MMM : la chronique d’un divorce annoncé

Le Mouvement militant mauricien (MMM) ne vacille plus : il se fragmente sous nos yeux. Ce qui était annoncé depuis des mois comme une fissure interne, nourrie par des divergences stratégiques profondes, s’est transformé, à la veille de ce samedi décisif, en un gouffre infranchissable. La « goutte d’eau » prend aujourd’hui la forme d’une liste de délégués. Un document administratif en apparence, devenu en réalité l’arme fatale d’une guerre fratricide pour le contrôle de l’âme du parti.
Après une longue période de sollicitation, la fameuse liste des délégués éligibles pour l’assemblée de ce samedi a enfin été remise à Paul Bérenger et ses partenaires à la fin de mars. Mais loin d’être un instrument d’apaisement, elle a agi comme un accélérateur de crise.
Pour Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM, cette liste est celle qui a servi à entériner les candidats lors des législatives de novembre 2024. Selon cette logique, si Paul Bérenger disposait encore d’une majorité réelle au sein du comité central, il n’aurait aucune raison de contester ce document.
Pour le leader historique, le constat est sans appel : cette liste est « bidon » ; elle n’a jamais été utilisée pour valider les candidats et elle est truffée d’irrégularités. En refusant de participer à ce qu’il qualifie de « fausse assemblée », Bérenger prépare l’opinion à l’inévitable : la naissance d’un nouveau mouvement.
Il est sidérant d’observer un parti qui a jadis incarné la modernité se perdre dans des querelles de registres. À l’heure de l’intelligence artificielle et de la dématérialisation, comment le MMM peut-il encore ne pas disposer d’une base de données centralisée ?
L’absence de traçabilité numérique des membres, des branches et du paiement des cotisations constitue une faute administrative majeure. Cette opacité permet toutes les interprétations. Samedi, l’exigence de présenter une carte d’identité et une preuve d’appartenance devrait être le dernier rempart contre ce que Bérenger qualifie de parodie de démocratie interne.
Paul Bérenger semble avoir acté son propre départ des structures qu’il a contribué à bâtir. Fidèle à son credo – « s’il faut choisir entre mon parti et mon pays, je choisirai mon pays » – il joue sa dernière carte : celle du sacrifice.
L’ironie est cruelle pour celui qui a survécu à tant de scissions. Aujourd’hui, il se retrouve victime du verrouillage administratif d’un parti qu’il a dirigé pendant des décennies. La douleur est réelle, mais la marche vers un nouveau MMM semble irréversible.
Pendant que le cœur du MMM saigne, les autres acteurs politiques s’activent. Le Premier ministre aurait tenté une ultime médiation auprès de son « ami » Bérenger. Refus catégorique. Il estime que ses anciens lieutenants sont « allés trop loin ». Alors que le suspense s’intensifie, Arianne Navarre-Marie, une dirigeante du MMM, affirme dans un entretien à Le Mauricien : « Oublions les ego et les ressentiments, et pensons au pays avec en tête nos valeurs militantes. » Sera-t-elle entendue ?
Pour sa part, le Whip de l’Opposition, Adrien Duval, observe cette décomposition avec intérêt. Son opposition farouche à Paul Bérenger et son rapprochement manifesté ouvertement avec une frange du Parti travailliste ouvrent la voie à toutes les spéculations.
Une fois la parenthèse diplomatique liée à la visite du ministre indien S. Jaishankar refermée, la machine politique devrait s’accélérer. Paul Bérenger et ses partenaires devront choisir s’ils resteront backbenchers de la majorité ou rejoindront les rangs des indépendants derrière le siège réservé au leader de l’opposition. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que le Premier ministre profite de cette clarification pour annoncer un remaniement ministériel d’envergure, incluant la nomination d’un nouveau Deputy-Prime Minister, d’un titulaire aux Finances et d’une redistribution des cartes chez les Junior Ministers. Dans ce contexte, un remaniement ministériel d’envergure n’est pas à exclure, avec un nouveau DPM, un ministre des Finances à plein temps et une redistribution des portefeuilles. La semaine prochaine, Maurice pourrait se réveiller non seulement avec un MMM éclaté, mais aussi avec un gouvernement recomposé.
Le retrait de Paul Bérenger place Navin Ramgoolam face à un dilemme stratégique : privilégier la continuité en s’appuyant sur les « loyalistes » du MMM en procédant à la nomination d’un des leurs comme DPM, ou consolider son socle politique et la stabilité gouvernementale en promouvant ses propres lieutenants.
Dans tous les cas, le paysage politique mauricien s’apprête à tourner une page.

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Jean Marc Poché

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