Le Curepipe d’hier et d’aujourd’hui (IX) : Une longue liste de concessionnaires

Dans ce volet, nous déroulons la liste des concessionnaires qui ont obtenu des terres dans les limites aujourd’hui faisant partie de Curepipe. Commençons par le dénommé Étienne Colas. « Étienne Colas reçut en concession un terrain de 312 ½ arpents en 1757. Sa veuve, née Marguerite Elizabeth Guyomar, épousa en quatrièmes noces François Louis de la Gonivière de Beuvrigny, capitaine du régiment de Cambrésis. Cette concession est bornée au sud par la rue Pope Hennessy et englobe une partie du Trou-aux-Cerfs. » (Histoire de Curepipe des origines à 1890 de Guy Rouillard).

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La concession en question sera acquise par Antoine Rivaltz de Saint-Antoine « qui s’en rendit acquéreur le 11 octobre 1786 ». (Idem) Qu’adviendra-t-il de cette concession par la suite ? « Après avoir appartenu à ses héritiers, une partie de ces terres passa à Louis Raoul en 1865. L’autre partie de 156 arpents fut vendue à Joseph Laporte et à Jeanne Sornai. »
Le baron d’Unienville nous dit : « Sur l’habitation Delane qui fut un des propriétaires, il y a un trou en cône renversé d’environ 10 a. d’étendue et fort profond, n’ayant de l’eau que dans les temps de pluie… le Trou-aux-Biches (manifestement le Trou-aux-Cerfs)… Une des plus remarquables ouvertures en cône renversé est celle dite de Trou Takamaka à Cancaval. »

Le domaine de la Mare-aux-Joncs concédé en 1757

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« Le domaine de la Mare-aux-Joncs qui occupait une superficie de 625 arpents avait été concédé en 1757 à Pierre Colas de Berville, officier d’infanterie, et Charles François Lamy. Il fut la propriété de J.B.F. Le Maître de Maulu puis celui d’Antoine Rivaltz de Saint-Antoine. Après la mort de ce dernier en 1799, le bien fut partagé entre ses héritiers dont sa veuve, qui épousa Joseph Airolles. Celui héritier prit pour sa part les cinq cents arpents de la Mare-aux-Joncs proprement dit. Le lieu était en partie déboisé et 180 arpents étaient cultivés en cannes en 1870.

Jean Chauvin se rendit acquéreur du domaine de la Mare-aux-Joncs le 15 juillet 1858. Il devint par la suite le seul propriétaire de la Mare-aux-Joncs. « Après plusieurs transactions, une partie des terres, soit 500 arpents, furent achetées par Jean Baptiste Camoin et César Nègre pour agrandir le domaine sucrier du Mesnil. La famille Giquel en fut propriétaire à partir de 1820. En 1857, « il fit plusieurs distractions y compris 13,54 arpents au Gouvernement en vue de la construction de la ligne de chemin de fer et de la gare de Curepipe ». Chauvin fit aussi don des terres pour des besoins religieux.

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Ainsi, « deux arpents furent offerts au Diocèse catholique pour la construction d’une église et 2,11 arpents aux religieuses du Bon et Perpétuel Secours ». Le terrain offert au Bon et Perpétuel Secours « était séparé de celui de l’église par la route Royale ».

Le lieu correspond aujourd’hui à « la Place Elizabeth II ».

Que se passe-t-il peu avant et après la mort de Chauvin? « Après diverses amputations, le domaine de la Mare-aux-Joncs était réduit de 447,92 arpents quand Jules Chauvin mourut célibataire le 17 octobre 1866. » Son héritage passera à qui de droit. « Ses héritiers étaient ses soeurs Félicie, épouse divorcée d’Adrien Blancard et Léoncine, madame Paul Bohler. » Quant à son frère Henri, il renonça à la succession.

Trente personnes s’associent

« Le 20 novembre et le 24 décembre 1867, trente personnes se groupèrent pour acheter conjointement les terres de la Mare-aux-Joncs. Celles-ci furent disposées comme suit : 151,69 arpents de 625 arpents furent morcelés en 30 lots, que se partagèrent par tirage les copropriétaires. » Nous présentons une liste partielle de ces copropriétaires, à commencer par l’abbé Commerford qui « choisit le No. 8 situé à proximité de l’Église projetée, en vue de la construction de la cure ».

