Une Independent Review en cours par l’Exim Bank of India
Joanna Bérenger : « D’un point de vue environnemental, le projet n’est pas encore vraiment prêt »
L’autoroute M4 au coût de Rs 10,8 milliards pour le tracé Forbach-Bel-Air, sera bien concrétisée, en dépit des contraintes financières. C’est ce qu’a fait comprendre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, à une interpellation, Joanna Bérenger, parlementaire du Fron Militan Progresis. Il a confirmé que le rapport EIA soumis au ministère de l’Environnement suscite quelques préoccupations et qu’une Independent Review est en cours par l’Exim Bank of India, qui finance le projet. Il a profité de l’occasion pour préciser qu’en 2005, il était intervenu pour empêcher qu’un projet routier ne traverse la Vallée de Ferney.
« Le gouvernement poursuit un modèle de croissance fondé sur l’investissement plutôt que sur la consommation. À ce titre, les investissements dans les projets du secteur public, notamment ceux qui stimulent également l’investissement privé, sont essentiels à la croissance économique. » C’est dans ce contexte que le Premier ministre a situé la réalisation de la nouvelle route M4. Cela, en dépit du fait que le gouvernement a dû revoir la priorisation des projets, suivant l’abandon du Means Test au titre de la réforme de la pension. Ce qui entraînera des dépenses additionnelles de Rs 6,2 milliards pour l’année financière en cours.
Cet exercice engagé a pris en considération une série de critères suivants : évaluer le degré de préparation et l’état d’avancement du projet; réexaminer les coûts et les bénéfices économiques et sociaux attendus du projet, ainsi que son rapport qualité-prix et l’existence de solutions alternatives, susceptibles d’atteindre les mêmes objectifs de manière plus efficace ou à moindre coût; étudier d’autres modèles de financement, afin de garantir la réalisation des projets d’investissement public tout en réduisant la pression sur les finances publiques; et évaluer le caractère abordable et la viabilité budgétaire du projet, en tenant compte des besoins futurs de financement, des coûts d’exploitation et d’entretien, des incidences sur la trésorerie ainsi que des engagements éventuels. Les projets exerçant une pression excessive sur les ressources budgétaires pourront être reportés ou voir leur portée réduite.
Le Premier ministre a précisé que ce projet d’autoroute M4, remontant à 2009, s’inscrit dans le cadre du Programme national de décongestion du réseau routier. « En 2009, nos routes comptaient environ 366 000 véhicules, contre près de 760 000 en 2026, soit une augmentation de près de 100 % », avance-t-il, en ajoutant que l’autoroute M4 a été identifiée par le gouvernement comme un projet national prioritaire, destiné à améliorer la connectivité régionale, fluidifier la circulation entre les régions Est, centrale et Nord de l’île et favoriser un développement socio-économique équilibré.
Les études de faisabilité et les études techniques détaillées réalisées précédemment ont confirmé la faisabilité technique et la viabilité économique du projet. « Elles ont également retenu un tracé privilégié d’environ 29,7 kilomètres, reliant Bel Air Road au rond-point de Forbach sur l’autoroute M2 », poursuit-il.
Navin Ramgoolam a fait ressortir que le projet contribuera à rééquilibrer le développement économique, à stimuler les investissements, à créer des emplois pendant la phase de construction, à soutenir le tourisme ainsi qu’à favoriser le développement commercial et résidentiel le long du corridor Nord-Est de l’île.
S’agissant des critères de préparation des projets d’investissement, il a déclaré que le projet de l’autoroute M4 est entièrement prêt, en ce qui concerne l’acquisition des terrains, l’actualisation des rapports techniques et de faisabilité ainsi que les dossiers d’appel d’offres. Le financement du projet est déjà assuré à la suite de discussions avec le gouvernement indien.
Pour le Premier ministre, le report d’un tel projet ne ferait qu’entraîner une augmentation de son coût à l’avenir. Il a précisé que les préoccupations environnementales soulevées dans la région de Ferney ont été prises en compte. Le tracé initial a été modifié, afin que le corridor proposé n’emprunte plus les zones écologiquement sensibles de cette région. « Peut-être que l’honorable membre est trop jeune pour s’en souvenir. Lorsque j’étais Premier ministre en 2005, je suis intervenu rapidement pour empêcher que le projet d’autoroute, déjà entamé, ne traverse la Vallée de Ferney, malgré les objections de la Banque Africaine de Développement », déclare-t-il.
