- L’unique four ne peut pas fonctionner à plein régime
Prolifération de rats, les habitants alertent les autorités
Le pain est, sans doute, l’aliment le plus attendu à Agaléga. Depuis quelque temps déjà, les habitants, tout comme les autres résidents Mauriciens et Indiens doivent faire preuve d’une grande patience avant de pouvoir s’en procurer. Tournant à plein régime, un seul four fonctionne, mais insuffisamment pour alimenter toute l’île du Nord. Les retardataires, ou ceux qui doivent se rendre au travail alors que les fournées n’ont pas encore commencé, sont privés de pain. La population locale en a assez des problèmes récurrents liés à la fabrication et à la distribution du pain. Elle déplore également d’autres difficultés auxquelles elle souhaiterait voir les autorités mauriciennes accorder davantage d’attention, notamment la prolifération des rats.
Ces derniers temps, si par malheur un Agaléen de l’île du Nord se réveille tard, il risque de passer toute la journée sans pain ! Mais sur l’île, les habitants ont pour habitude de se réveiller en même temps que le soleil. Néanmoins, malgré ce réveil matinal, ils ont des difficultés à obtenir du pain à l’heure. En cause, le four de la petite boulangerie du village Vingt-Cinq à l’arrêt depuis quelque temps déjà, en raison d’une défectuosité. C’est donc le four ramené de l’île du Sud qui est mis en marche chaque matin aux aurores pour la confection du pain destiné à la population locale ainsi qu’aux Indiens basés sur l’île. La boulangerie est ainsi contrainte de multiplier les fournées, afin d’approvisionner toute l’île. “La-osi fodre four-la sofe, li extra tarde. Apre sak kwison, nou bizin atann enn-er-t-an pou gagn dipin. Kot nou pe ale ? Nou an 2026, nou pa kapav kontign gagn sa kalite problem-la”, se désole un père de famille. Et un autre d’ajouter : “Si nous ne pouvons pas attendre pour ne pas être en retard au travail, nous n’avons pas de pain pour le déjeuner. Nou kapav manz farata enn zour ou de, me pa tou lezour !”
Des Mauriciens en poste dans l’archipel confient aussi leur exaspération et partagent le désarroi des habitants devant ce problème. “Bizin solid pou travay dan kondision kot prodwi alimenter bien aleatwar dan Agalega. Aktielman, pena dipin. Mo travay, mo pa gagn letan prepar farata. Si pa fer stok manze parfwa ou kapav ramas problem kan bato pa ankor vini”, raconte l’un d’eux.
Par ailleurs, la présence de rats dans l’entrepôt alimentaire d’Agaléga inquiète les habitants de l’île. Avec les cas de leptospirose détectés à Maurice, suivis de mesures telles que des plans de dératisation et des campagnes de communication face à la recrudescence du problème, les Agaléens demandent la même considération. Agaléga, notent-ils, a besoin d’être dératisé.
Dératisation réclamée
“Nous ne voulons pas de la leptospirose à Agaléga !” scande un habitant. L’alerte avait été donnée sur la prolifération des rats sur l’île. À l’arrivée du MV Trochetia il y a deux semaines, les Agaléens étaient persuadés que Maurice avait envoyé une équipe chargée de la dératisation pour se débarrasser des rongeurs. Cela n’a pas été le cas.
Déçus que leur doléance n’ait pas été entendue, les Agaléens insistent sur l’urgence de la situation. “Faudrait-il qu’il y ait des cas de leptospirose à Agaléga pour que les autorités mauriciennes agissent ?”, se demandent-ils. Si la prévention et le contrôle sont possibles au niveau des foyers, à plus grande échelle, l’intervention des autorités mauriciennes de la Santé devient, en revanche, indispensable, insistent les habitants.
Autre situation qui désespère les Agaléens : l’état de la nouvelle chambre froide, de même que la chill room. “Depi preske enn an ki finn konstrir enn cold room ki pa pe fonksione. Sa ousi zot pa pe pran kont. Dan chill room ena enn sel moter ki pe marse. Zot dir ki bizin al met bann aliman ki bizin frigorifie dan konpagni indien”, nous confie un Agaléen.
Chambre froide
pas opérationnelle
Les Agaléens ne veulent pas dépendre des infrastructures indiennes ni de la disponibilité du personnel pour la distribution des produits frigorifiés destinés aux habitants. Tout en reconnaissant la bonne volonté des Indiens pour les dépanner en temps de crise, ils disent en avoir assez d’une situation qui les fait se sentir comme des citoyens de seconde zone.
Côté éducation, les parents de collégiens attendent avec impatience l’ouverture du bâtiment qui abritera le Medco d’Agaléga. Les travaux de rénovation visant à rendre opérationnel le collège, qui avait subi d’énormes dégâts après le passage du cyclone Shido en décembre 2024, ne sont pas encore terminés. Les quelque 30 collégiens qui poursuivent leurs cours dans la bibliothèque de l’île doivent encore s’accommoder, pour quelque temps, de conditions de fortune. En effet, outre les supports pédagogiques dont les enseignants ont besoin pour animer leurs classes, la bibliothèque ne dispose ni de laboratoire ni de salles spécialisées. Par ailleurs, l’arrivée d’un enseignant d’anglais et d’ICT est vivement attendue par le personnel en place, qui doit pallier l’absence de ces enseignants et voit sa charge de travail s’alourdir. La lenteur de la connexion à Internet ne facilite pas, non plus, l’utilisation de cet outil à des fins pédagogiques.

