Le cannabis comme pilier économique

SHANMUGA ALLAGAPEN

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Consultant en communication

Il ne faut pas se voiler la face : la légalisation du cannabis ne mettra pas fin à la progression des drogues de synthèse. Le succès de ces substances repose sur plusieurs facteurs : leur facilité de fabrication, leur prix dérisoire et un effet recherché par les consommateurs qui dépasse souvent toute logique. À tel point que même les nombreuses vidéos montrant les ravages de ces drogues sur leurs utilisateurs ne semblent pas les dissuader.

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Même si le cannabis était légalisé demain à Maurice, son prix de vente pourrait avoisiner les Rs 500 le gramme au minimum. Une cigarette vendue au détail coûterait alors entre Rs 80 et Rs 100. Les trafiquants de drogues synthétiques ou de drogues dures trouveront toujours un moyen de proposer des produits moins chers afin d’attirer une clientèle disposant de faibles revenus et à la recherche d’effets plus puissants que ceux procurés naturellement par le cannabis.

Les modèles du Canada, de l’Uruguay, de l’Afrique du Sud ou encore de la Thaïlande peuvent servir de source d’inspiration. Mais pourquoi Maurice ne pourrait-elle pas aller encore plus loin ?

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Il est temps de briser les tabous entourant une plante qui pousse facilement sous nos latitudes et dont certaines formes de culture légale existent déjà. Au lieu de concentrer le débat uniquement sur son usage récréatif, pourquoi ne pas s’intéresser à ses nombreuses autres applications ?

Le cannabis de type sativa, notamment, possède des fibres pouvant être utilisées dans l’industrie textile, la fabrication de sacs, la production d’huile, l’alimentation ou encore les cosmétiques. Son exploitation à grande échelle par le secteur privé pourrait générer des milliers d’emplois, renforcer notre autosuffisance dans certains domaines et stimuler les exportations mauriciennes.

Parallèlement, le gouvernement pourrait encadrer strictement la culture du cannabis à forte teneur en THC, notamment les variétés de type indica. Cette production devrait être placée sous un contrôle rigoureux de l’État et soumise à des mesures de sécurité élevées afin d’éviter tout détournement vers le marché noir.

L’objectif serait alors de créer un nouveau pôle touristique. Un produit unique, associé à une réglementation claire et responsable, pourrait attirer une clientèle différente de celle qui vient traditionnellement à Maurice pour ses plages et son climat. L’État pourrait encourager le secteur privé à investir dans des hébergements spécialisés à l’intérieur de l’île ou sur certaines îles périphériques, dans le respect des normes environnementales. Le développement du cannabis médical ainsi que la production de CBD à usage thérapeutique pourraient également constituer des secteurs prometteurs destinés aux marchés internationaux.

La question demeure toutefois : comment inclure les Mauriciens dans ce vaste projet ?

Ces deux pôles de croissance économique pourraient créer un nombre considérable d’emplois. Il faudrait construire des usines pour transformer les fibres de sativa, produire des vêtements, des sacs, des cosmétiques, des huiles et d’autres produits dérivés. De la culture aux laboratoires, en passant par les usines et les réseaux de distribution, ce secteur pourrait générer au minimum 10 000 emplois.

À cela s’ajouteraient les emplois liés à la culture réglementée de l’indica, à sa distribution contrôlée et au développement d’un tourisme spécialisé, soit potentiellement plusieurs milliers de postes supplémentaires ainsi que des recettes touristiques importantes.

Enfin, se pose la question de l’accès au cannabis récréatif pour les citoyens mauriciens.

Une approche responsable consisterait d’abord à modifier la législation afin de légaliser la consommation de cannabis à usage récréatif pour les adultes. Les consommateurs souhaitant accéder à ce produit pourraient être enregistrés dans un système national et obtenir une carte nominative leur permettant d’acheter une quantité limitée de cannabis chaque mois.

Les points de vente seraient exclusivement autorisés et contrôlés par l’État. La consommation serait limitée aux résidences privées ou à des établissements spécialement agréés. Afin de responsabiliser les usagers, des sanctions sévères pourraient être appliquées en cas de consommation dans des lieux non autorisés ou lorsqu’un mineur placé sous leur responsabilité est exposé à ces produits. Le trafic illicite de cannabis demeurerait, quant à lui, strictement interdit.

Des seuils légaux de THC pour la conduite et certaines activités à risque pourraient également être instaurés, accompagnés de contrôles réguliers afin de décourager les abus.

Un tel système n’éliminera probablement pas la consommation de drogues synthétiques ou de drogues dures. Toutefois, il pourrait contribuer à faire évoluer la perception de la consommation de substances psychoactives à Maurice et encourager une approche davantage fondée sur la réglementation, l’éducation et la prévention.

Certains avancent que le cannabis constitue une « drogue passerelle ». Pourtant, l’alcool et le tabac font eux aussi l’objet d’arguments similaires. Il ne faut pas oublier que la majorité des personnes ayant consommé du cannabis n’ont jamais nécessairement évolué vers les drogues dures. En définitive, la clé demeure l’éducation et la responsabilisation.

Maurice dispose aujourd’hui d’une occasion unique de réfléchir à son avenir économique. Plutôt que de limiter le débat à la seule question de l’usage récréatif, pourquoi ne pas explorer sérieusement les perspectives économiques, industrielles, touristiques et thérapeutiques qu’offre cette plante ?

Le reste suivra.

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