Tour d’horizon : Réforme du système de pension : le coup d’éclat du PM

Les débats budgétaires promettaient d’être houleux, dominés par la très controversée réforme du ciblage de la pension de base. Mais coup de théâtre avant même l’ouverture des hostilités parlementaires : le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a annoncé le gel de cette mesure phare qui figure dans le budget 2026-27. Il a justifié cette décision par la nécessité de prendre en compte les inquiétudes exprimées par la population depuis la présentation du grand oral et après consultations urgentes avec des ministres de son cabinet.
En temps normal, reculer sur une décision d’une telle envergure exige de longues tractations et de douloureux compromis. Ici, le rétropédalage a été fulgurant, coupant littéralement l’herbe sous le pied de l’opposition. Pour les bancs adverses, le diagnostic est très sévère: le gouvernement a fait preuve d’amateurisme en revenant aussi brusquement sur sa propre copie. Ce revirement soulève des questions légitimes. Cette décision a-t-elle été prise de manière véritablement éclairée et raisonnée, ou le gouvernement a-t-il simplement cédé sous la pression de ses partenaires politiques ?
Malgré les conséquences anticipées sur le déficit budgétaire et la dette publique, ce gel comporte une indéniable dimension rassurante. Tous les citoyens mauriciens conservent leur droit au même plan de pension, qu’ils perçoivent Rs 14 400 ou Rs 50 000 par mois. C’est un immense soulagement pour la classe moyenne, souvent prise en étau. Toutefois, il est crucial que ceux dont les revenus sont de Rs 14 400 soient très variables ne soient pas traqués ou harcelés par l’administration si, par l’effort, leurs revenus mensuels viennent à dépasser légèrement ce cap.
Cependant, le maintien de cette universalité pose une question morale incontournable. Les citoyens bénéficiant de salaires très élevés ne devraient-ils pas, par sens des responsabilités, refuser volontairement cette pension ? À partir de quel niveau de revenu cette démarche citoyenne devrait-elle s’appliquer ? Cet argent, s’il était réalloué, pourrait être utilisé de manière beaucoup plus profitable pour soutenir les plus démunis et consolider les finances du pays.
Dans cette architecture financière, le gouvernement a manifestement cherché à équilibrer ses tâtonnements par des signaux forts en matière de justice sociale. Parmi les mesures annoncées, certaines tranchent par leur caractère résolument progressiste et viennent bousculer les codes traditionnels du monde du travail mauricien.
C’est particulièrement frappant concernant les droits des femmes. L’introduction du congé menstruel constitue une avancée majeure. Encore faudra-t-il définir les modalités pour son application. Les congés parentaux sont aussi bien accueillis. L’État fait preuve de modernité et valide un véritable enjeu de santé publique. Toutefois, la vigilance restera de mise. Son application exigera une grande pédagogie pour s’assurer que ce nouveau droit ne devienne pas, paradoxalement, un motif de stigmatisation à l’embauche dans le secteur privé.
Dans le même souffle d’équité, la fin des privilèges pour les élus marque un retour à la normale. Les parlementaires, qui bénéficiaient d’une pension automatique après avoir servi pendant deux mandats, devront désormais attendre l’âge de 65 ans, comme n’importe quel citoyen, pour y avoir droit. Une correction de tir qui était très attendue.
Alors que les débats parlementaires se poursuivent ce mardi et jusqu’à la fin de la semaine – avec déjà une vingtaine d’interventions au compteur lundi –, une évidence s’impose. La performance économique d’un pays ne peut se construire durablement en ignorant le bien-être de ses citoyens. En attendant le Finance Bill, l’enjeu de cette année sera de trouver la formule juste : assurer un développement économique robuste et créer de la richesse, tout en protégeant les plus vulnérables de notre société, un équilibre d’ailleurs vivement recommandé par le FMI et la Banque mondiale.
Jean Marc Poché

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