VIH/SIDA : Un hommage rendu à Malini au nom de toutes les Mauriciennes victimes de discriminations

Nicolas Ritter : « Mo touzour an koler ek tris ! Toutes ces années se sont écoulées, et pourtant la stigmatisation et l’ignorance perdurent partout »

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– Achagar S. Maistry : « Sak semenn mo pe anter bann zenes ki pe mor par overdoz »

Ce mercredi 17 juin, pour la première fois en 21 ans, une cérémonie et un temps de parole ont été organisés pour marquer la mémoire de Malini Veeramalay. Cette jeune femme est, à ce jour, l’unique Mauricienne à avoir déclaré publiquement vivre avec le sida.

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Ce qui, pour elle, était un acte de courage, lui valut d’être chassée de chez elle et rejetée par sa famille et ses proches. Malini Veeramalay mourut, le coeur brisé, le 17 juin 2005. Ses funérailles furent célébrées par des travailleurs sociaux qui l’avaient accompagnée. Elle eut droit comme adieu à une prière que Cadress Rungen, pas encore diacre à l’époque, lut sur sa tombe. Ses parents et proches étaient présents au cimetière de Petite-Rivière mais préférèrent rester loin de sa tombe.

Mercredi 17, au cimetière, autour de l’achagar Soondarajen Maistry, amis, travailleurs sociaux, personnes vivant avec le VIH (PVVIH) sont venus rendre hommage à Malini. Outre une prière pour la paix de son âme, l’achagar Soondarajen Maistry a souhaité attirer l’attention des politiques sur plusieurs aspects entourant le parcours malheureux de Malini, notamment la stigmatisation et le rejet. Et il a évoqué le problème grandissant des drogues dans notre pays. Nicolas Ritter, membre fondateur de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida) et premier Mauricien à avoir déclaré publiquement vivre avec le VIH, et Marlène Ladine, ancienne directrice de La Chrysalide, étaient également présents.

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Nicolas Ritter a ainsi exprimé, une nouvelle fois, ses sentiments, sans ambages : « Je suis très triste et très en colère. Vingt et un ans se sont écoulés depuis la mort de Malini dans les circonstances que nous savons. Et 21 ans plus tard, malgré quelques progrès réalisés par les gouvernements qui se sont succédé, malheureusement, la discrimination, la stigmatisation envers les PVVIH, les maltraitances par ignorance de la question perdurent. Et je dirais même qu’elles s’accentuent. Kouma kapav dan enn pei kot ena tou, ki enn pei devlope, kot dimounn ena ledikasion, linformasion, me dimounn zot mantalite, ki li dan lopital ou dan lari, na pa oule sanze ? En 2026, quand un PVVIH se rend à l’hôpital, médecins, infirmiers et aide-soignants se permettent de toiser ce patient, de s’adresser à lui avec arrogance, avec mépris et en disant haut et fort qu’il s’agit d’un porteur du sida, comme si cette personne allait tuer/contaminer tous ceux autour d’elle ! Je ne généralise pas. Beaucoup de membres du corps médical ont de bonnes manières et de la compassion pour les PVVIH autant que les malades d’autres pathologies. » Dans la même veine, a continué M. Ritter : « D’où vient toute cette haine déversée ? J’ai lu les commentaires sur les réseaux sociaux à l’issue de la Marche des Fiertés le samedi 13 ? Pourquoi toute cette violence ? Verbale, physique, psychotique, et surtout envers les malades, les faibles, les démunis ? »

Pour Nicolas Ritter, il est grand temps que « nous tous, citoyens, agissions. Puisque ceux qui sont aux commandes du pays n’arrivent pas à faire changer la donne, il nous revient d’agir, de prévenir, de continuer à informer et éduquer, de prouver qu’un malade du sida n’est pas une menace mortelle. Que, comme Malini qui ne réclamait que ses droits de vivre libre, avec sa condition médicale, chaque Mauricien mérite sa place et ses traitements en toute justice ! »

Le 17 juin 2005, Malini Veeramalay s’éteignait, loin de ses parents et proches, qui l’avaient rejetée, parce qu’elle avait contracté le VIH et parce que, dans sa grande innocence et naïveté, Malini en avait parlé, ouvertement, publiquement, sur des estrades nationales – lors de la commémoration nationale de la World AIDS Day, le 1er décembre, au centre des conférences de Grand-Baie, à la télévision nationale, alors qu’elle était interrogée par feu Ravind Bacchoo, et dans les journaux de l’époque.

