DROITS HUMAINS — Me Satyajit Boolell, SC — CNDH : « Rapports et cas juridiques ne constituent pas notre bilan… » 

« … mais là où chaque Mauricien a utilisé et bénéficié de ses droits ! »

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En marge de la présentation du rapport annuel de la Commission des droits humains (CNDH), le président de cette instance, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel, évoque « un projet ambitieux centré sur le renouveau démocratique, la réforme institutionnelle et le renforcement de la gouvernance ». Il nuance, en indiquant que « le succès de la Commission ne se limite pas aux rapports publiés et cas juridiques exécutés, mais bien dans ces cas où des citoyens mauriciens ont fait usage de leurs droits humains et bénéficié de ceux-ci. C’est cela notre mandat. »
237 cas rapportés; 165 résolus, par le biais d’écoutes et de conciliations et 72 autres en cours. Le rapport annuel de la CNDH fait état de ce bilan et présente les grands axes de son intervention. Pour les trois ans à venir, le parcours est déjà jalonné. Le rapport annonce les couleurs : renforcer l’indépendance institutionnelle conformément à la Convention de Paris ;
Plaider pour un mandat plus étendu de la Commission, qui ne devrait pas se limiter au chapitre II de la Constitution mais inclure tous les traités relatifs aux droits de l’homme auxquels Maurice est signataire, notamment sociaux, droits économiques et culturels, droits environnementaux, droits des personnes ; ceux des personnes handicapées et les droits des personnes âgées ;
Développer l’éducation publique afin que la connaissance des droits humains devienne un élément connu du grand public ;
Consolider les recommandations de réforme en politiques concrètes… Sans oublier, ajoute Satyajit Boolell, « s’engager de manière constructive dans la révision constitutionnelle et législative, par exemple la Constitutional Review Commission, dont je fais partie. »

Personnellement motivé

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Depuis juin 2025, une nouvelle équipe a été nommée pour constituer la commission des droits humains. Elle comprend, outre Me Boolell à la tête, Melanie Nagen, vice-présidente de la division des droits humains ; Najah Abdula Ahmed, vice-présidente de la National Preventive Mechanism Division (NPMD) ainsi que Touria Prayag, Jean-Marie Richard, le Dr Vijay Ramanjooloo et Michel Vieillesse, comme membres.
« Ce mandat me touche profondément. Je suis personnellement motivé par cette position. Les droits humains ne sont pas des idéaux abstraits : ils concernent la dignité de la personne. Celle du détenu, la voix du journaliste, l’accessibilité de la salle de classe, l’équité de la salle d’audience, la sécurité de la communauté, le soin et le respect de nos foyers et de l’appartenance de chaque Mauricien. Finalement, le succès de cette Commission ne se mesurera pas uniquement par le nombre de rapports publiés ou d’activités menées. Ce sera mesuré par la question de savoir si les droits humains deviennent une réalité vécue au quotidien », fait comprendre Me Boolell.
D’autre part, il ajoute que « quand nous avons pris nos fonctions, cela a coïncidé avec un momentum de recalibrage national. Ce qui nous a évidemment conféré un profond sens de responsabilité. Dans ce contexte précis de réforme nationale, la Commission devait elle-même passer par une phase de renouveau ». « Depuis que j’ai pris mes fonctions, nous avons donné priorité à une restructuration complète de notre système interne. L’indépendance institutionnelle ne doit pas simplement être déclarée – elle doit être démontrée par des procédures transparentes, une surveillance renforcée par des mécanismes et une orientation stratégique cohérente », fait-il encore ressortir.

Chaque citoyen

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Évoquant les changements apportés, Satyajit Boolell retient que « les réformes doivent se traduire par la confiance du public. Une de mes convictions profondes est que les droits humains doivent être rendus visibles et compréhensibles à chaque citoyen. Trop souvent, les droits sont perçus comme des arguments légaux abstraits, invoqués uniquement en temps de crise. À notre sens, ils doivent plutôt faire partie intégrante du quotidien de tout un chacun. »
« Le lancement du bulletin régulier de cet organisme a renforcé la transparence et assuré une ligne de communication régulière avec les parties prenantes et nos partenaires. Nous avons également entrepris des visites à Rodrigues pour garantir que les droits de l’homme restent accessibles à tous ».
Il poursuit : « nous avons réaffirmé la position de la commission de par son engagement substantiel et une documentation régulière. Le traitement des cas concernant notamment la prison de Melrose et un groupe d’employés de la compagnie nationale d’aviation, Air Mauritius, reflètent clairement notre engagement à résoudre des problèmes complexes ; de soulever des questions avec indépendance, rigueur et équité. Ces rapports ne sont pas des points finaux : ils font partie d’un processus continu de responsabilisation institutionnelle et de réforme constructive. »
Il est d’avis que le programme gouvernemental place un accent notable sur le renforcement de la démocratie, l’établissement d’une Constitutional Review Commission, l’importance de réformer les approches en matière de politiques de drogues, et la création d’une National Crime Agency en vue d’optimiser les réponses coordonnées à la criminalité. « Ces initiatives sont significatives. Chacune comporte des implications directes sur les droits de l’homme ; qu’il s’agisse des garanties constitutionnelles et de la séparation des pouvoirs pour garantir une procédure régulière, la proportionnalité dans l’application de la loi, la réhabilitation et la protection contre les abus d’autorité », fait-il valoir.

Sur les traces de Mandela & Luther King Jr

Satyajit Boolell laisse entendre par ailleurs que « nous avons pris des mesures délibérées pour élargir notre engagement envers le public. Les droits humains ne doivent pas rester limités à des rapports et des cadres juridiques. Ils doivent être compris et mis en pratique par les citoyens dans leur vie quotidienne ». Il fait allusion à « un forum sur le handicap et l’inclusion, présidé par le président de la République, et qui s’est tenu le 28 juillet 2025. J’y ai plaidé pour un examen approfondi de la promotion des lois ayant trait aux droits des personnes en situation de handicap, la nécessité d’un placement familial et une coordination renforcée entre toutes les parties prenantes. »
La commission des droits humains fait remarquer que « nous avons œuvré à nourrir et encourager une culture de réflexion et de dialogue en célébrant, par exemple, la Journée Nelson Mandela, la Journée des droits humains et la Journée en mémoire à Martin Luther King Jr. Ces célébrations nous rappellent que la lutte pour l’égalité, la dignité et la justice n’est pas abstraite : elle est profondément humaine et absolument pertinente pour notre propre société ! »
Dans son message, Satyajit Boolell retient aussi l’élection de Maurice, le 14 octobre 2025 aux États-Unis, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, obtenant 181 voix et se plaçant au premier rang des États africains ». Il conclut : « cet écrasant soutien reflète la confiance internationale dans l’île Maurice. C’est un engagement de longue date en faveur des droits de l’homme, de la démocratie, de la gouvernance et l’état de droit. Une telle reconnaissance est à la fois un honneur et une responsabilité. Il renforce l’espoir que nos institutions nationales – y compris celle de la CNDH – continuent à respecter les normes d’indépendance les plus élevées, tout en faisant preuve de crédibilité et d’intégrité. De fait, nous restons déterminés à contribuer de manière significative à ce mandat mondial. »

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