Après 37 ans de lutte contre les addictions : Le Centre de Solidarité s’attaque à un nouvel ennemi : les mots

Le Centre de Solidarité lance Language Matters, une initiative qui remet en question le vocabulaire utilisé à Maurice pour parler des addictions et invite toute la société à repenser son regard sur les personnes concernées.

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Pendant près de quatre décennies, le Centre de Solidarité (CDS) a accompagné des milliers de personnes confrontées à l’usage problématique de substances. Aujourd’hui, l’institution estime qu’un autre chantier, plus discret mais tout aussi déterminant, mérite d’être ouvert : celui du langage.

À l’occasion de la Journée mondiale contre l’abus et le trafic de drogues, célébrée ce 26 juin, le CDS lance officiellement Language Matters, une campagne nationale qui entend provoquer une réflexion collective sur les mots employés quotidiennement pour parler des addictions, de la réhabilitation et des personnes concernées.

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Les mots ne sont jamais anodins 

Car avant même un traitement, un accompagnement ou une politique publique, il y a les mots.Et ces mots ne sont jamais anodins.

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Pendant des années, des expressions comme drogué, toxicomane, ex-toxicomane, zombi ou encore fimer brown se sont installées dans le vocabulaire courant, les médias et parfois même dans les milieux professionnels. À force d’être répétées, elles finissent par façonner une réalité où une personne n’est plus définie par son parcours, mais uniquement par sa consommation.

Pour le Centre de Solidarité, cette manière de nommer les individus produit des conséquences bien réelles. Elle influence le regard de la famille, celui des professionnels, des employeurs, des institutions et parfois même celui que les personnes portent sur elles-mêmes.

Après trente-sept années d’expérience sur le terrain, le CDS considère qu’il est temps d’élargir le débat.

« Pendant longtemps, les discussions autour de l’usage de substances se sont concentrées sur les comportements, les produits, les services ou les politiques publiques. Ces dimensions demeurent essentielles. Mais après plusieurs décennies de travail sur le terrain, nous pensons qu’il est également nécessaire d’examiner le langage qui structure ces réalités. Les mots influencent les perceptions, orientent les décisions, façonnent les pratiques professionnelles et peuvent avoir un impact direct sur la manière dont l’accompagnement est proposé », explique Urvashi Dabysing, Managing Director du Centre de Solidarité.

Ne pas  réduire une personne à une étiquette 

L’objectif de Language Matters n’est pas de rendre le discours plus politiquement correct ni de minimiser la gravité des dépendances. Au contraire. L’initiative propose de parler des situations avec davantage de précision et de rigueur, sans réduire une personne à une étiquette qui résume toute son existence.

Pour le CDS, une description plus juste permet une compréhension plus juste, laquelle ouvre la voie à des réponses plus efficaces, plus humaines et mieux adaptées.

Cette réflexion dépasse largement le secteur spécialisé de l’addictologie. Elle concerne aussi les professionnels de santé, les travailleurs sociaux, les enseignants, les journalistes, les décideurs publics, les familles et, plus largement, l’ensemble de la société.

Afin d’alimenter ce débat, la campagne réunira pendant dix jours des psychologues, des professionnels de terrain, des représentants d’institutions, des partenaires internationaux, des organisations de la société civile, des parents ainsi que des personnes engagées dans un parcours de rétablissement. Chacun partagera son expérience afin d’illustrer comment le langage peut, selon les circonstances, enfermer ou au contraire favoriser la reconstruction.

Le point de départ d’une nouvelle approche

Au-delà de cette première campagne, Language Matters se veut le point de départ d’une démarche appelée à s’inscrire durablement dans les pratiques professionnelles, les institutions, les médias et les espaces publics.

Fondé en 1988, le Centre de Solidarité est aujourd’hui l’une des principales institutions mauriciennes spécialisées dans le rétablissement à long terme des personnes confrontées à l’usage problématique de substances. Son programme résidentiel, accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, s’appuie sur les approches Projet Homme et Communauté thérapeutique. Avec Language Matters, le CDS ajoute désormais une nouvelle dimension à son engagement : transformer les regards en commençant par transformer les mots.

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