Pour Malini, son geste se voulait un acte de bravoure, de courage, de solidarité, pour encourager d’autres Mauriciens, femmes et hommes, à ne pas avoir honte d’être malades. Jeune fille des régions rurales, elle avait compris que la maladie qu’elle avait contractée, elle ne l’avait pas cherchée, et elle avait accepté de vivre avec. De se faire traiter, et d’avancer dans la vie. Elle souhaitait, qu’en parlant librement, donner à d’autres le courage qu’elle avait. Mais pour les siens, parents et proches, Malini avait commis un grand péché. Elle avait jeté la disgrâce, le déshonneur sur eux. Résultat, en rentrant chez elle, le soir de son “disclosure”, Malini fut chassée de sa maison familiale. Famille, voisins et proches, ceux-là mêmes qui la couvaient d’amour, d’affection et de protection depuis son enfance, lui jetèrent la pierre et la jetèrent à la rue, sans aucune considération.

Meurtrie mais courageuse, elle s’en remit aux travailleurs sociaux dont elle avait fait connaissance. Elle trouva ainsi refuge au centre La Chrysalide. Malini n’était ni une travailleuse du sexe, ni une usagère de drogues injectables. Son combat ne faisait que commencer. Mais la dureté de l’incompréhension, du rejet et de l’indifférence de tous ceux qu’elle aimait eurent raison de sa joie de vivre. Graduellement, malgré les traitements, des soucis de santé ponctuèrent sa vie. À La Chrysalide, reprend Marlène Ladine, directrice du centre à l’époque : « Malini ti fer nou tou dekouver enn lot zwa de viv. Elle avait une chanson indienne qu’elle fredonnait tout le temps. C’était une chanson gaie. Elle répandait tellement d’amour autour d’elle que tout le personnel avait appris la chanson et on l’accompagnait toutes ! » Marlène Ladine rappelle avec fermeté et tristesse : « Mais au final, son cœur était brisé. Elle cachait bien derrière ses larmes, sa peine immense. Et ce n’est pas le sida qui l’a tuée, mais bien cette indifférence, ce manque total d’amour, de compassion et d’affection de ceux qu’elle portait tout le temps dans son grand cœur. Car jusqu’à la fin, quand nous l’emmenâmes à l’hôpital où elle poussa son dernier souffle, Malini ne disait encore et toujours que du bien de sa famille et ses proches. Et le plus dur, c’est qu’elle croyait sincèrement, jusqu’au bout, qu’ils reviendraient vers elle et l’accepteraient… »

Au cimetière de Petite-Rivière, ce mercredi 17, et à La Chrysalide, à Bambous, tous avaient la larme à l’oeil. Impossible de rester de marbre quand on découvre le parcours sinueux et semé d’embûches d’une jeune Mauricienne qui ne demandait qu’à vivre. L’idée de rendre hommage à cette unique Mauricienne qui a déclaré sa séropositivité revient à l’ex-journaliste, et aujourd’hui directeur des Communications stratégiques de PILS, Jacques Achille. Dans son intervention, Nicolas Ritter a salué cette initiative et souhaité que cet événement fasse école. « Pour qu’il n’y ait aucune autre Malini. Et que surtout, toutes les Malini qui sont contraintes à vivre en silence, isolées, dans la peur, peuvent trouver un peu de courage et venir se faire soigner. »

 

Ils ont dit…

ACHAGAR S. MAISTRY :

« Bizin dekret leta dirzans ladrog dan pei  »

« Li pa posib ki sak semenn mo pe anter bann zenes ki pe mor par overdoz ! Inn ariv ler gouvernma dekret leta dirzans lor ladrog dan nou pei. Si nos décideurs politiques sont encore hermétiques ou indifférents à tout ce que nous, population et religieux, sommes témoins, c’est-à-dire la quantité de jeunes et moins jeunes qui sont piégés par les drogues partout – sur leurs lieux de travail, à l’école, sur la route, les places publiques –, il est grand temps que nous agissions ! J’ai personnellement participé à toutes les campagnes que le Groupe A de Cassis a menées dans différentes régions de l’île il y a plus d’une dizaine d’années. Aux côtés de Cadress Rungen et du père Gérard Mongelard, nous allions dans les quartiers où prolifèrent les marchands de drogue et nous parlions aux habitants. Monn fer mem zafer ek Ally Lazer, Imran Dhanoo ek lezot travayer sosial “bien committed”. Kit fwa inn ler nou rekoumans fer meeting partout si gouvernma pa oule bouze ! »

