Nuisances sonores : L’ampleur confirmée, la riposte élargie

Les données officielles confirment l’ampleur du phénomène. Entre juillet 2025 et fin février 2026, le ministère de la Santé a traité 290 plaintes liées aux nuisances sonores et mené 53 opérations de monitoring. Des interventions qui couvrent un spectre étendu : équipements mécaniques, activités commerciales et industrielles, véhicules à l’arrêt, musique amplifiée, événements publics et lieux de culte. Dans le même temps, la Police de l’Environnement a dressé 161 contraventions pour nuisance sonore entre décembre 2024 et le 19 mars, selon les chiffres communiqués par le ministre Rajesh Bhagwan. Ces infractions représentent 32,39% des plaintes enregistrées par cette unité, faisant du bruit l’un des principaux motifs d’intervention.

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Ces indicateurs traduisent une réalité persistante : la nuisance sonore s’installe dans le quotidien, des plages aux quartiers résidentiels, alimentée par des pratiques récurrentes — haut-parleurs à volume élevé, moteurs modifiés, usages excessifs de la musique amplifiée. Mardi dernier, à l’Assemblée nationale, le Whip de l’opposition Adrien Duval a interpellé le gouvernement sur cette problématique désormais structurelle.

Un cadre légal clairement défini

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Le dispositif repose sur le cinquième schedule de l’Environment Act 2024, qui confie au ministère de la Santé la supervision des questions liées au bruit, consacrant la pollution sonore comme un enjeu relevant de la santé publique. À cela s’ajoute l’amendement aux Environment Protection (Control of Noise) Regulations 2022, qui introduit une évolution majeure : l’intensité du bruit peut être évaluée par l’oreille humaine. Une disposition qui permet aux forces de l’ordre d’intervenir sans recourir systématiquement à un sonomètre.

Cette évolution redéfinit le champ d’action. Des carnets de contraventions ont été distribués dans tous les postes de police, habilitant chaque agent à intervenir. Le ministre Rajesh Bhagwan l’a affirmé au Parlement : « Chaque policier doit être un policier de l’environnement. »Des instructions ont été données à l’ensemble de la force policière, avec un suivi assuré au niveau des divisions. L’inspecteur Vishwanaden Amasay précise que des formations sont dispensées afin de garantir l’efficacité des interventions.

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Sur le terrain, cette mobilisation se traduit par des opérations hebdomadaires menées de vendredi à dimanche dans les zones sensibles, avec l’appui de plusieurs unités, dont la Divisional Supporting Unit, l’ERS et la SMF.

Des moyens sous pression

La Police de l’Environnement compte 36 officiers, huit véhicules de patrouille et deux sonomètres, avec deux appareils supplémentaires en cours d’acquisition. Des moyens qui restent limités face à une nuisance diffuse et omniprésente. L’évaluation auditive introduite par la réglementation vise précisément à compenser ces contraintes et à permettre une action plus réactive.

Sanctions et responsabilisation

Les contrevenants s’exposent à une amende de Rs 10 000. Les autorités ciblent notamment les nuisances liées aux véhicules modifiés, à la musique amplifiée et aux perturbations répétées dans les zones résidentielles.

Au-delà de la répression, la sensibilisation est présentée comme un levier essentiel. « Il est essentiel que chaque Mauricien comprenne que le bruit excessif est une nuisance réelle », souligne l’inspecteur Amasay. Et les chiffres traduisent une pression constante sur les services et confirment que la nuisance sonore dépasse la simple gêne. Elle constitue un enjeu de santé publique, associée au stress, aux troubles du sommeil et à la fatigue mentale.

Si le cadre légal est en place et les contrôles renforcés, la persistance du phénomène met en évidence une limite : l’efficacité de la riposte dépend aussi des comportements individuels. La loi encadre. Les autorités sanctionnent. Mais la réduction durable des nuisances repose sur un facteur déterminant : le civisme.

 

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