Alors que le gouvernement encourage les pêcheurs artisanaux à se reconvertir dans la pêche semi-industrielle, il accorde, en même temps, des permis aux bateaux étrangers pour la pêche démersale. Cette décision avait été prise sous l’ancien régime, en 2018. La présence de deux Charter Vessels du Sri Lanka dans nos eaux, depuis quelque temps, provoque la colère des pêcheurs locaux. Ils crient à la concurrence injuste et souhaitent que ce secteur soit mieux organisé, au lieu de livrer des permis aux étrangers à tour de bras.
La Mauritius Offshore Fishermen Co-operative Federation est montée au créneau pour dénoncer l’ouverture des bancs de Saya de Malha et de Nazareth aux bateaux étrangers. En 2018, le gouvernement avait pris la décision d’ouvrir ces zones de pêche, jusqu’alors réservées aux opérateurs mauriciens, aux bateaux étrangers. Cela avait soulevé un tollé chez les pêcheurs locaux et le projet avait été mis en veilleuse. Mais en décembre 2022, le ministère de la Pêche a émis un appel d’offres pour le développement de la pêche semi-industrielle des espèces démersales, vivant près des fonds marins.
Entre autres raisons avancées à l’époque, les opérateurs mauriciens n’avaient pas les équipements nécessaires pour ce type de pêche, de consolider la sécurité alimentaire et de limiter les importations. L’une des conditions attachées à ce type de permis, justement, était que les prises devaient être écoulées sur le marché local.
Pour la Mauritius Offshore Fisherment Co-operative Society, c’est une situation contradictoire. « Depuis quelques années, le ministère de la Pêche a mis en place un Scheme pour aider les coopératives de pêche à acquérir un bateau de pêche semi-industriel. Maintenant que nous avons déjà investi dans ce domaine, nous nous retrouvons face à la concurrence étrangère. Comment résister à cette concurrence avec nos moyens limités? Nous n’avons pas de bateaux industriels », fait ressortir Mohamedally Lallmamode, le porte-parole.
Auparavant, poursuit-il, les bateaux étrangers avaient des permis uniquement pour pêcher des espèces pélagiques tandis que les bancs étaient réservés aux opérateurs locaux : « Depuis quelque temps, il y a deux Charter Vessels du Sri Lanka qui sont en train de pêcher dans nos eaux. Il y en a quatre autres dans le port, qui attendent peut-être leurs permis. Alors qu’il y a déjà 35 opérateurs mauriciens qui pêchent sur ces bancs. »
Réorganiser le secteur
Mohamedally Lallmamode cite l’exemple des Seychelles, où les étrangers obtiennent des permis uniquement pour la pêche pélagique. « Il y a 12 autres sociétés coopératives comme nous, qui ont obtenu le Grant pour l’achat d’un bateau semi-industriel, au coût de Rs 63 726 541. Comment vont-elles faire face à la concurrence étrangère, sans expérience ? Cela risque d’être des projets mort-nés. »
Il ajoute qu’il y a déjà beaucoup de difficultés à garder la tête hors de l’eau avec le système en place. « Nous vendons ce qu’on appelle, les poissons chill. Après une campagne de 15 jours, maximum, nous avons un délai de trois jours pour écouler notre stock, une fois rentré au port. Avec le système en place, nous devons subir la loi des intermédiaires, qui imposent leurs prix.»
À ce jour, explique-t-il, le poisson « chill » est vendu à Rs 90 le demi-kilo aux intermédiaires, pour être ensuite revendu au prix double, dans les commerces : « Maintenant avec les bateaux étrangers, il y aura une plus grande compétition. Les intermédiaires vont nous pousser à baisser davantage le prix. Finalement, avec les coûts d’opération qui ont augmenté, nous n’arriverons plus à rentrer dans nos frais. »
La Mauritius Offshore Fishermen Co-operative Federation souhaite que le système soit réorganisé afin de permettre aux petits opérateurs de vendre leurs poissons directement au public. « Il y avait déjà un projet de Fish Auction Market. Le bâtiment est déjà là. Laissez-nous l’utiliser pour vendre nos poissons sans passer par les intermédiaires. Nous pourrons avoir un meilleur prix, et le consommateur aussi. Ce sera gagnant-gagnant. »
Mohamedally Lallmamode se demande également si les importations ont baissé, depuis que des bateaux étrangers pêchent sur nos bancs. Il estime qu’au lieu d’avoir recours aux étrangers, il aurait fallu consolider ce secteur. « On aurait dû former les jeunes pour la pêche semi-industrielle et leur offrir un salaire convenable. Il faut par exemple un Remuneration Order pour la pêche semi-industrielle, car celui concernant le Bank Fishing n’est pas adapté. »
Il regrette également que les pêcheurs artisanaux ne puissent s’engager pour les campagnes de pêche sur les bateaux semi-industriels, au risque de perdre leur Bad Weather Allowance. Ce qui explique qu’à ce jour, la main-d’œuvre dans ce secteur est principalement composée d’étrangers.
La Mauritius Offshore Fishermen Co-operative Society a déjà soumis ses propositions aux autorités pour la réorganisation du secteur.

