Amours et désamours au sein du Changement — Bérenger : « Backbenchers indépendants pour le moment »

• Joanna Bérenger et Chetan Baboolall siégeront comme indépendants dès mardi – Refus catégorique du poste de Leader de l’Opposition
C’est une sortie à la fois mesurée et lourde de sens politique. Face à la presse samedi, Paul Bérenger a confirmé que lui-même, Joanna Bérenger et Chetan Baboolall feront leur entrée à l’Assemblée nationale mardi en tant que députés indépendants. Une décision présentée comme provisoire, mais qui traduit déjà une volonté affirmée de rupture avec les logiques partisanes actuelles.

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Après consultation avec le Speaker, les trois élus prendront place dans un espace symbolique, entre les bancs de l’opposition et celui de Franco Quirin. Un positionnement « responsable », selon Paul Bérenger, qui vise à marquer une distance avec les blocs traditionnels tout en restant pleinement engagé dans la vie parlementaire.
« Nous siègerons comme indépendants pour le moment », a-t-il insisté, évoquant une décision guidée par la nécessité de cohérence politique et de respect des principes.
Toujours leader du MMM…

Malgré cette prise de distance, Paul Bérenger affirme qu’il demeure leader du Mouvement Militant Mauricien (MMM). Une précision importante dans un contexte où les tensions internes ne cessent de s’exacerber.

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« À l’heure où nous parlons, nous sommes encore au MMM », a-t-il déclaré, tout en dénonçant vigoureusement les dérives qu’il observe au sein du parti. Dans son viseur : la liste des délégués en vue de la prochaine assemblée générale, qu’il qualifie sans détour de « bidon ».

Il évoque des anomalies graves — noms incomplets, absence de femmes, et même la présence d’au moins 17 personnes décédées. Des irrégularités qui, selon lui, portent atteinte à la crédibilité du processus interne. Il prend toutefois soin de dédouaner la secrétaire administrative, « très appréciée de tous ».

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Malgré la fermeté du ton, Paul Bérenger ne ferme pas totalement la porte au dialogue et en appelle au sens des responsabilités des militants. « J’ai confiance que les militants feront respecter la démocratie», affirme-t-il.

« Pas question d’être Leader de l’Opposition »
Sur le plan institutionnel, Paul Bérenger coupe court à toute spéculation : il ne briguera pas le poste de Leader de l’Opposition.

« Je n’ai pas fait tout cela pour prendre cette place », martèle-t-il. Au-delà du principe, il invoque également des raisons personnelles, reconnaissant qu’après avoir occupé cette fonction à plusieurs reprises, il ne dispose plus de l’énergie nécessaire pour l’assumer pleinement.

Revenant sur sa démission du poste de Vice-Premier ministre, Paul Bérenger a retracé les événements survenus entre le 18 et le 20 mars, à la suite de discussions avec le Premier ministre Navin Ramgoolam.

Il rappelle que ses critiques formulées lors du comité central n’avaient pas été contestées sur le fond, mais que la majorité des membres avait choisi de maintenir le MMM au sein du gouvernement. « J’ai compris que beaucoup voulaient enfin corriger des injustices après vingt ans dans l’opposition », concède-t-il.

Mais la suite des événements a profondément entamé la confiance. Il déplore notamment que quinze députés aient rencontré le Premier ministre sans l’en informer, et que quatre ministres aient publiquement critiqué sa position alors qu’il était toujours leader du MMM.
« C’est chagrinant, ce n’est pas militant », lâche-t-il, évoquant une évolution inquiétante des comportements au sein du parti. « C’est triste, mais la vie continue », ajoute-t-il, dans un mélange de lucidité et de désillusion.

Aucune alliance avec le MSM
Sur la question des alliances, la ligne est claire et sans appel : aucune collaboration avec le Mouvement Socialiste Militant (MSM).

Paul Bérenger rappelle que la rupture avec le MSM était, selon lui, une étape nécessaire. « Nous ne regrettons rien », affirme-t-il, allant jusqu’à dire qu’il ne voit « aucun membre récupérable » au sein de ce parti.

Un avertissement sur la situation économique
Au-delà des enjeux politiques, Paul Bérenger élargit son intervention aux défis économiques. Il alerte sur les conséquences des tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, qui pèsent déjà sur les prix du carburant et pourraient affecter l’approvisionnement énergétique du pays.

Dans ce contexte, il appelle à des décisions rapides et structurantes, dont la nomination d’un ministre des Finances à plein temps. Il insiste également sur la nécessité de remettre au cœur de l’action publique la méritocratie, la compétence et la lutte contre la corruption.
Une stratégie d’équilibre… et de pression

En choisissant de siéger comme indépendant, Paul Bérenger adopte une stratégie à double détente : rester dans l’arène institutionnelle tout en marquant une rupture politique nette.
Une posture qui lui permet de maintenir la pression, tant sur son propre parti que sur l’ensemble de la classe politique, à l’approche d’échéances internes décisives. Entre fidélité revendiquée au MMM et dénonciation de ses dérives, Paul Bérenger joue désormais une partition plus solitaire… mais résolument stratégique.

 

 

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