Le scandale SILVER BANK — Les déposants individuels pointent du doigt le silence des institutions et interpellent le PM 

Ils accusent l’ancien gouvernement, l’ancien gouverneur de la BOM Harvesh Seegolam et l’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachy, pour avoir permis toutes ces dérives criminelles au sein de la Silver Bank

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La pression monte autour du dossier Silver Bank. Dans une lettre adressée au Premier ministre Navin Ramgoolam, un groupe de déposants individuels sort du silence et formule de graves accusations sur la gestion de cette affaire, dénonçant un « enchaînement de décisions irresponsables » ayant conduit à ce qu’ils considèrent comme l’un des plus grands scandales financiers du pays. Plus de deux ans après la chute de l’établissement, ces épargnants, dont beaucoup ont perdu une partie substantielle de leurs économies, décrivent une situation « humainement dévastatrice ». Derrière les chiffres, ils évoquent des familles plongées dans des difficultés financières profondes, marquées par un sentiment d’abandon face à des institutions censées les protéger.

Pour ces déposants, le naufrage de Silver Bank n’a rien d’une fatalité économique. Ils pointent plutôt une succession de défaillances impliquant la Bank of Mauritius, le ministère des Finances et la Financial Services Commission sous l’ancien régime.

Au cœur des critiques : l’octroi de la licence bancaire en novembre 2021 à une structure contrôlée à 75% par Ginni Gupta, sans expérience bancaire avérée, en lien avec Prateek Gupta, déjà cité dans des affaires internationales. Une décision jugée « incompréhensible » au regard des règles prudentielles.

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Des milliards injectés malgré les signaux d’alerte

Les déposants dénoncent également l’engagement massif de fonds publics dans la banque. Entre 2022 et 2023, près de Rs 3 milliards du Covid-19 Projects Development Fund y auraient été placées, sans appel d’offres ni transparence, alors même que les états financiers n’étaient plus disponibles. Selon eux, ces fonds auraient servi à masquer des transferts suspects, notamment un décaissement rapide de USD 40 millions vers des entités liées à Prateek Gupta.

Plus troublant encore, la banque aurait continué à accepter de nouveaux dépôts en 2023, alors que des officiers de la Banque centrale étaient déjà présents sur place, sans intervention pour freiner cette collecte.

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Les signataires pointent aussi des contradictions majeures dans les communications officielles. Alors que la Banque de Maurice affirmait en février 2023 que Silver Bank n’était pas exposée aux sociétés de Gupta, des documents judiciaires ont révélé l’utilisation de garanties financières liées à la banque dans une fraude internationale.

Ils dénoncent également un manque de transparence vis-à-vis des déposants, notamment après le retrait partiel de fonds publics en mars 2023, information qui n’aurait jamais été portée à leur connaissance.

Une dérive massive des prêts

L’un des aspects les plus alarmants reste l’octroi de prêts jugés massivement irréguliers. Selon les éléments évoqués, plusieurs milliards de roupies auraient été accordées en quelques semaines à des sociétés récemment créées, souvent sans garanties solides, avant d’être transférées à l’étranger.

Ces pratiques, contraires aux normes prudentielles internationales, auraient été identifiées dès 2022 par les inspecteurs de la Banque centrale, sans qu’une action décisive ne soit prise à temps.

Les déposants s’interrogent également sur la lenteur de la mise sous administration, intervenue seulement en février 2024, malgré des signaux d’alerte précoces. Ils évoquent aussi le départ de certains responsables étrangers sans mesures restrictives, ainsi que le coût jugé excessif du conservateur privé nommé pour gérer la crise.

Dans leur lettre, ils accusent clairement l’ancien gouvernement, l’ancien gouverneur Harvesh Seegolam et l’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachyd’avoir permis ces dérives.

Le sort des épargnants toujours incertain

Au-delà des accusations, les déposants réclament des mesures concrètes. Ils demandent notamment une enquête forensique complète, la traçabilité des fonds transférés à l’étranger et des poursuites contre les responsables. Ils appellent également à une coopération internationale renforcée pour tenter de récupérer les montants détournés.

Mais la question centrale reste celle de leur propre avenir. En cas de liquidation, les déposants demandent à être prioritaires dans le remboursement des actifs restants, estimés à environ Rs 1,2 milliard. Pour eux, la priorité devrait aller aux particuliers, dont les fonds représentent souvent des économies de toute une vie, plutôt qu’aux fonds publics engagés dans la banque.

Un test pour les institutions

Dans un contexte de renforcement du cadre légal contre le blanchiment, les signataires estiment que l’affaire Silver Bank constitue un test majeur pour la crédibilité du système financier mauricien.

