C’est amusant d’entendre les ténors du MSM crier aux vierges violées, publier des communiqués alléguant que leur comparution annoncée à la Financial Crimes Commission est surtout de nature politique. Elle aurait été décidée pour empêcher le MSM de tenir son meeting de retour sur la scène politique, le premier après sa défaite sans appel aux élections de 2024. Les ténors orange ne sont pas convoqués pour répondre à des questions sur leur possible implication dans l’octroi d’un contrat pétrolier de plusieurs milliards, mais pour leur empêcher de faire leur come-back politique. C’est amusant d’entendre des personnalités politiques qui ont, pendant des années, celles où elles étaient au pouvoir, utilisé des enquêtes policières pour tenter de faire taire adversaires, opposants ou tout simplement des personnes qui n’étaient pas d’accord avec le gouvernement du jour et ses dirigeants.
Pour ceux qui ont la mémoire sélective, rappelons qu’une internaute qui avait fait une simple blague sur Pravind Jugnauth sur les réseaux sociaux s’est retrouvée aux Casernes centrales après qu’une escouade de la police a fait une descente à son domicile au petit matin. Une pratique souvent utilisée à l’époque et tellement ancrée chez certains gabelous qu’ils l’ont à nouveau utilisée en septembre de l’année dernière contre un journaliste qui avait osé s’attaquer à un nouveau puissant et à son fils. Comme quoi, les gouvernements changent et, malgré leurs promesses, certaines pratiques policières demeurent.
N’oublions pas les attaques publiques du même Pravind Jugnauth contre des magistrats ayant rendu des jugements qui lui déplaisaient, surtout quand ils ne condamnaient pas ses opposants. C’est alors qu’il était aux commandes de l’État et de la police que son commissaire — plus connu pour son utilisation d’un gel et sa façon particulière de « gérer » les millions du « reward money » —,- intenta un procès au Directeur des Poursuites publiques en faisant l’État payer les frais de ses hommes de loi. Après ce lourd passif — sans oublier les enquêtes ouvertes ouvertes mais jamais terminées de l’ICAC, dont la plus célèbre, celle d’Angus Road —, Pravind Jugnauth devrait éviter de se présenter comme une victime de la police obéissant aux ordres du gouvernement. Il n’est pas crédible dans ce personnage.
Si les plaintes des ténors du MSM se posant en victimes inciterait plus à rire qu’autre chose, il faut quand même dire que le timing des comparutions et la publicité faite autour par la FCC peut interpeller. Semer le doute. En effet, il est curieux qu’à chaque fois que le gouvernement fait face à des difficultés — avec son dernier budget par exemple —, des interpellations de la FCC sont annoncées, comme pour détourner l’attention de l’opinion publique. Face aux insinuations surtout orange, la FCC s’est fendue d’un communiqué pour affirmer son indépendance et assurer que son calendrier n’est pas calqué sur celui des événements politiques. Le bénéfice du doute qu’on voudrait lui accorder se heurte, toutefois, à la publication des questions annoncées comme étant celles qui seront posées aux convoqués. Si le secret de l’enquête est jalousement préservé, comme l’affirme la FCC, comment est-ce que ces questions ont atterri dans le débat public ?
Mais toutes ces questions autour du fonctionnement des institutions chargées de lutter contre toutes les formes de corruption découlent d’un seul fait qui nourrit toutes les rumeurs, suppositions et autres thèses complotistes : le temps que prennent les enquêtes. Celles autour des coffres-forts de Navin Ramgoolam ont duré des années et risquent d’en demander autant eu égard aux procédures utilisées dans le déroulement du procès. Celle de la valise des Jugnauth — même si elle contenait moins de millions que les coffres de Ramgoolam — semble suivre le même chemin : celui des procédures longues et lentes souvent renvoyées à cause des hommes de loi au calendrier trop chargés… ou des convoquées qui ont oublié leurs lunettes.
Toujours est-il que des enquêtes, ouvertes l’année dernière et impliquant des personnalités politiques de l’ancien régime, semblent piétiner. On attend toujours des développements dans celle de Menlo Park, du chassé de Grand-Bassin, des équipements et médicaments commandés en urgence pendant le Covid, pour ne citer que quelques exemples connus. Est venue s’ajouter celle du contrat pétrolier dont on découvre aujourd’hui qu’elle impliquerait trois ministres de l’ancien gouvernement dont la comparution a été renvoyée en raison de l’indisponibilité de leurs représentants légaux. Mais il faut bien se rendre à l’évidence que les protestations des supposées victimes, tout comme la publicité faite autour des comparutions, ont un objectif commun : l’utilisation des enquêtes à des fins politiques. Les institutions concernées gagneraient à éviter de participer à ces opérations de com visant leur propre instrumentalisation.
Jean-Claude Antoine
