Gestion des chiens errants — Nouvelle offre de l’IAWPC au gouvernement mauricien : Le Vet Council réagit

Suite au courrier de l’International Animal Coalition (IAWPC) adressée récemment au Premier ministre Navin Ramgoolam avec copie au ministre de l’Agro Industrie, Arvin Boolell, rappelant que Maurice ne dispose pas à elle seule de l’expertise, ni du nombre suffisant de vétérinaires qualifiés pour mener un programme de stérilisation de masse efficace et éthique, tout en proposant à nouveau leur aide pour instaurer un programme durable basé sur des modèles ayant réussi dans d’autres pays, le Dr Swaley Abdoola, chairman du Veterinary Council, réagit, défendant la compétence des praticiens mauriciens.

Dans une correspondance dont nous avons reçu une copie, Les Ward, président de la coalition internationale IAWPC regroupant 83 ONG internationales, avait écrit : « Le pays ne compte pas suffisamment de vétérinaires qualifiés pour participer à un programme de stérilisation de masse, pourtant indispensable. Ce n’est qu’avec l’aide internationale que le gouvernement mauricien, s’il est réellement déterminé à résoudre ce problème, pourra s’attaquer de manière humaine au problème de la surpopulation canine. Un effort global, ciblé et soutenu est indispensable à sa réussite. Dans cette optique, la Coalition internationale pour la protection animale (IAWPC) et le World Veterinary Service (WVS) sont disposés à en discuter avec votre gouvernement. »

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Le Dr Swaley Abdoola, chairman du Veterinary Council, rejette lui l’idée d’une carence technique, soulignant que de nombreux vétérinaires locaux sont formés dans des institutions internationales et possèdent une solide expérience de terrain. Dans un droit de réponse qu’il nous a fait parvenir, il explique que le défi n’est pas le manque d’expertise, mais une sous-utilisation des ressources existantes. Selon lui, avant de faire appel massivement à l’étranger, les autorités devraient d’abord mobiliser l’ensemble des vétérinaires déjà présents sur l’île.

« L’affirmation selon laquelle le pays ne disposerait pas de l »expertise suffisante ni de vétérinaires locaux compétents mérite d’être nuancée. Maurice a la chance de compter sur un nombre significatif de professionnels vétérinaires hautement qualifiés, dont plusieurs ont été formés dans des institutions internationales reconnues et possédant une solide expérience de terrain. Au fil des années, des vétérinaires locaux y compris ceux des services gouvernementaux ont activement contribué aux initiatives de bien-être animal, notamment aux programmes de stérilisation et de contrôle de la population canine. Il est donc important de reconnaître que le défi ne réside pas nécessairement dans un manque d’expertise, mais plutôt dans la manière dont les ressources existantes sont exprimées au sein de la profession concernant le processus de sélection par la participation aux programmes actuels, plusieurs praticiens compétents ayant manifesté leur volonté de contribuer sans pour autant être sollicités. Une approche plus inclusive et transparente permettant d’optimiser l’utilisation des compétances locales disponibles. Le gestion des chiens errants à Maurice nécessite un effort concerté et coordonné impliquant toutes les parties prenantes : vétérinaires du secteur public et privé. En favorisant l’inclusion et en valorisant les compétences déjà présentes dans le pays, Maurice pourra renforcer efficacement sa réponse à ce défi persistant », écrit-il.

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80,000 chiens au cours des 12 premiers mois

Pour rappel, cette démarche de l’IAWPC fait suite à une proposition similaire faite en 2021 qui n’avait pas abouti, entraînant, selon la coalition, une perte de temps précieux dans la gestion de cette surpopulation canine. En effet, une première proposition avait été soumise par le World Veterninary Service (WVS) en juillet 2021 visant à stériliser massivement les chiens errants à Maurice. Cette proposition comportait plusieurs phases clés. L’association ambitionnait de stériliser, vacciner et identifier par puce électronique 80,000 chiens au cours des 12 premiers mois, afin d’avoir un impact initial significatif pour maîtriser le problème. L’objectif de la phase 2 serait de réaliser environ 5,700 stérilisations sur une période de 14 semaines concentrée autour du siège de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW). Deux semaines sur le terrain seraient consacrées à la formation des équipes et à la finalisation de la mise en place du projet, suivies de 12 semaines pour la mise en œuvre de la campagne. Les exigences comprenaient l’utilisation de la clinique MSAW, de la clinique mobile et des véhicules. Mais également l’autorisation pour faire venir des vétérinaires, des infirmiers vétérinaires et des personnes chargées de la capture d’animaux à l’étranger. Et la dérogation pour l’importation de médicaments et de matériel nécessaires au projet. La phase 3 consistait en un déploiement national, élaboré en collaboration avec le gouvernement mauricien une fois la phase 2 achevée, afin d’en permettre un déploiement rapide. L’expansion nationale avec la stérilisation de 74,300 chiens en 40 semaines, impliquant la mise en place de 8 hubs, chacun ciblant 50 chiens par jour, 5 jours par semaine. Le WVS souhaitait intégrer autant de vétérinaires mauriciens que possible dans le programme. Le CEO du WVS, Luke Gamble, avait confirmé que tous les coûts seraient pris en charge par le WVS, nécessitant uniquement un soutien logistique et les autorisations gouvernementales. Malgré une offre généreuse et entièrement financée, la MSAW avait rejeté les propositions du WVS, invoquant des raisons non spécifiées.

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En l’absence de réponse du gouvernement et après trois ans d’attente, le WVS a retiré son offre de soutien financier de 500,000 USD en octobre 2023. Les Ward, président de l’IAWPC, avait alors déploré le manque de transparence et d’engagement de la part de la MSAW. Il avait également noté que le refus des propositions du WVS – une organisation respectée mondialement pour ses programmes de gestion sans cruauté des chiens – était inexplicable et méritait une enquête indépendante.

Pour rappel, la coalition internationale IAWPC regroupe 83 plus grosses ONG dans le monde, parmi lesquelles la Fondation Brigitte Bardot (France), RSPCA(Royaume Uni), Soi Dog Foundation (Thailande), Worldwide Veterinary Service (Royaume Uni), World Animal Protection (Royaume Uni), WellBeing International (États-Unis), Blue Cross of India, International Animal Rescue (Royaume Uni), Animals Australia, Animals Asia Foundation (China).

Fondé en 2003, le WVS est une association caritative enregistrée au Royaume-Uni et aux États-Unis qui fournit une aide vétérinaire à des organisations à but non lucratif dans le monde entier. Le WVS a fait ses preuves dans de vastes programmes de gestion des populations canines pour le compte de gouvernements et d’ONG à l’international. La plupart des projets de cette association – qui semble posséder une solide expérience des Programmes nationaux de gestion des populations canines (PNGP) sur de nombreux continents, notamment en Afrique et en Asie (www.wvs.org.uk) – sont financés par des subventions, afin d’atteindre des objectifs définis par des protocoles d’accord avec des organisations partenaires et des gouvernements.

Chaque année, l’association forme plus de 1,000 vétérinaires lors de leurs programmes de formation chirurgicale de 12 jours, dépêche 2 à 3 équipes vétérinaires par mois pour assister des ONG dans le monde entier, expédient des colis médicaux et, en collaboration avec Mission Rabies, mène chaque année des campagnes de vaccination et de sensibilisation à grande échelle dans les villes où la rage est endémique. En six mois, le WVS a fait stériliser 20,000 chiens pour le gouvernement de Goa, en Inde.

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