Économie — Export Pulse de la MEXA : Les exportations sous la menace des incertitudes géopolitiques

AGOA : Le renouvellement de courte durée freine la tendance des acheteurs américains

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La Mauritius Export Association (MEXA) a publié son rapport Export Pulse, dressant un état des lieux du secteur des exportations et esquissant des perspectives prudentes pour l’année en cours. Après une année 2025 marquée par un repli, les exportateurs devraient évoluer dans un environnement encore incertain, où la stabilité attendue demeure tributaire à de nombreux facteurs externes et hors de tout contrôle.

Pour le premier semestre 2026, la MEXA anticipe une performance globalement stable dans plusieurs secteurs clés, bien que certains segments continuent de faire face à des vents contraires.

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Dans le segment des produits de la mer, les exportations devraient se maintenir à environ 90 % des volumes enregistrés l’année précédente. Malgré une baisse des cours à l’international, susceptible de peser sur la valeur des exportations, les volumes devraient être soutenus par des commandes déjà confirmées auprès des principaux opérateurs.
Le secteur textile et habillement, pilier historique des exportations locales, devrait afficher une performance stable, voire légèrement en retrait par rapport au premier semestre 2025. En cause notamment, l’incertitude persistante autour de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). « Although AGOA has been extended until December 2026, the short duration of the renewal provides limited visibility, keeping buyers cautious when placing new orders », relève Export Pulse.

Cette prudence des acheteurs s’inscrit dans un contexte déjà fragilisé par les dynamiques de 2025, marquées par des commandes anticipées (Front-Loaded) de la part des clients américains, désireux d’éviter d’éventuelles hausses tarifaires. À cela s’ajoutent de nouvelles pressions concurrentielles. « Looking ahead, export orders are expected to face continued headwinds from the combined effects of US tariffs, the short AGOA extension, and heightened competitive pressures, particularly from India », prévient la MEXA, en référence notamment à l’accord commercial entre l’Inde et le Royaume-Uni.

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Le rapport met également en garde contre les effets indirects des tensions géopolitiques. « The impact of the ongoing conflict in the Middle East could weigh on demand in key export markets, adding further downside risks to export orders », note l’analyse de la MEXA. Du côté des produits non textiles – incluant horlogerie, produits optiques, bijoux et pierres précieuses – un retour à la normale est attendu après les perturbations de 2025, notamment liées à la fermeture d’un acteur majeur dans le segment des pierres précieuses. Les exportations de primates vivants devraient se stabiliser, sans impact direct des évolutions liées à l’AGOA, tandis que la filière des dispositifs médicaux devrait continuer de bénéficier d’une demande stable sur ses principaux marchés.

Sur l’ensemble de l’année 2026, la MEXA s’appuie sur les projections de Statistics Mauritius, qui tablent sur une légère progression des exportations, atteignant Rs 110 milliards, contre Rs 108 milliards l’année dernière, soit une hausse de 1,9 %. Les importations devraient également progresser légèrement, pour se retrouver à hauteur de Rs 320 milliards. Dans ce contexte, le déficit commercial devrait enregistrer une baisse nominale, passant de Rs 211 milliards en 2025 à environ Rs 210 milliards en 2026. Pour la MEXA, cette amélioration reste fragile. « Export performance is expected to stabilise in the near term, although the outlook remains subject to several external uncertainties », indique la MEXA.

Trois risques majeurs sous surveillance

Export Pulse identifie trois principaux facteurs de risque susceptibles d’influencer la trajectoire des exportations des entreprises locales. D’abord, les tensions géopolitiques et leurs répercussions sur les coûts énergétiques et logistiques. Les perturbations des routes maritimes et une éventuelle hausse des prix du pétrole pourraient renchérir les coûts de production et de transport, affectant la compétitivité des exportateurs.

Ensuite, les évolutions des politiques commerciales, en particulier celles liées à l’AGOA. « Export prospects remain sensitive to policy developments in key markets, including the future of AGOA », ajoute la MEXA. Le secteur textile, fortement dépendant de cet accès préférentiel au marché américain, reste particulièrement exposé.
Enfin, la montée de la concurrence internationale constitue un défi croissant. Les accords commerciaux conclus ou en négociation par de grandes économies pourraient redessiner les flux commerciaux au détriment de Maurice. L’accord Inde–Royaume-Uni et les discussions en cours entre l’Inde et l’Union européenne pourraient ainsi renforcer l’accès de concurrents directs aux marchés clés.

Dans ce contexte, la MEXA salue certaines initiatives gouvernementales visant à soutenir le secteur des exportations. « The recent government decisions aimed at strengthening the export sector are welcomed », affirme le rapport, citant notamment la stratégie portuaire, l’Industry Bill et les avancées dans les négociations commerciales bilatérales avec les États-Unis. Mais la prudence reste de mise. « While export orders in key markets have remained relatively stable so far, risks remain tilted to the downside », avertit l’association. « A prolonged conflict could lead to renewed inflationary pressures and weaker demand in main markets, with potential implications for export performance », fait encore valoir la MEXA.
Ces perspectives s’inscrivent dans le prolongement d’une année 2025 difficile pour les exportations. Celles-ci ont reculé de 2,1 % l’an dernier, avec une contraction plus marquée de 3,7 % pour les entreprises orientées vers l’exportation. Les performances ont été particulièrement affectées dans les secteurs du sucre et des produits de la mer, en raison de la baisse des prix internationaux. Le textile a également souffert, avec une baisse de 6,5 %, sous l’effet combiné des tarifs américains et de l’incertitude entourant l’AGOA.

Dans ce contexte, la stabilisation attendue en 2026 apparaît davantage comme une phase de consolidation que comme un véritable rebond. Entre incertitudes géopolitiques, pressions concurrentielles et dépendance aux régimes commerciaux préférentiels, le secteur des exportations demeure en équilibre précaire, contraint de s’adapter à un environnement international de plus en plus volatil.

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