Premier trimestre 2026 — Tourisme : un début d’année prometteur…

…mais le mois de mars marque le pas  sur fond de tensions dans le Golfe

Les chiffres du tourisme pour le premier trimestre 2026 livrent une lecture à double niveau. En apparence, la destination Maurice reste bien orientée, avec une progression de +6,8% des arrivées. Dans le détail, un autre signal se dessine : le mois de mars marque un net ralentissement, révélant les premières fragilités d’un secteur directement exposé aux tensions internationales, notamment dans le Golfe.

Un début d’année porté par l’élan de janvier et février

Entre janvier et mars 2026, Maurice a accueilli 348,445 touristes, contre 326,389 sur la même période en 2025. Une performance qui confirme que la reprise enclenchée en 2025 se prolonge, portée par un bon début d’année.

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Le trafic aérien, pilier du modèle touristique mauricien, progresse de +5,1% sur le trimestre, avec 332,632 arrivées, tandis que le segment maritime enregistre une hausse spectaculaire de +61,6%, à 15,813 visiteurs, dans le sillage du retour des croisières.

Du côté des recettes, le signal est également positif : Rs 11,3 milliards en janvier 2026, contre Rs 8,5 milliards un an plus tôt, traduisant une amélioration du rendement par visiteur et un positionnement toujours orienté vers une clientèle à plus forte valeur.

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Cependant, cette lecture globale masque une réalité plus nuancée.

Mars : le premier signe d’un tassement

En mars 2026, Maurice enregistre 114,924 arrivées, contre 113,472 en mars 2025, soit une hausse limitée à +1,3%. Si le tourisme ne recule pas, il ralentit clairement.

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Surtout, le trafic aérien recule de -1,8%, avec 109,354 arrivées, un signal préoccupant pour un secteur qui repose avant tout sur les flux long-courriers. À l’inverse, les arrivées par mer bondissent de +158,6%, mais ne représentent que 5,570 visiteurs. Une progression impressionnante, mais insuffisante pour compenser la faiblesse du segment aérien.

Autre indicateur révélateur : la durée moyenne de séjour recule, passant de 11,8 nuits à 11,5 nuits en mars (-2,5%), confirmant une tendance plus large observée sur le trimestre. Plus de touristes, qui restent toutefois un peu moins longtemps.

L’effet des tensions dans le Golfe

Ce ralentissement intervient dans un contexte international brusquement assombri. Le déclenchement des tensions dans le Golfe, avec leurs répercussions sur les marchés énergétiques et le transport aérien, commence à peser sur le comportement des voyageurs.

La perspective d’une hausse des prix du pétrole, les incertitudes sur les liaisons aériennes et un climat général d’inquiétude influencent déjà les réservations, notamment sur les marchés européens.

« On sent un changement d’attitude », confie un opérateur du secteur. « Les décisions de voyage se prennent plus tard, les arbitrages budgétaires sont plus visibles, et certains marchés deviennent plus hésitants. »

Une croissance inégale, selon les marchés

Derrière la progression globale, la structure des marchés confirme cette fragilisation. L’Europe, principal réservoir de clients, progresse de +8% sur le trimestre, mais ralentit nettement en mars, avec une hausse limitée à +2,3% et même un recul de -3,5% du trafic aérien.

La France, premier marché, reste quasi stable (+0,7% sur le trimestre) et recule en mars. Le Royaume-Uni affiche une baisse de -4,5%, confirmant un affaiblissement préoccupant. À l’inverse, l’Allemagne (+50,3%) et l’Italie (+31,1%) tirent la croissance européenne.

En Afrique, la progression est modeste (+1,9%), avec un recul en mars (-2,6%). L’Afrique du Sud stagne (+0,9%), tandis que La Réunion, pourtant essentielle, accuse une baisse marquée en mars.

L’Asie progresse fortement (+15,5%), portée par l’Inde (+21,1%) et la Chine (+38,2%), mais là aussi, le rythme ralentit en mars. Le Moyen-Orient recule déjà (-5,6%), dans un contexte directement lié aux tensions régionales.

Les Amériques, enfin, enregistrent un net recul (-16,5%) sur le trimestre, avec une chute encore plus marquée en mars (-20,5%).

Ce que montrent ces chiffres, c’est une croissance de plus en plus sélective et dépendante de quelques marchés moteurs. L’équilibre devient plus fragile.

Un tourisme mauricien très exposé aux chocs extérieurs

Le recul du trafic aérien en mars est, sans doute, le signal le plus préoccupant. Il intervient précisément au moment où les incertitudes internationales augmentent, rappelant à quel point le tourisme mauricien reste exposé aux chocs extérieurs.

Dans le même temps, la baisse de la durée de séjour pose une autre question stratégique : celle de la valeur réelle générée par chaque visiteur.

Le mois de mars ne marque pas une rupture, mais agit comme un signal d’alerte. Il montre que la dynamique observée en début d’année peut rapidement s’essouffler dès que l’environnement international se dégrade.

Pour la population, cela signifie que le tourisme continue de soutenir l’économie, mais dans un contexte plus incertain. Pour les professionnels, l’enjeu devient plus exigeant : maintenir les volumes, tout en améliorant la qualité et la rentabilité de la demande.

Au terme de ce premier trimestre, Maurice reste dans le vert. Mais la fin de période révèle un secteur qui n’est plus dans une phase d’expansion facile.

Le tourisme mauricien avance désormais sur une ligne de crête, entre reprise réelle et fragilité structurelle. Et si la tendance devait se confirmer dans les mois à venir, le plafonnement observé en mars pourrait bien apparaître, rétrospectivement, comme le premier signal d’un cycle plus incertain.

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