— Bridge Moris préconise la création d’une 22ᵉ circonscription dédiée aux Mauriciens de l’étranger, avec vote consulaire et vote électronique
La diaspora mauricienne à l’ordre des questions. Interpellé à l’Assemblée nationale par la députée Daureeawo, le Premier ministre Navin Ramgoolam a fait le point sur l’évolution du Mauritian Diaspora Scheme, mis en place en 2015 afin d’encourager le retour des Mauriciens établis à l’étranger. Ce dispositif, qui vise à valoriser les compétences et l’expérience acquises hors du territoire, a jusqu’ici permis à quelque 614 membres de la diaspora de regagner le pays.
Les autorités reconnaissent certaines limites dans sa mise en œuvre. Des cas d’abus liés à l’accès aux avantages du programme ont été relevés, soulignant la nécessité d’un encadrement plus rigoureux. Dans cette optique, une révision du dispositif a été annoncée dans le Budget 2025-26. L’objectif est double notamment de renforcer son efficacité tout en le rendant moins contraignant pour les professionnels hautement qualifiés souhaitant revenir à Maurice.
Par ailleurs, il a été annoncé que l’Economic Development Board travaille actuellement à la finalisation d’une nouvelle version du programme. Celle-ci devrait introduire des mécanismes permettant de corriger les failles identifiées, tout en facilitant davantage l’intégration des talents issus de la diaspora dans l’économie locale. La mise en œuvre de ce nouveau schéma est attendue prochainement. Au-delà de ce programme, le Premier ministre a indiqué que le gouvernement entend structurer de manière plus globale ses relations avec la diaspora. Dans le cadre du programme gouvernemental 2025-2029, une politique nationale dédiée est en cours d’élaboration. Celle-ci vise à mieux mobiliser les Mauriciens de l’étranger autour du développement national, que ce soit par leur retour ou par leur contribution à distance.
Des signaux positifs sont déjà observés. Plusieurs membres de la diaspora occupent aujourd’hui des postes stratégiques au sein d’institutions clés, notamment à la Banque de Maurice, à Mauritius Telecom, à la State Bank of Mauritius ou encore au Forensic Science Laboratory. Ces retours témoignent du potentiel que représente cette communauté pour le pays. Avec l’appui de l’Organisation internationale pour les migrations, un consultant a été mandaté pour élaborer une National Diaspora Policy assortie d’un plan d’action. Un premier rapport a été soumis, incluant une proposition de structure de gouvernance ainsi que la création d’un Diaspora and Global Advisory Council. Le document est actuellement en phase de validation, en concertation avec les parties prenantes.
Un signal encourageant pour la diaspora
Alors que les autorités travaillent à la refonte du Mauritian Diaspora Schemeet à l’élaboration d’une politique nationale dédiée, l’organisation Bridge Moris appelle à une approche élargie de la contribution des Mauriciens établis à l’étranger. Au-delà du retour physique, elle insiste sur la nécessité de valoriser les compétences de la diaspora où qu’elle se trouve. « La question posée mardi à l’Assemblée nationale est un signal encourageant. Le fait que le gouvernement réfléchisse à la fois à la réforme du dispositif de retour et à une Politique Nationale de la Diaspora montre une compréhension croissante de ce que la diaspora peut apporter à Maurice. C’est précisément cette conviction qui est à l’origine de Bridge Moris, une plateforme d’engagement de la diaspora mauricienne qui offre des moyens concrets de se connecter et de contribuer à l’île Maurice », soulignent les deux fondatrices Yashna Gungadurdoss et Alexandra Isaacs-d’Abbadie.
« Nous continuons à travailler sur le lancement d’une plateforme de talents qui facilitera les échanges de connaissances et de compétences entre membres de la diaspora et entités locales. Selon nous, le vrai potentiel encore inexploité de la diaspora ne se trouve pas uniquement dans le retour, mais dans l’engagement de la diaspora là où elle se trouve », affirme Bridge Moris. L’organisation souligne ainsi l’importance de développer des mécanismes permettant un partage de savoirs à distance, notamment à travers des collaborations numériques ou des projets transnationaux. « C’est pourquoi nous explorerons aussi l’échange de connaissances à distance, sous différentes formes », précisent les fondatrices.
Yashna Gungadurdoss et Alexandra Isaacs-d’Abbadie poursuivent que « depuis notre lancement en novembre 2025, nous avons commencé à bâtir une communauté de diaspora engagée, qui veut être connectée et échanger avec Maurice. Nous avons organisé des événements pour la diaspora et lancé une publication bimensuelle pour aider ses membres à rester connectés à Maurice, aux Mauriciens, à la culture mauricienne et au créole. Nous avons aussi participé aux consultations menées par l’OIM en vue du développement de la Politique Nationale de la Diaspora, et mis en relation plus de 50 membres de notre communauté pour des entretiens et des groupes de travail dans ce même cadre. »
Participation politique des Mauriciens à l’étranger
Parallèlement à cette approche axée sur les compétences, Bridge Moris met en avant la question de la participation politique des Mauriciens de l’étranger. L’organisation indique avoir franchi une étape importante sur le plan institutionnel. « Sur le plan législatif, nous avons soumis une proposition formelle au Bureau du Premier ministre en janvier 2026, dans le cadre de la réforme électorale en cours, et nous avons participé au débat national de la MBC sur la réforme électorale pour y porter la voix de la diaspora. » Au cœur de cette proposition figure la création d’une circonscription dédiée aux Mauriciens expatriés.
« Nous plaidons pour la création d’une 22ᵉ circonscription dédiée aux Mauriciens de l’étranger, avec vote consulaire et vote électronique. C’est une solution qui honore le vote local tout en redonnant un droit démocratique fondamental à la diaspora », soutient Bridge Moris. L’organisation rappelle que cette revendication s’inscrit dans une tendance internationale déjà bien établie. « Plus d’une centaine de pays ont déjà franchi ce pas, et les études montrent que l’affranchissement de la diaspora renforce les liens civiques, l’investissement et le transfert de compétences vers le pays d’origine », ajoute-t-elle.
Pour Bridge Moris, l’enjeu dépasse la simple reconnaissance symbolique. Il s’agit d’ancrer durablement la diaspora dans le développement national, tant sur le plan économique que démocratique. « Nous pensons qu’une Politique Nationale de la Diaspora devrait inclure le droit de vote de la diaspora comme fondation de toute autre mesure. » Et de conclure que « nous espérons que cette dynamique parlementaire débouchera sur un cadre législatif qui permettra à la diaspora de devenir de vrais participants dans l’avenir de notre île. »

