Faits et effets — SAP lor kal…

Navin Ramgolam a présenté son deuxième budget vendredi. Il a semblé un peu fatigué, malgré un maquillage discret visant à le présenter sous son meilleur jour. Le fait de se pencher pour lire son texte, parce que le pupitre aménagé était trop bas, a modifié sa voix et rendu son débit monocorde. Heureusement qu’Arvin Boolell, grand ambianceur à ses heures, ne s’est pas déhanché sur son Kayambo préféré, mais a lancé la série des « tap latab » pour réveiller des collègues, parfois au bord de l’endormissement.
Que dire des réactions ? Sans attendre de décrypter les fameuses annexes qui sont plus explicites et pleines de mauvaises surprises, certains avaient déjà commencé à jubiler à peine quelques minutes après la lecture du budget 2026/27. Or, au-delà du retour partiel à la pension à 60 ans et une redéfinition de l’Income Support, de nombreux pensionnaires ont scruté les chiffres réels et, là, ils sont carrément tombés des nues.
L’année dernière, c’était le fameux refrain « sap dan karay, tom dans dife » entonné en chœur après le budget, voilà que c’est le « SAP lor kal » que l’on entend un peu partout après le remplacement du Basic Retirement Pension par un State Age Pension (SAP) à la formulation compliquée.
Avec un Premier ministre qui cumule aussi le ministère des Finances, ce n’est pas le décideur qui assure le service après vente mais quelques vendeurs qui ont appris leur partition par cœur et qui le répètent, alors que les interrogations légitimes sont diverses et variées. Pas étonnant que le petit déjeuner post-budgétaire n’ait pas attiré, hier, la grande foule, à part les conseillers de Navin Ramgoolam et les habituels pontes du secteur privé.
Toujours est-il qu’après avoir fait leurs calculs, de nombreux pensionnaires ont découvert avec effroi qu’ils ne seraient plus éligibles à la pension, un ciblage sophistiqué devant désormais s’appliquer. Tout cela fait avec une froideur et un déficit de communication pires que ce que fut la fin de la pension à 60 ans l’année dernière.
Encore qu’à cette époque, avec les chiffres absolument effarants de l’héritage économique laissé par le MSM révélés par le nouveau gouvernement, il y avait, en cette période de grâce post 60/0, une certaine indulgence vis-à-vis de la méthode radicale choisie par le PM et ministre des Finances.
Un comité d’experts a planché sur la réforme de la retraite depuis. Dans un souci de transparence et d’une ouverture à la société civile, de larges consultations ont été entreprises pour mieux cerner les attentes populaires et les suggestions de tous les intéressés. Mais voilà qu’après tout cet exercice, et alors qu’aucun document ou recommandation n’a été rendu public pour l’information générale, le gouvernement vient avec une nouvelle formule.
Ceux qui ont travaillé et qui ont investi dans des pensions privées verront leurs revenus examinés à la loupe et tomber dans la catégorie des riches dès que le chiffre dépassera individuellement les Rs 50,000, qui, en plus, n’est plus que les Rs 30,000 d’il y a quelques années.
Considérer comme revenu leur pension privée à laquelle ils ont contribué pendant une vie professionnelle entière, tandis que ceux qui perçoivent des dividendes parfois conséquents et qui ne s’acquittent d’aucun impôt, hérissent plus d’un. C’est apparemment la nouvelle version de la justice fiscale.
Lorsqu’on regarde de plus près les chiffres du paiement de la pension et de ce que cela coûtera dans le prochain exercice financier et au-delà, on voit bien que ce qui sera pris aux pensionnaires est assez volumineux.
C’est pas que le statu quo devait être maintenu coûte que coûte, mais une bonne campagne d’explications en amont sur le chiffre de Rs 50,000 plutôt que Rs 60,000 ou Rs 70,000, un changement gradué et progressif aurait, sans doute, aidé les nouveaux exclus à comprendre la logique derrière la décision annoncée.
À ce titre, tous les pensionnaires auraient bien voulu entendre le ministre de la Sécurité Sociale et de la Solidarité Nationale sur la nouvelle formule. On a vu à la télévision qu’il agitait beaucoup des mains et qu’il arguait avec son voisin l’Attorney General Gavin Glover pendant que le PM égrenait ses mesures.
Est-il satisfait ou lui a-t-on fait de nouveau un enfant dans le dos ? Il serait d’autant plus intéressant de connaître la position d’un dirigeant de Resistanz ek Alternativ que, dans un passé pas trop lointain, il récusait formellement toute forme de ciblage, son argument, pas si infondé que ça, étant que le fisc récupérait une partie des sommes allouées. Un ministre qui dit avoir de fortes convictions et qui affirme être au gouvernement pour peser sur les décisions qu’il prend devrait offrir aux Mauriciens un début d’explication sur un sujet qui concerne son ministère au premier chef. Mais les récents événements nous ont appris qu’il ne faut pas trop compter sur ceux qui viennent de découvrir les délices du pouvoir et qui ne sont pas prêts à les abandonner.
Pour le reste du budget, il y a l’intelligence artificielle brandie comme un étendard, mais pas grand chose sur ce qui boostera une croissance famélique à 2,5% en 2026. Sinon, encore et toujours des travailleurs étrangers et le tapis rouge pour les cadres fortunés et les rentiers venus d’ailleurs avec, cette fois, leurs propres employés de maison.
Et si les logements construits sous l’ancien gouvernement sont alloués au compte goutte et que certaines structures commencent déjà à prendre un coup de vieux, faute d’occupants pour les entretenir, on nous annonce un nouveau programme de construction pendant que l’eau et l’électricité restent des secteurs sous tension.
Pouvoir d’achat ? Soulagement avec ces quelques produits supplémentaires qui bénéficieront d’une subvention ? Mais quelqu’un se souvient encore qu’il y a seulement quelques semaines, le pain, le gaz, l’essence ainsi que l’électricité avaient augmenté, grevant le budget des ménages, et que le taux d’intérêt révisé a affecté le budget de la classe moyenne ? C’est décidément la proie préférée lorsqu’il s’agit de procéder à des tontes profondes !

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