La SSSTU prend les devants avec des mesures alternatives
Arvind Bhojun (UPSEE) : « N’attendons pas le cyclone pour réagir ! »
Un comité interministériel travaille actuellement sur les mesures à prendre pour économiser l’énergie, face à la situation causée par la guerre au Moyen-Orient. Le retour des cours en ligne est l’une des options à l’étude. Une éventualité qui renvoie aux mauvais souvenirs, étant donné que l’expérience Online Teaching, pendant la pandémie de Covid-19, s’était révélée inefficace. Des syndicats ont pris les devants et proposent des alternatives, tandis que le ministre de l’Éducation, Mahend Gungapersad, croit encore que l’expérience du passé permettra de corriger les erreurs.
En 2020 et 2021, en pleine pandémie de Covid, les étudiants mauriciens ont vécu leurs premières expériences de cours en ligne. Pour des raisons sanitaires, les écoles ont fermé en catastrophe, alors qu’il n’y avait aucun système élaboré pour cela. Urgence oblige, chacun a essayé de faire comme il pouvait. L’expérience n’était malheureusement pas positive et l’année scolaire avait dû recommencer à deux reprises. Surtout, parce qu’un certain nombre d’élèves n’avaient pas accès aux outils nécessaires et à l’Internet.
Cinq ans plus tard, qu’est-ce qui a été fait pour répondre à une nouvelle situation d’urgence ? Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), déclare : « Malheureusement, rien n’a été fait depuis. Il aurait fallu continuer à travailler sur ce sujet et élaborer un système efficace qui conviendrait à tout le monde. N’attendons pas le cyclone pour réagir. »
Il fait ressortir qu’à l’époque de la pandémie, le ministère avait déjà toutes les données concernant les élèves, ainsi que ceux qui vivent dans la précarité et qui nécessitent de soutien. « N’oublions pas qu’il a fallu recommencer l’année scolaire à deux reprises, parce qu’il y avait des étudiants qui n’avaient pas les moyens de suivre les cours en ligne. Il aurait fallu continuer le suivi et faire des relevés », dit-il.
De plus, ajoute Arvind Bhojun, il n’y a pas eu de formation pour les enseignants. « Il y a des enseignants également, particulièrement parmi les plus âgés, qui ne maîtrisent pas parfaitement la technologie. On aurait dû faire des formations, mais cela n’a pas été le cas. » De plus, ajoute-t-il, pendant la pandémie de Covid-19, le logiciel Microsoft Team était privilégié. Le ministère avait une licence pour cela. « Maintenant, nous privilégions Google Classrooms. Mais il faut former les enseignants. »
Examens et travaux pratiques
D’autres syndicats ont préféré prendre les devants au lieu d’attendre les directives du ministère. C’est notamment le cas pour la State Secondary Teachers’ Union (SSSTU), qui a soumis ses propositions au ministère. Dans une correspondance adressée au ministre, datée du 3 avril, le syndicat précise : « the SSSTU wishes to express its grave concern regarding any proposed shift to online teaching. »
La raison évoquée est que le deuxième trimestre est le moment le plus important du calendrier scolaire. « C’est la période critique pour ceux qui préparent les examens nationaux et internationaux, particulièrement avec les Mock Exams prévus au 2e trimestre », mentionne la lettre. De plus, le syndicat évoque les difficultés pour les étudiants ayant des travaux pratiques pour les examens de Cambridge. « Les Courseworks doivent être réalisés sous la supervision et le suivi des enseignants. C’est extrêmement difficile de le faire si les élèves ne sont pas à l’école. Cela pourra même impacter la validité de leur travail pour les examens internationaux », fait valoir le syndicat.
De plus, en raison de la fracture numérique, certains élèves n’avaient pas pu suivre les cours en ligne pendant la pandémie de Covid-19. Ce qui a expliqué qu’il a fallu recommencer l’année scolaire à deux reprises.