« La BAD refusait d’interrompre le projet, faisant valoir qu’il était déjà financé et que les travaux avaient été réalisés. J’ai alors convoqué son représentant à mon bureau, afin de lui expliquer pourquoi je maintenais ma décision malgré les fonds déjà engagés. Je ne pouvais accepter une situation qui aurait constitué un véritable cas d’école en matière de catastrophe écologique », poursuit-il.
En ce qui concerne les contraintes budgétaires, le Premier ministre a indiqué que le gouvernement travaille également sur plusieurs autres mesures. Il est réitéré la démarche, confiée à un comité de haut niveau, au lendemain de la présentation du budget.
Le Premier ministre a assuré que le comité veillera à ce que, malgré les contraintes budgétaires très strictes, les projets d’investissement du secteur public demeurent porteurs d’impact et de transformation. « Le comité de haut niveau présidé par le secrétaire au Cabinet examinera également le projet de l’autoroute M4, dans le cadre de son évaluation globale des projets d’investissement inscrits au budget et au programme d’investissement du secteur public. Il tiendra certainement compte du caractère transformateur de ce projet, de son importance stratégique, ainsi que de ses bénéfices à long terme pour le pays », fait-il valoir.
Une Project Monitoring and Implementation Unit sera prochainement instituée au sein du Prime Minister’s Office. Cette unité sera dirigée par un professionnel issu du secteur privé, qui sera habilité à faire appel à une expertise étrangère, afin de garantir que les projets d’infrastructure soient réalisés dans les délais impartis et dans le respect des limites du budget approuvé.
Joanna Bérenger : Le Premier ministre a mentionné l’augmentation du parc automobile pour justifier la construction de la nouvelle autoroute M4. Peut-il dire si le comité a examiné l’augmentation du trafic induit, qui risque d’arriver suite à la construction de la nouvelle autoroute ? Le PM est certainement au courant du phénomène qu’on appelle l’Induced Demand. Une étude commanditée par le gouvernement britannique cette année a conclu au fait que lorsqu’on augmente la capacité routière, le trafic s’ajuste à la nouvelle offre et le parc automobile continue de croître, donc la congestion routière revient. Est-ce que le comité a pris en considération ce phénomène ?
PM : En fait, c’est déjà arrivé à Maurice. Dans certains endroits, la circulation est fluide, puis, nous nous retrouvons avec des bouchons. Cela a été pris en considération. Je n’ai pas tous les détails, mais je sais que cet aspect est à l’étude.
J.B : Le comité a-t-il vérifié que le projet d’autoroute M4 dispose d’une étude d’impact environnemental, mais surtout, pour l’ensemble du projet ?
PM : Le 24 avril de cette année, un Environmental Impact Assessment Report a été soumis au ministère de l’Environnement. Le ministère en a fait des commentaires et en parallèle, une Independent Review du projet détaillé est en cours par l’Exim Bank of India, qui assure le financement le projet. Une fois le rapport détaillé approuvé par les autorités indiennes, l’EIA Report sera revu en lien avec les commentaires du ministère. Tout changement apporté sera à nouveau soumis au ministère.
J.B : D’un point de vue environnemental, le projet n’est pas encore vraiment prêt…
Speaker : Pas de commentaires.
J.B: Le PM peut-il confirmer la valeur totale du projet et si les Rs 10,8 milliards concernent uniquement le trajet Forbach-Bel-Air?
PM : Je peux confirmer… Je cherche le chiffre exact… Je peux confirmer ces détails.
J.B : Comment ce projet va-t-il bénéficier à l’économie locale ? C’est-à-dire, est-ce que les prestataires seront locaux, mis à part le consultant qui travaille déjà sur le projet depuis plusieurs années ?
PM : Cela va définitivement nous être bénéfiques. D’abord, en ce qui concerne les congestions routières. Ensuite, cela va créer des activités économiques dans la région. Les habitants de la région auront donc des débouchés de travail. Puis, le secteur touristique va aussi en bénéficier.
Beechook : Quand ce projet bien accueilli par les habitants des circonscriptions rurales 6, 7, 8, 9 et 10, démarrera-t-il ?
PM : C’est sujet aux détails que j’ai mentionnés. C’est presque prêt, comme l’honorable Joanna Bérenger vient de dire, mais nous devons prendre en considération les observations du rapport final.


