RÉFLEXIONS : Les wagons ont déjà quitté la gare

Nous ne sommes plus à la croisée des chemins. Les trains ont quitté les gares depuis belle lurette ! Une quinzaine de mois s’est écoulée depuis l’arrivée du gouvernement construit autour de l’Alliance du Changement au pouvoir, fière de son phénoménal 60-0. Tellement fiers et probablement dopés par ce “feel good factor” des plus inattendus, la plupart des ministères et agences nationales se sont réfugiés dans des cocons bien ouatés. Et dehors, lor koltar, ceux qui avaient rageusement d’un trait de leur plume botté hors du gouvernement un régime qui les asphyxiait, attendent patiemment, rongeant leur frein, ne voyant pas grand-chose venir… L’on recense quelques étincelles pour essayer de réveiller ceux de nos élus qui s’étaient cloisonnés dans leur “comfort zone”. Avec peu de succès, hélas ! La valse de l’ancien DPM Paul Bérenger avec ses “je pars, je reste” a fini par prendre une tournure radicale il y a une quinzaine de jours.
Durant lesquels d’aucuns auront noté ce qu’on qualifiera de « frénésie » venant d’une part de certains de nos élus et ministres, et de l’autre, d’organismes d’État à prendre le taureau par les cornes. Dans ce cheminement qui paraît hâtif et plutôt irréfléchi, essentiellement par un désir de changer la perception de “zot pa pe fer nargne”, des sacrifiés sur l’autel du changement, inévitablement.
L’un d’eux, le CEO de la National Agency for Drug Control (NADC), le Dr Fayzal Sulliman. Proesssionnel doté d’une solide carrière et d’un parcours long comme le bras dans le domaine de toxicomanie – ayant œuvré ici, au pays, auprès des patients, mais aussi au niveau international, auprès du UNODC – il avait été choisi et nommé par le PM Navin Ramgoolam, et l’ex-DPM Paul Bérenger. Eid 2025, Navin Ramgoolam se targuait d’avoir placé ce fils du sol sans aucune attache politique, à la tête de l’une des agences les plus importantes du pays. Pourtant, ce mercredi 1er avril, le Dr Sulliman a été évincé dans un silence assourdissant. Les bruits faisaient état qu’il n’avait pas “deliver”… Une parade qui revient régulièrement dans la bouche des politiques à court d’arguments.
Deux jeunes, en l’occurrence, Nadia Peerun et Kunal Naik, qui ont fait leurs armes dans le privé, ont hérité des postes majeurs dans cette Musical Chair à la NADC. Au-dessus de leurs têtes est suspendu, désormais, telle une épée de Damoclès, l’engagement de “deliver”. Autrement, ces sièges sont brutalement éjectables ! Sam Lauthan – un vieux de la vieille – et Fayzal Sulliman en attestent !
La NADC est un organisme d’État qui a un rôle crucial dans le contexte socio-économique actuel. Avec la quantité grandissante de jeunes Mauriciens se faisant piéger par les drogues – Brown Sugar et “simik” – c’est la force ouvrière du pays qui est en péril. De l’autre, cette jeunesse comprend aussi l’intelligentsia du pays. Autrement dit, la vision et le positionnement stratégique de notre nation dans une configuration régionale et internationale sont entre leurs mains. Peut-on décemment laisser la menace de “zombification” avoir le dessus ?
La NADC est un organisme crucial, car la consommation accrue des drogues de synthèse gangrène notre tissu social : délits avec violence, conduite de véhicules – voitures, autobus, vans, camions – sous l’influence de substances nocives et causant des morts d’hommes sur les routes, agressions avec violence de parents, de seniors et d’adultes de sorte que les chiffres du Law and Order prennent une spirale ascendante vertiginieuse… Autant de symptômes d’une société malade ! Les augmentations de violences multiples – physiques, psychologiques, morales – ne sont pas anecdotiques.
Un mal profond dévore et ronge notre société. Le mandat de la NADC est, comme son nom l’indique, une “agency for drug control”. Il n’est un secret pour personne, actuellement, à Maurice que les drogues ont gangrené toutes les sphères de notre société. Il est attendu donc de la NADC qu’elle élabore un “road map” qui devra, sans faute, “address all these issues”, puisque tout ramène à la consommation et au trafic des stupéfiants !
Un travail énorme attend donc ceux qui sont aux commandes et qui composent l’agence nationale. Avec le coup de main de la société civile.

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Husna Ramjanally

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