PoW, Prisoners of War Ou Prisoners of Worst

L’escalade militaire au Moyen-Orient depuis ce samedi 28 février apporte la confirmation de la redéfinition d’une expression-phare, qui faisait peur en temps de guerre dans le temps. PoW, soit Prisoners of War, avec des photos de défilés de soldats du camp adverse, faits prisonniers lors des assauts, ne fait partie du lexique des hostilités entre belligérants de l’heure. Tout au moins, avec la nouvelle technologie, soit celle des attaques aux drones, initiées lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, voilà plus de quatre ans déjà, et galvanisée à fond avec la guerre livrée par les Américains et Israéliens contre des intérêts iraniens, le déploiement des forces terrestres sur le front a reculé irrémédiablement en termes de priorité des stratégies militaires.

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Donc, sans présence physique d’hommes sur le terrain il est presque évident que les soldats faits PoW ne peuvent être légion. Mais le signe de PoW peut encore revendiquer sa place d’extrême préoccupation dans le vocable de la loi du plus fort au grand dam des antimilitaristes. La mutation de l’expression PoW peut facilement s’afficher sous forme de Prisoners of the Worst. Dans le temps, malgré la détresse et les conditions extrêmes des camps d’incarcération, les prisonniers de guerre pouvaient contempler la possibilité de retrouver l’honneur d’homme libre une fois un accord de cessez-le-feu conclu et mis à exécution.

Et en quoi est la pertinence de Prisoners of the Worst en substitution de Prisoners of War ? Les répercussions en tous genres ne se militent pas seulement aux forces engagées sur le champ de bataille. Les victimes des feux nourris de l’ennemi ne sont pas celles qui sont en face. La réalité est davantage plus dramatique et remet en perspective cette citation d’Oliver Stone dans Platoon, remontant à 1986, soit the First Casualty of War is Innocence. Les dépêches de presse, défilant sur les écrans tactiles de toutes tailles à chaque instant, avec des enfants et des femmes s’ajoutant à la liste des Casualties, consignent sans conteste cette affirmation.

Prisoners of the Worst ! Oui. Aucun citoyen du monde n’est inoculé contre les angoisses de cette guerre sans frontière pour assurer la folie de la conquête planétaire de l’Or Noir. Devant le baril de pétrole, coté au-dessus de la barre des $ 100, avec des poussées d’adrénaline sur le marché à chaque mot venant Outre-Atlantique, et des difficultés d’approvisionnement, tous les pays du monde sont confrontés à des risques hors de proportion pour assurer la survie du système économique en place avec les intermédiaires se frottant les mains et se mettant du beurre sur les épinards.

Avec la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février, tous les pays sont désormais des PoW, soit des Prisoners of the Worst, avec à l’horizon de gros nuages s’amoncelant hors de tout contrôle, même de celui qui affirme détenir le contrôle absolu du Remote Control des offensives. Maurice subit les prémices, au sens péjoratif du terme, de la psychose de la guerre du Moyen-Orient.

La logique politico-économique veut que les premières mesures financières, sous forme de rajustement des prix du litre du diesel et de la bonbonne de gaz, avec leurs effets cascades pesant dans le budget de ménages, devront être relancées dès la semaine prochaine, soit après la réunion annoncée pour mercredi du comité interministériel sur le Moyen-Orient et le prochain conseil des ministres hebdomadaires. La surenchère se fait déjà entendre, en l’occurrence de nouveaux tarifs du Central Electricity Board, délicates tractations autour de l’élimination de la limitation de 10%, imposée au Petroleum Pricing Committee pour le litre d’essence à la pompe, et surtout la symbolique du prix du pain-maison.

Autant de facteurs, susceptibles d’amplifier la grogne de la rue. Il n’y a aucun doute que la tendance est nettement en ballottage défavorable sur le pouvoir d’achat du Mauricien. Les signes avant-coureurs sont déjà plus qu’évidents. Maurice peut-elle se permettre encore le luxe de fermer les yeux sur les dérives de la société de consommation ? La facture annuelle des importations frise déjà la barre des Rs 320 milliards. L’économie ne génère des recettes d’exportations que de l’ordre de Rs 110 milliards. Il faudra y ajouter le volet des services. Toutefois, le compte n’y est pas.

La note d’importation de produits pétroliers est déjà supérieure à celle des denrées alimentaires. Les produits pétroliers ont occasionné un exode de devises de plus de Rs 70 milliards en 2025, avec des experts supputant que le baril à plus de $ 100, une réalité pour les Prisoners of the Worst, se répercute avec des dépenses supplémentaires entre Rs 5 à Rs 8,5 milliards. Les importations alimentaires nécessitent des dépenses annuelles de plus de Rs 60 milliards.

Sur ces deux tableaux, depuis des années, les discours ont gagné en intensité inflationniste. Néanmoins, sur le front de la performance, les chiffres ont en berne. Pour se libérer du joug de l’étiquette de PoW de la guerre au Moyen-Orient, le sursaut ne peut être que national, avec un déficit du côté de la démagogie que ce soit du côté des pouvoirs que sur le plan de la revendication et une prime de protection, au titre de l’État-Providence, pour les plus vulnérables.

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