Après trois semaines d’absence remarquée et, diversement commentée, pour cause de turbulences internes, celui qui est toujours le leader du MMM regagne l’hémicycle ce mardi. Lui-même ainsi que les députés Joanna Bérenger et Chetan Baboolall vont siéger en indépendants. C’est un entre-deux en attendant la tenue de l’assemblée des délégués qui devrait déboucher sur des contestations. La politique ayant horreur du vide, l’heure des clarifications ne devrait pas tarder.
Au-delà des secousses internes à un parti et au pays, il y a la guerre et ses conséquences qui pourraient avoir du bon. Pour cela, il va falloir du courage politique et des décisions opportunes et non pas encore une pléthore de comités pour établir des constats qui datent de plusieurs décennies sans qu’elles aient débouché sur du concret ou sur un changement de paradigme.
Il n’y a qu’à compter le nombre de tous ces ateliers et autres séminaires organisés à grands frais pour diminuer le volume et la facture des importations et favoriser la production locale. Le Made in Moris fait ce qu’il peut, mais c’est aux autorités d’agir pour que les terres ne soient pas abandonnées et qu’elles servent à promouvoir un certain degré d’autosuffisance. À chaque crise, Covid ou guerre, c’est la même rengaine stérile qui n’est suivie d’aucun plan d’action.
Lorsque le gouvernement nouvellement installé en 2025 est venu avec son état des lieux, ce qui était indispensable pour élaborer sa propre feuille de route, et que la tableau brossé était des plus sombres, on s’attendait à un genre de big bang et à une remise à plat généralisée. Sur la manière de gérer les finances publiques notamment.
Ce dont on a témoigné, à part le report de l’âge de la retraite pour être éligible à une pension universelle et une certaine limitation aux déplacements à l’étranger extravagants des ministres et des officiels, n’aura été qu’une timide tentative de correction, bien insuffisante pour provoquer un assainissement des dépenses publiques.
Et nul besoin de relire les rapports annuels du directeur de l’audit pour s’en convaincre. La dilapidation des fonds publics, le gaspillage éhonté des ressources, rien n’a changé. Des enveloppes conséquentes sont englouties dans des projets dont les coûts s’envolent une fois commencés et dans des budgets toujours plus importants sans que le moindre résultat probant ne soit enregistré et sans que le citoyen-contribuable ne voie son quotidien amélioré.
Pour citer un exemple qui défraye l’actualité en ce moment, l’utilité des conseillers. Il faut immédiatement dire que certains ont tout à fait leur place parce qu’ils apportent un vrai savoir-faire. Ceux-là sont d’utilité publique, même si leurs salaires peuvent paraître disproportionnés.
Par contre, lorsqu’on découvre sur la liste des conseillers des quidams sans qualification la plus basique, mais grassement rémunérés au seul motif qu’ils sont des agents politiques, cela ne peut que susciter le mécontentement populaire. Et lorsqu’on découvre en plus que certains sont loin d’être sans reproche et qu’ils jouent aux courtiers et aux entremetteurs et qu’ils sortent de leurs réserves pour faire de la politique, il y a tout pour susciter un courroux généralisé.
En effet, comment ne pas comprendre l’exaspération des Mauriciens lorsqu’ils découvrent que celui qui avait accompagné un directeur, sur lequel pèse une enquête, au bureau du ministre de l’Éducation pour une tentative de faire changer la donne — ce qui constitue en lui-même un acte de corruption, minoré en tentative d’influence — a été écarté puis réintégré après des pressions exercées en ce sens. Si c’est ce genre de signaux que l’on envoie aux observateurs et à Transparency International, il ne faut pas s’étonner que la dégringolade au classement général se poursuive.
Il y a aussi le super conseiller, aux sympathies politiques d’une curieuse volatilité, qui ment publiquement sur sa participation à des activités partisanes malgré des clichés qui le contredisent de manière éloquente. Mieux, juste à côté d’une page de promotion gratuite et d’un chapelet de vacuités, un « dossier » pour s’en prendre à celui qu’il désigne comme son détracteur l’ancien Premier ministre adjoint. Lequel s’est révélé un « fizet », la chasse s’étant finalement révélée fort infructueuse. Avec les braconniers, rien de surprenant !
Paul Bérenger était cet empêcheur de tourner en rond, celui qui était une épine dans les pieds des nouveaux affamés, celui qui veillait au grain, qui se mettait au travers des injustices et vers qui même les travaillistes se tournaient lorsque les portes du PMO étaient trop cadenassées pour tenter une dénonciation.
Oui, il faut des conseillers, ils sont quelques fois nécessaires lorsque des compétences sont déficitaires dans la fonction publique. Il en faut un minimum qui agit et qui travaille dans l’intérêt du pays, mais non à cette flopée de profils douteux et au pedigree sulfureux que l’on congédie pour mieux les reprendre ensuite.
Au chapitre du gaspillage des fonds publics, il y a aussi ces corps parapublics encore trop nombreux et qui ne servent qu’à accommoder les agents à chaque alternance. Il est temps de procéder à une rationalisation de leurs objectifs et ne pas attendre d’être en situation de guerre pour s’y pencher et surtout pour décider. On ne le répétera jamais assez : à quoi servent des casinos publics qui restent invariablement déficitaires ? À caser « nou dimounn » ?
Il y a aussi le train de vie de l’État encore trop ostensiblement voyant. Qu’est-ce que cela aurait coûté aux parlementaires de réduire, ne serait-ce que symboliquement, leurs rémunérations au moment de la publication des chiffres inquiétants de l’économie et de la dette et de l’annonce de la suppression des allocations aussi généreuses qu’indécentes et grossièrement électoralistes du gouvernement MSM ?
Il y a eu un gros raté au moment de la présentation du premier budget de l’alliance dit du changement l’année dernière en termes de signal donné à la population. Il n’est pas trop tard pour tailler dans les privilèges des élus, des ex-élus, des ex-présidents et ex-vice-présidents.
C’est tout cela qui fait que le report de l’âge de la pension universelle non-contributive de 60 ans à 65 ans a été si violemment rejeté par une partie des bénéficiaires potentiels. Si l’exemple était venu d’en haut, la pilule aurait été moins dure à avaler.
Faits et effets : À la guerre comme à la guerre
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