La SSSTU plaide ainsi pour que l’enseignement en présentiel soit privilégié autant que possible. Le syndicat fait une liste de propositions alternatives au ministère pour éviter les cours en ligne. Il est suggéré d’adopter un modèle de trois jours en présentiel et deux jours en ligne, en dernier recours, si aucune solution n’est trouvée pour maintenir les cinq jours d’école.
Pour cela, un réaménagement du Time Table pourrait être adopté afin de couvrir toutes les matières. Les trois jours de classe en Face-To-Face seraient alors axés sur l’enseignement, mais aussi les travaux pratiques et le Monitoring des projets. Un Work Pack, avec des devoirs à faire, pourrait être remis aux élèves pour les deux autres jours.
Une telle approche, fait ressortir la SSSTU, éviterait la répétition des erreurs de l’expérience Covid-19. « L’expérience a démontré que les cours en ligne n’étaient pas efficaces et de retour en classes, il fallait une nouvelle fois réenseigner la même chose afin d’assurer une meilleure compréhension. Cela représente un double emploi pour les enseignants. »
Par ailleurs, le syndicat va plus loin dans la réflexion, mettant en avant que le secteur de l’éducation n’est sans doute pas gros consommateur d’énergie. « La majorité des élèves voyagent par bus scolaire ou le transport public, ce qui représente un impact bien inférieur aux personnes voyageant seules dans leurs voitures pour aller au bureau. Dans ce contexte, il serait peut-être plus approprié d’adopter le work from home au lieu de déstabiliser l’écosystème éducatif », estime le syndicat.
Le syndicat est d’avis qu’il ne faut pas négliger non plus l’impact psychologique d’un éventuel retour des cours en ligne. « L’isolement peut impacter sur la santé mentale des élèves. » De même, la SSSTU suggère de considérer des stratégies à long terme en dotant les établissements scolaires de panneaux solaires, permettant ainsi de contribuer à la résilience énergétique. Dans la foulée, il est aussi suggéré d’interdire l’utilisation des climatiseurs, y compris dans les bureaux administratifs des écoles.
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Gungapersad : « Se baser sur l’expérience du passé »
« Il ne faut pas penser que parce que la guerre se déroule loin de nous, que nous n’en subissons pas les impacts. Le ministère de l’Éducation fait en effet partie du comité interministériel et nous allons voir comment réenvisager l’enseignement dans un tel contexte. Certains pays sont déjà passés aux cours en ligne; des universités ont fermé. Nous aussi, à Maurice, nous devons analyser comment ajuster notre mode d’enseignement sans faire de tort à nos enfants et sans entraver l’enseignement et l’apprentissage face à un problème réel. Car nous ne savons pas quand la guerre se terminera.
« Certes, il y a des contraintes, notamment un problème de connectivité pour certaines familles ou qui n’ont pas les outils nécessaires. Ce sont des réalités avec lesquelles nous devons composer. Voilà pourquoi nous ne pouvons prendre une décision au pied levé. Il faut considérer tous ces aspects. Cependant, nous avons cette fois une expérience du passé qui peut nous aider pour aborder cette étape avec sérénité et ne pas faire de tort à nos enfants. »
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ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR — Universités : les cours en ligne privilégiés
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Kaviraj Sukon, a passé en revue la situation avec les responsables des universités publiques. Il explique : « le ministère a mené une enquête auprès des universités publiques pour voir quelles sont les mesures que nous pouvons prendre sans affecter l’enseignement. Nous avons une proposition en commun pour faire une partie des cours en ligne. Il faudra s’assurer que les cours soient dispensés avec rigueur et qualité afin que les étudiants n’en souffrent pas. Tout sera rediscuté au niveau du gouvernement, avant de prendre une décision. »
Cette période correspond également à la fin du premier semestre et la préparation pour les examens, pour certaines institutions, à l’exemple de l’Université de Maurice. Il affirme que : « nous savons qu’il y a des universités qui entrent en période d’examen en mai. Là également, nous allons prendre toutes les dispositions pour que tout se passe dans de bonnes conditions. Je rassure les étudiants et les parents que les décisions seront prises pour mitiger les effets de la guerre, mais en même temps, dans l’intérêt des étudiants. »

