Pour le ministre Ashok Subron, le Domestic Abuse Bill se situe au cœur des fondements de la société et concerne le vivre-ensemble. Il a mis en avant le fait que le projet de loi vise à protéger la cellule familiale, où doivent régner l’amour et le respect. De même, il s’est demandé comment une société peut-elle combattre la violence domestique, alors que cette même société est née d’un système de violence et d’abus.
Il a cité l’esclavage, l’engagisme, le colonialisme et, aujourd’hui, le capitalisme. Ce qui l’amène à dire que le Domestic Abuse Bill n’est pas un projet de loi ordinaire. « Il s’inscrit dans un processus historique et collectif visant à réparer les blessures psychologiques et sociales, ainsi que les traumatismes engendrés par les violences et les abus du passé, mais aussi ceux produits par le système actuel », affirme-t-il.
Il a rendu hommage aux femmes qui ont mené le combat, commençant par Anna de Bengale, à celles qui ont milité au sein des associations et des institutions, en passant par les ouvrières de la zone franche et les étudiants de mai 75, entre autres.
« Le projet de loi que nous adopterons ce soir porte l’empreinte de toutes les personnes, organisations et mouvements. » Parlant du Domestic Abuse Bill, il a indiqué qu’il marque une évolution majeure dans la manière dont Maurice traite juridiquement les violences domestiques.
« Le cadre législatif de 1997 mettait essentiellement l’accent sur la protection immédiate contre les violences physiques et sur les ordonnances de protection. La nouvelle législation s’inscrit dans une compréhension moderne des violences domestiques, en passant d’une approche réactive centrée sur les agressions physiques à une approche globale, centrée sur les survivants, qui prend également en compte les formes d’abus non physiques et structurelles », fait-il ressortir.
À son avis, le changement le plus significatif réside dans le lexique. « La loi de 1997 visait les violences domestiques, une notion qui privilégiait les actes physiques, visibles ou facilement démontrables, tels que les agressions, les intimidations physiques ou les dégradations de biens. Le présent projet de loi adopte l’expression abus domestiques, reconnaissant ainsi que certaines des formes de domination les plus destructrices ne laissent aucune trace physique », estime-t-il.Ce projet de loi dépasse également la conception des violences domestiques comme un « incident isolé », en reconnaissant explicitement les violences économiques, les violences émotionnelles et psychologiques, ainsi que le viol conjugal.
« Il affirme que la violence constitue avant tout un mécanisme de pouvoir et de contrôle, et non simplement une perte de maîtrise individuelle. »De même, a-t-il fait ressortir, le Domestic Abuse Bill adopte une approche proactive et globale, en s’attaquant aux causes structurelles, en renforçant les mécanismes d’accompagnement des victimes et en responsabilisant davantage les auteurs des violences.
Le nouveau projet de loi, a poursuivi Ashok Subron, instaure « un réseau intégré d’appui judiciaire », garantissant une coordination efficace entre les agents d’exécution, les services d’urgence, les centres d’hébergement et les juridictions de première ligne.Le Domestic Abuse Bill touche également au rôle de l’État et des institutions publiques.
Il instaure des « principes de l’intérêt supérieur » applicables aux institutions publiques. Les victimes pourront s’adresser à n’importe quel poste de police et les policiers auront plus de pouvoir pour agir. Toutefois, a reconnu Ashok Subron, les approches fondées uniquement sur le changement des comportements sont insuffisantes. Une approche strictement comportementale suppose que si l’on « corrige » la psychologie de l’auteur des violences ou que l’on « forme » la police, les violences cesseront.
Il a prôné l’approche écosocialiste en faveur d’un rééquilibrage des rapports de force. Il a estimé que la récente décision du gouvernement d’étendre le congé de maternité ou encore l’introduction du congé menstruel vont dans le sens d’une transformation de ces rapports de pouvoir.
Il a ajouté qu’en tant que ministre responsable du National Solidarity Fund, il est fier d’avoir « modestement contribué » à l’instauration d’une allocation destinée aux citoyens victimes d’abus domestiques. Ce qui permettra aux victimes de violences domestiques de quitter un environnement marqué par la violence, pour construire un avenir fondé sur la paix et la sécurité.