KUNAL NAIK (CEO de la NADC) :

« Nou pe fer seki nou kapav »

« Je suis conscient des attentes énormes et multiples que les Mauriciens ont de la NADC. Nous vous rassurons que nous ne perdons nullement notre temps. Nous avons mille et un projets pour faire avancer les choses. Seulement, il faut comprendre que nous avons des obstacles administratifs. Nou pe fer seki nou kapav. »

MEYDESY SOPHIE (La Chrysalide) :

« Il y a beaucoup d’autres Malini qui souffrent »

« Vingt et un ans se sont écoulés, mais je regrette qu’aujourd’hui encore il y ait beaucoup d’autres Malini qui souffrent en silence et seules. Ici, à La Chrysalide, nous accueillons des Mauriciennes qui ont des problèmes avec des substances. Cela peut être les drogues, mais il y a aussi l’alcool, le tabac et d’autres formes d’addiction. Mais je trouve regrettable que dès qu’il s’agit de drogues et de VIH, les victimes soient brutalement rejetées et sans aucune considération. Mon message à celles qui souffrent : nos portes vous sont ouvertes. »

SARAH SOOBHANY (MOH) :

« Il n’y a hélas pas de relève pour le traitement »

« Nous sommes fatigués ! Mes collègues et moi qui avons choisi d’être auprès des Mauriciens et Mauriciennes malades des drogues et vivant avec le VIH, nous sommes tristes de constater que, quand nous cherchons qui seront les prochains qui prendront le relais quand nous partirons, il n’y a… personne ! Je pars moi-même à la retraite cette année. Et je suis très découragée que personne, dans les jeunes générations dans notre métier, ne s’intéresse à venir s’engager. PVVIH et victimes des drogues sont des patients comme les autres qui méritent notre attention, que l’on soit là pour eux et pour pas qu’ils se sentent seuls et rejetés… comme Malini. Et il y a tant d’autres patients qui, nous le voyons, sont livrés à eux-mêmes. Ils n’ont que nous et quelques travailleurs sociaux qui “care” pour eux… »

SIEGFRID SAMUEL (travailleur social chez APPEL) :

« Victime de préjugés quand je me suis engagé  »

« J’ai connu et accompagné Malini pendant un bon moment… Elle était une jeune femme pleine de vie, avait beaucoup d’humour, était très sensible, et avait un cœur immense. Elle aimait et voulait croquer la vie à pleines dents. Et j’ai toujours encore très mal de revoir ses parents et proches qui, le jour de son enterrement, ne voulaient pas se rapprocher de nous près de sa tombe… J’ai été moi-même victime de préjugés quand je me suis volontairement engagé dans ce combat. Je me suis entendu dire : “Be to ena sa malad la twa ?” Cela m’a fait beaucoup de peine. Mais j’ai surmonté cela et j’ai grandi avec de l’expérience. Me mo sagrin ki zordi zour, avek tou seki nou Ong finn fer depi komie lane, dimounn pankor konpran, pankor realize bizin eder, kontan nou prosin ek amenn inpe lamour dan lavi sakenn… »

DR DEVI SOYJAUDAH (Ex AIDS UNIT, responsable comité HIV de la NADC) :

« Il y a hélas trop de Malini dans le pays »

« Je n’ai pas connu personnellement Malini. J’ai suivi et appris son parcours. De mes passages à l’AIDS Unit et au National AIDS Secretariat (NAS), j’ai un constat très amer : il y a hélas trop de Malini dans le pays ! Dans sa grande innocence et simplicité, cette jeune Mauricienne pensait bien faire et s’est attiré la haine et le rejet. À tel point que depuis son exemple, aucune autre femme – ni homme non plus ! – n’est venue de l’avant pour dire publiquement vivre avec le virus. C’est regrettable qu’en 2026 Maurice ait des citoyens et même des personnes occupant des postes de responsabilité qui pensent de cette manière. Je constate, cependant, que quelques femmes – parce que mères et qu’elles ont cette sensibilité différente – font l’effort d’être à l’écoute de leurs enfants, qu’ils aient une orientation sexuelle différente, atteints du VIH, piégé par les drogues… C’est déjà un bon début ! »

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