Ils interpellent directement le Premier ministre, l’appelant à agir pour établir les responsabilités, restaurer la confiance et éviter que ce précédent ne s’installe durablement. Sont aussi pointés du doigt Sattar Hajee Abdoula de Grant Thornton et Arvind Gokhool qui ont touché des honoraires, d’environ Rs 60 millions pour n’avoir rien fait. Le directeur de la Banque de Maurice d’alors Rama Sithanen est aussi dans le collimateur pour n’avoir pas agi sur les prêts toxiques de l’ordre de Rs 8,1 milliards, de même que Rajiv Ramcharitar, ex-Relationship Manager de Silver Bank accusé de blanchiment d’argent et d’autres cadres de la banque qui n’ont même pas été auditionnés.

Car au-delà des chiffres, préviennent-ils, c’est toute la confiance des citoyens dans les institutions qui est aujourd’hui en jeu. Ils appellent donc le PM à relancer une enquête complète sur SBL et de prioriser le remboursement des dépôts des épargnants individuels et qui voulaient s’assurer une fin de vie paisible!

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Silver Bank au Parlement mardi dernier 

Ramgoolam charge l’ancien GM et ses protégés,

mais ne pipe mot sur le sort des épargnants victimes

À l’Assemblée nationale, le Premier ministre Navin Ramgoolam a livré une charge sans précédent sur le dossier Silver Bank, évoquant un véritable « complot institutionnel » ayant conduit à l’un des plus graves scandales financiers du pays. Revenant sur l’origine de la crise, il a dénoncé l’octroi en 2021 d’une participation de 75% à Ginni Gupta, sans expérience bancaire, avec l’aval de la Bank of Mauritius alors dirigée par Harvesh Seegolam.

Le chef du gouvernement a également pointé des pratiques troublantes, dont un accueil VIP accordé à un proche de Prateek Gupta à l’aéroport, sur instruction politique du ministère des Finances de l’époque sous la houlette de Renganaden Padayachy. Sur le plan financier, les chiffres avancés sont accablants : près de 7,9 milliards de roupies auraient été siphonnées vers des entités liées à Gupta, tandis que 8,1 milliards de prêts sur 8,3 milliards sont aujourd’hui jugés non performants. À ce jour, seulement 209 millions ont pu être récupérés.

Le Premier ministre a aussi révélé que 3,55 milliards de roupies de fonds publics avaient été investies dans la banque afin, selon lui, de « gonfler artificiellement » son bilan. Deux arrestations ont déjà été effectuées pour blanchiment d’argent et une alerte Interpol lancée. Face à l’ampleur du scandale, il a promis de renforcer les capacités d’enquête et de traduire les responsables en justice.

Cependant, aucune indication précise n’a été donnée quant au sort des épargnants, pourtant directement touchés par ce naufrage. À ce stade, les victimes de ce qui s’apparente à un véritable pillage de leurs économies restent dans l’attente de mesures concrètes, sans visibilité sur un éventuel remboursement.

 

Un appel à toutes les victimes de la Silver Bank

à rejoindre le groupe animé par Gérard Portalis

À l’occasion d’un rassemblement citoyen tenu ce vendredi 10 avril 2026 devant les locaux de la Silver Bank à Ébène, un groupe de déposants individuels a lancé un appel public pour défendre les épargnants et réclamer la restitution intégrale de leurs dépôts bancaires. Face aux médias, le porte-parole du groupe, Gérard Portalis, a donné lecture des revendications adressées au gouvernement.

Les déposants ont voulu mettre en avant l’impact humain de la mise en liquidation de la banque, une décision qui plonge de nombreuses familles dans l’angoisse et l’incertitude. Pour eux, l’effondrement de la Silver Bank ne relève pas d’un simple accident commercial, mais du résultat d’un système profondément défaillant, marqué par des prêts toxiques estimés à quelque Rs 8 milliards.

Les manifestants rappellent qu’une partie importante des victimes provient déjà de l’ex-Banyan Tree Bank, avant sa reprise par Silver Bank. Ils évoquent environ Rs 1,4 milliard de dépôts détenus par des particuliers, souvent placés à terme à des taux normaux, aujourd’hui menacés. Ils dénoncent aussi le fait d’avoir découvert l’essentiel de l’affaire par la presse : comptes non-audités depuis 2021, transferts suspects, prêts massifs et absence de transparence.

Alors qu’aucun repreneur n’a pu réunir les fonds nécessaires, la décision du 30 mars ouvre désormais la voie à la liquidation. Les déposants disent attendre avec inquiétude la décision du liquidateur et de la Cour, tout en appelant d’autres victimes à se joindre à leur combat.

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