– Des rapports falsifiés soumis à l’ancien conseil d’administration pour imposer des deals de vente et d’achat d’avions
– Des fonds de sauvetage auraient été « détournés » pour rembourser des créanciers étrangers, ainsi que SBM Holdings
La Forensic Investigation indépendante, confiée à Kroll Middle East Consultancy Ltd à la demande du gouvernement, sur la vente et la location des avions par Air Mauritius (MK), de 2014 à 2024, a dévoilé des éléments extrêmement troublants. C’est ce qu’a indiqué le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui répondait à une interpellation du député Nitin Beejan. Non seulement la compagnie aérienne nationale a enregistré d’énormes pertes découlant de ces opérations, mais des rapports falsifiés ont été remis au conseil d’administration de MK. La police et la Financial Crimes Commission ont été saisies du dossier. Ken Arian, en tant qu’ancien responsables de la société Airports Holding Limited (AHL) et Sattar Hajee Abdoula, ex-Top Gun de la Voluntary Administration d’Air Mauritius, sont pointés du doigt dans la conjoncture, marquée par les conclusions du rapport Kroll, soumis au Board.
Le Premier ministre a d’abord fait référence à sa réponse à une interpellation parlementaire de la séance du 15 avril 2025, où il a été indiqué, que, durant la période de décembre 2014 à décembre 2024, Air Mauritius Ltd s’était débarrassée de quatre appareils, à savoir un A340-300 en janvier 2018, deux A319-100 en juin 2021 et un A330-200 en novembre 2021. Il avait également été mentionné qu’en juin 2021, Air Mauritius avait conclu un accord de consignation avec une société privée pour la cannibalisation de deux A340-300. La perte nette enregistrée sur la vente de ces appareils s’est élevée à environ Rs 1,2 milliard, a-t-il précisé.
Les quatre appareils vendus entre 2014 et 2024 avaient été mis en opération pendant une période comprise entre 12 et 23 ans, au moment de leur vente. « Il m’est également indiqué que les informations relatives au montant total des produits de ces ventes ne peuvent être divulguées en raison des clauses de confidentialité figurant dans les contrats de vente », a fait ressortir Navin Ramgoolam.
Durant cette même période, Air Mauritius Ltd a intégré 11 avions à sa flotte. Parmi, un a été acheté directement, deux ont été acquis dans le cadre de contrats de crédit-bail (Finance Lease) et huit ont été obtenus dans le contexte de contrats de location simple (Operating Lease). « Comme indiqué précédemment, le coût total de l’achat et des loyers versés pour ces 11 avions ne peut être communiqué en raison des clauses de confidentialité contenues dans les contrats d’achat et de location », a-t-il encore ajouté.
Par ailleurs, pour la période de 2014 à 2024, 11 appareils ont été immobilisés au sol à 100 reprises au total. Les principales raisons de ces immobilisations étaient : divers problèmes techniques ; indisponibilité de pièces de rechange ; absence de moteurs de rechange ; et contraintes liées à la chaîne d’approvisionnement.
Le Leader of the House a également souligné que le conseil d’administration d’Air Mauritius Ltd avait mandaté, l’année dernière, Kroll Middle East Consultancy Ltd afin de mener une Forensic Investigation indépendante, portant sur les motifs ayant conduit à la vente ou à la cession de cinq appareils durant la période de l’administration volontaire de 2020-21; un sixième appareil, un A340-300, vendu en 2018, ne faisait pas partie de l’enquête Kroll puisqu’il ne concernait pas la période du Covid-19 et de l’administration volontaire d’Air Mauritius ; de même que la location de deux A330-200 en 2022 et la commande d’un A350-900 supplémentaire en 2023.
Le conseil d’administration d’Air Mauritius Ltd s’est réuni les 25 et 29 juin 2026 pour examiner les conclusions du rapport soumis par Kroll. De nombreuses questions y sont soulevées. Le conseil a ainsi décidé de prendre toutes les mesures nécessaires et appropriées pour protéger les intérêts de la compagnie, soit, saisir les autorités compétentes, à savoir la Financial Crimes Commission et la police, engager toutes les actions civiles dont dispose la compagnie et ouvrir les procédures disciplinaires appropriées, conformément aux exigences légales.
Le Premier ministre a fait ressortir qu’il y a eu des actes concertés et des agissements de la part de l’ancien président d’Airport Holdings Ltd, ainsi que de plusieurs hauts responsables d’Air Mauritius, visant à favoriser la location d’appareils auprès d’un bailleur spécifique : « De tels agissements pourraient constituer une conspiration criminelle au détriment des autres soumissionnaires et d’Air Mauritius Ltd. »
Il a également fait mention de « rapports falsifiés et trompeurs soumis à l’ancien conseil d’administration en parfaite connaissance de cause, par deux personnes, à savoir l’ancien président d’Airport Holdings Ltd, M. Ken Arian et l’ancien directeur général d’Air Mauritius Ltd, M. Kucko, dans le but de justifier l’achat d’un A350-900 supplémentaire auprès d’Airbus, alors que d’autres rapports internes concluaient qu’un A330 représentait une option économiquement plus avantageuse pour Air Mauritius Ltd. »
Par ailleurs, s’est appesanti le Premier ministre, la location d’un appareil auprès de ce bailleur particulier, avait été précédée d’inspections effectuées à l’étranger par des responsables d’Air Mauritius, ainsi que par d’autres personnes. « Les rapports d’inspection ont omis des éléments essentiels concernant la navigabilité de l’appareil loué. Cette situation a contraint Air Mauritius à engager des dépenses considérables afin de rendre l’appareil conforme aux exigences de navigabilité. Air Mauritius entend engager des procédures disciplinaires contre les responsables concernés », fait-il ressortir.
Compte tenu de la situation, les anciens administrateurs d’Air Mauritius Ltd, notamment Sattar Hajee Abdoula, pourraient faire l’objet d’une action en dommages-intérêts pour négligence quant à la cession d’un appareil A332, durant la période d’administration de la compagnie. Le Premier ministre a indiqué que les fonds de sauvetage accordés par le gouvernement auraient été utilisés pour rembourser des créanciers étrangers, ainsi que SBM Holdings, dans des circonstances laissant apparaître une négligence de la part des administrateurs dans l’exercice de leurs fonctions.