Éventuellement, le Couvent de Lorette fut construit sur l’autre partie du terrain. Venons-en au lot No. 9 qui « fut adjugé à Auguste de Chasteauneuf ». La rue qui porte le nom de ce dernier « en formait une des limites ».

Le lot No 14 alla à Frédéric Robert contre « une contribution de 3000 piastres ». Sur ce lot No. 14 « se trouvaient les principaux bâtiments de la propriété de la Mare-aux-Joncs ». C’est là que se situe aujourd’hui la Nouvelle Clinique Ferrière. Quant à la majeure partie du No.20, allouée à Émile Sandapa, « aujourd’hui la propriété de M. Maxime Raffray, une des plus belles de Curepipe ».

La pratique concessionnaire se poursuivit dans les années 1870. Ainsi, « le lot No. 28 échoua à Alfred Bétuel, qui le vendit à Jacques Jules Levieux. La terre passa ensuite à Georges Bourguignon, qui en 1871 fit tracer le plan de son jardin par A. Rampant, l’architecte de la première église Sainte-Thérèse du château de Labourdonnais. M. Bourguignon qui construisit une écurie en pierres de taille possédait un bel attelage, mais lui-même habitait une cabane en attendant de construire sa maison, dont l’emplacement figure sur le plan. Ayant perdu sa fortune, il ne réalisa jamais ce projet.

C’est Édouard Espitalier-Noël qui, devenu propriétaire des terres, fit construire une charmante maison en pierres de taille en 1939. À l’aide du plan Rampant, il releva l’ancien tracé du jardin que l’on peut admirer dans son état d’origine, cent vingt ans après ».

« Nous retrouvons jusqu’à nos jours des descendants des copropriétaires de la Mare-aux-Joncs occupant la terre de leur ancêtre. Parmi ceux-ci, notons les membres des familles Lagesse, Humbert et Clarenc, descendants d’Alphonse Lagesse (lot No.6). La famille Ritter est propriétaire d’une partie du lot No. 26 que leur ancêtre James Vallet acheta de Me Georges Rougier Lagane en 1870. Juste en dehors des limites du morcellement de la Mare-aux-Joncs Amédée Poupard acheta, en 1868, des terres (desservies aujourd’hui par la rue Gustave Bestel) appartenant encore à certains de ses descendants.

Le démembrement du domaine

« Mais revenons au démembrement du domaine de la Mare-aux-Joncs. Le Gouvernement fit pour Rs 12,200 (Rs 437 l’arpent) l’acquisition de 258,23 arpents, dont 26,53 furent consacrés à la création du Jardin de Curepipe. À côté de celui-ci des terres furent utilisées à des plantations de quinquina (dont l’écorce était utilisée à la fabrication de la quinine), puis à celle du mûrier, en vue de l’élevage des vers à soie.

Cent onze arpents passèrent le 26 mai 1875 au Ministère de la Guerre britannique, afin d’y construire des casernes. Ces terres furent échangées contre le terrain et les bâtiments de la Garde et ses dépendances se trouvant sur la Place d’Armes, Port-Louis (c’est là que se trouve aujourd’hui l’Imprimerie du Gouvernement) ainsi que les terrains et bâtiments militaires de Souillac, aujourd’hui magistrature et station de police.

Alphonse Lucas ayant été le promoteur des développements de la Mare-aux-Joncs reçut, en reconnaissance de ses peines, un lot de 40 arpents. Ces terres sont aujourd’hui desservies entre autres par la rue Auguste Esnouf. »

Légendes
1.Photo 1 Plan du morcellement de la Mare-aux-Joncs

2.Photo 2 Jardin tracé par A. Rampant en 1871. Aujourd’hui, propriété de M. Philippe Espitalier-Noël

3.Photo 3 Vue du jardin de Curepipe en 1892 (d’après une aquarelle de Xavier Le Juge de Segrais)

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