Savez-vous quel est l’actuel sujet de conversation des élus de la majorité ? Non, il ne s’agit pas de l’inquiétude suscitée par le succès de la manifestation de samedi dernier contre les mesures budgétaires sur la pension de vieillesse. Manifestation que la communication du bureau du Premier ministre a réduit à « quelques personnes en plus que pour l’inauguration d’un stade à Triolet, par le Premier ministre. » Les policiers présents pour l’inauguration étaient tellement nombreux qu’on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une activité policière plus que d’une manifestation sportive. Est-ce que le PM s’entoure de policiers pour éviter les questions que pourraient avoir envie de lui poser les électeurs de sa circonscription sur, justement, cette pension de vieillesse qui est en train de devenir le cauchemar du gouvernement ? Cette forte présence policière était aussi visible hier matin sur les autoroutes et les routes du pays. Ce qui a fait dire à un observateur que c’était un signe que les caisses de l’État sont vides puisque les autorités transforment les policiers en chasseurs de contraventions pour les remplir. Certains policiers sont tellement zélés « pou fer pay lamann » qu’ils n’hésitent pas à créer des situations – de véritables guets apens ! – pouvant inciter des accidents. Cela a été démontré par une vidéo circulée sur les réseaux sociaux, hier, montrant des policiers qui, pour essayer d’épingler des automobilistes, se sont garés dans une montée en gênant carrément la circulation, au point de potentiellement provoquer des accidents. Ces policiers sont tellement impliqués dans leur chasse à la contravention que certains se demandent si, en fin de compte, le montant des amendes récolté ne servira pas à leur payer les heures supplémentaires dues depuis des mois. En fin de compte, c’est à ces policiers, qui ne respectent pas les bases du code de la route, qu’il faudrait faire payer des contraventions. Cependant, il ne faut pas rêver : ce n’est pas demain qu’on verra un motard verbaliser un policier qui s’est mal garé juste pour pouvoir épingler des automobilistes…
Mais ne nous égarons pas et revenons à la question du jour : quel est le sujet de conversation et d’inquiétude des élus de la majorité, ces jours-ci ? Je vous l’ai dit, pas la pension parce que cela fait un an que les élus de la majorité se font traiter de « voler pension » par leurs mandants. Ils ont fini par s’habituer à ce qualificatif. Non, leur sujet de conversation, c’est le remaniement ministériel dont on parle, à mi-voix, depuis quelque temps et qui devrait avoir lieu, théoriquement, après le budget et avant les vacances parlementaires. En attendant que le PM se décide, ce qui pourrait prendre un certain temps, les candidats, surtout ceux du Parti Travailliste, essayent de se faire remarquer par leurs questions parlementaires. Ou en se rendant systématiquement aux manifestations auxquelles participe le PM, en espérant que la fidélité visuelle, à défaut de rencontre avec le leader, finira par payer. Beaucoup de rouges regrettent, sans oser le dire, que dans le sillage de la démission de Paul Bérenger, le MMM n’ait pas quitté le gouvernement, ce qui aurait fait plus de places de ministres à pourvoir. Mais les membres du MMM semblent avoir pris goût aux maroquins ministériels et réclament un ministère, en plus, avec comme candidat Veda Balamoody. Dans cette perspective, les mauves auraient même prévu un mini remaniement au sein de celui que le PM est censé faire. Le fait marquant sera que Reza Uteem remplacerait Joyti Jeetun aux Services Financiers et cette dernière serait envoyée au ministère du Gender Equality and Family Welfare à la place d’Arianne Navarre Marie qui, comme son ex-leader… qu’elle avait qualifié de mentor, serait un Deputy Prime Minister sans portefeuille. La campagne de com pour le remplacement de l’une par l’autre bat son plein et on a entendu cette semaine des déclarations selon lesquelles Reza Uteem a les qualifications et l’expérience nécessaires pour gérer le ministère des Services Financiers, alors que Joyti Jeetun n’a à son actif que trois petits mois de politique avant les élections ! Encore une illustration du fait qu’en politique, même si on est du même parti, on est d’abord et avant tout des adversaires. Surtout quand il s’agit d’un maroquin ministériel désiré ! Est-ce que Navin Ramgoolam, qui avait refusé de nommer Reza Uteem au poste de ministre des Finances, malgré la recommandation de Paul Bérenger qui trouvait qu’il était le candidat idéal pour ce poste, se laissera convaincre cette fois-ci par le profil que l’on projette de Reza Uteem ? La réponse figurera dans la nouvelle liste de ministres que Navin Ramgoolam rendra publique quand il aura pris sa décision de remanier son cabinet. Si remaniement il y aura.
Jean-Claude Antoine

