de Terre Sainte se sont contentés d’une phrase pour consigner ce qui s’apparente à un sacrilège, soit tout simplement « pour la première fois depuis des siècles, les chefs de l’Eglise ont été empêchés de célébrer la messe du dimanche des Rameaux à l’église du Saint-Sépulcre. »
Par ailleurs, pour la première fois depuis 1967, l’autre grande religion du monde a été pénalisée par cette sale guerre avec une forte odeur de pétrole. Ainsi, l’accès à la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, a été interdit pour la fête de l’Aïd al-Fitr le 20 mars, sur décision des autorités israéliennes.
Rien n’échappe à cette sale guerre, qui s’apprête à amorcer une nouvelle étape. Durant le week-end, le très sérieux Washington Post de Jeff Bezos, dont les liens avec Donald Trump ne constituent nullement un secret, révèle que le Pentagone se prépare à des opérations de plusieurs semaines sur le terrain en Iran. Cette éventualité contredit ceux qui veulent faire croire, contre missiles balistiques et drones en tous genres, que la paix, pour ne pas dire la fin de la guerre, est proche.
Mais dans cette équation militaire sans précédent, avec en complément une invasion de l’Ukraine par la Russie qui s’enlise depuis plus de quatre ans, soit depuis le 24 février 2022, le Mauricien se rend-il compte du bilan des risques et périls qui lui pend au nez à tout moment ? En dépit d’une première alerte avec une cargaison de Heavy Fuel Oil pour le compte du Central Electricity Board, bloquée dans le port d’embarquement, le business As usual semble se prévaloir comme mode de vie dans le pays.
Le Central Electricity Board, avec ses alertes successives, parvient difficilement à convaincre à l’adhésion de la nécessité d’économiser l’énergie électrique. Surtout dans des cas impardonnables. Un exemple plus que symbolique : la clinique non aménagée et non opérationnelle à l’Ouest des feux du croisement de Cascavelle brille de mille feux chaque nuit.
Pis encore, ces files de berlines se terminant avec le double chiffre 24, 25 ou 26, aux principales artères du réseau routier, dénotent tout sauf cette attitude de responsabilité attendue d’une intelligentsia, se vantant de pouvoir anticiper les dangers qui guettent l’économie dans la conjoncture.
Y a-t-il une voix qui s’est fait entendre pour avertir qu’il y a danger ? Pas devant, mais maintenant. Il est vrai que les discours formels des garants du pouvoir politique, privilégiant l’assurance que tout est sous contrôle, n’ont nullement aidé à pousser au-delà de la réaction primaire confortant la ligne Tou Korek ou encore Pa Kas Latet. Certes, il est vrai qu’une approche susceptible de semer la panique aurait généré des effets contraires avec le panic buying orchestré par les nantis, dévalisant étagères et stocks avec un potentiel de windfall gains.
Le comité interministériel institué par le conseil des ministres de vendredi, sous la présidence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, et dont la première séance de travail, mercredi, sera menée par le ministre de l’Énergie et président du Parti Travailliste, Patrick Assirvaden, se prépare à renverser la vapeur et à parler la langue de vérité sur les répercussions de la guerre du Moyen-Orient sur la vie du Mauricien au quotidien.
Deux facteurs cruciaux hanteront les délibérations de cette instance : soit les sources d’approvisionnement, que ce soit pour les produits pétroliers et le gaz, sans oublier les autres commodités de première nécessité, et ensuite la facture à régler avec des éléments hors de tout contrôle, comme l’évolution des cours sur le marché mondial et le taux de change de la roupie par rapport au dollar américain.
Déjà l’agenda de cette première séance de travail sous Patrick Assirvaden laisse transpirer que la pilule risque d’être vraiment amère Across the Board, bien même avant le prochain budget, qualifié par le Premier ministre et ministre des Finances d’être bien dir…
