Vision 2050 : Maurice vise un PIB de USD 50 milliards

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… mais pourrait manquer de 500 000 travailleurs

La première ébauche de la stratégie nationale est soumise à la consultation publique jusqu’au 7 août. Derrière l’objectif « 50 by 50 », le document soulève des interrogations majeures sur la main-d’œuvre, les investissements et les moyens nécessaires à sa mise en œuvre.La ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun, a certes rempli la première partie de son contrat en présentant une esquisse de ce que pourrait devenir Maurice à l’horizon 2050. Cette initiative renoue avec la grande tradition de planification nationale portée autrefois par un ministère du Plan malheureusement disparu des radars depuis Mathusalem. Il faut néanmoins dire sans ambages que le délai accordé à la population pour étudier le document et formuler ses propositions paraît particulièrement court. Le recours presque exclusif à une consultation électronique semble également insuffisant pour un exercice appelé à déterminer l’avenir du pays pendant les 25 prochaines années. Une nouvelle tournée de réunions publiques d’explication et de dialogue à travers l’île serait donc souhaitable. Elle permettrait de présenter les projections dans un langage accessible, de répondre aux interrogations des citoyens et de recueillir la parole de ceux qui ne disposent pas nécessairement d’un accès facile aux plateformes numériques. Écrire noir sur blanc l’avenir de Maurice ne peut être l’affaire des seuls experts, fonctionnaires et internautes : cette démarche doit associer la population dans toute sa diversité.

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Le gouvernement a rendu publique la première ébauche de Vision 2050, sa feuille de route destinée à orienter le développement économique et social de Maurice au cours du prochain quart de siècle. Le document est désormais soumis à l’appréciation de la population, qui dispose seulement jusqu’au vendredi 7 août 2026 pour transmettre ses commentaires. Un délai qui mérite d’être prolongé si les autorités veulent faire de cette ultime étape un véritable exercice participatif, et non une simple formalité administrative.

Cette étape intervient après plus de six mois de consultations nationales. Selon le ministère des Services financiers et de la Planification économique, 13 séances régionales, dont celles organisées à Rodrigues, et 21 consultations thématiques ont réuni environ 2 000 participants. Des représentants de la société civile, des collectivités locales, du secteur privé, des syndicats, des PME, des jeunes, des personnes âgées, des planteurs, des pêcheurs et de la diaspora auraient participé à l’exercice.

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Un atelier de validation regroupant une centaine de personnes s’est également tenu le 23 juillet au Sir Harilall Vaghjee Hall, à Port-Louis.

« 50 by 50 », l’objectif central

La principale ambition économique présentée dans cette première ébauche tient dans une formule : « 50 by 50 ». Le gouvernement souhaite porter le produit intérieur brut de Maurice à USD 50 milliards d’ici 2050, alors que la trajectoire actuelle conduirait, selon le rapport, à un PIB de seulement USD 29 milliards.

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L’écart est considérable : il faudrait générer quelque USD 21 milliards de richesse supplémentaire par rapport aux projections actuelles, soit une progression d’environ 72 %.

Pour atteindre cet objectif, le rapport préconise des investissements stratégiques dans les infrastructures, des réformes du marché du travail, une meilleure intégration économique avec l’Afrique et un renforcement du cadre réglementaire du centre financier mauricien. Il mise notamment sur les possibilités offertes par l’African Continental Free Trade Agreement, la Zone de libre-échange continentale africaine.

Cette ambition doit néanmoins être accompagnée d’explications plus précises. Le communiqué ne dit pas encore si les USD 50 milliards sont calculés en valeur nominale ou réelle. Il ne fournit pas non plus le taux de croissance annuel nécessaire, le niveau d’investissement attendu, les modalités de financement ou les secteurs qui devraient porter cette expansion.

Jusqu’à 500 000 travailleurs manquants

La projection la plus préoccupante concerne toutefois la population active. Maurice pourrait faire face à un déficit compris entre 390 000 et 500 000 travailleurs d’ici 2050.

À l’échelle du pays, un tel manque de main-d’œuvre modifierait profondément le fonctionnement de l’économie et de la société. Il affecterait potentiellement la construction, le tourisme, l’industrie, l’agriculture, les services de santé, les services publics et le financement du système de pensions.

Pour répondre à cette situation, le rapport recommande d’augmenter la participation de la population au marché du travail, de renforcer la formation continue et d’adopter une stratégie ciblée d’attraction des talents.

Ces orientations restent cependant générales. Le document devra notamment expliquer quelle part des besoins pourrait être couverte par la population mauricienne et quelle place serait accordée aux travailleurs étrangers. Une arrivée importante de main-d’œuvre nécessiterait également une planification concernant le logement, les transports, les écoles, les hôpitaux et l’intégration sociale.

Prévenir plutôt que gérer les crises

La ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun, défend la nécessité de préparer dès maintenant les réponses aux difficultés futures. Elle estime que les problèmes actuels liés à l’eau, à l’énergie, au vieillissement de la population et au manque de travailleurs résultent notamment d’une insuffisance de planification à long terme.

Vision 2050 entend ainsi rompre avec une gestion reposant principalement sur les urgences immédiates. Encore faudra-t-il traduire les orientations générales en engagements mesurables, assortis d’échéances, de budgets et d’une répartition claire des responsabilités entre les ministères et les institutions publiques.

La crédibilité de la démarche dépendra aussi de la mise en place d’un mécanisme indépendant permettant d’évaluer régulièrement les progrès accomplis et de rendre les résultats publics.

Un délai de consultation très serré

Si le gouvernement insiste sur le caractère participatif de la démarche, la dernière phase de consultation soulève une interrogation. Le public ne dispose que d’environ deux semaines pour prendre connaissance d’un document engageant l’avenir du pays jusqu’en 2050 et soumettre ses observations.

Un tel délai risque de compliquer la tâche des syndicats, des ONG, des universitaires, des organisations professionnelles et des citoyens souhaitant analyser sérieusement les projections et présenter des propositions argumentées.

Le ministère devra ainsi préciser s’il envisage de prolonger la consultation et comment les contributions reçues seront examinées. Il serait également nécessaire de publier une synthèse des commentaires et d’indiquer lesquels auront été intégrés à la version définitive. Faute de transparence sur ce suivi, l’appel à contributions pourrait être perçu comme une simple formalité.

Où consulter le dossier ?

La première ébauche de Vision 2050 est disponible sur le portail officiel consacré au projet : vision2050.govmu.org.

Les citoyens sont invités à consulter le dossier et à soumettre leurs commentaires au plus tard le vendredi 7 août 2026.

Les premières questions adressées à la ministre

La publication de cette ébauche appelle plusieurs précisions de la ministre des Services financiers et de la Planification économique, Jyoti Jeetun :

  1. Sur quelles données repose la projection d’un déficit de 390 000 à 500 000 travailleurs d’ici 2050 ?
  2. Quelle proportion de ce manque de main-d’œuvre devra être comblée par le recrutement de travailleurs étrangers ?
  3. Comment Maurice pourra-t-elle accueillir une main-d’œuvre étrangère aussi importante sans exercer une pression supplémentaire sur le logement, les transports, les écoles et les services de santé ?
  4. L’objectif d’un PIB de USD 50 milliards est-il exprimé en dollars courants ou constants ? Quelles hypothèses de croissance, d’inflation et de taux de change ont été retenues ?
  5. Quel taux de croissance annuel Maurice devra-t-elle maintenir pour atteindre le « 50 by 50 » ?
  6. Quels secteurs économiques devront produire les USD 21 milliards supplémentaires par rapport à la trajectoire actuelle de USD 29 milliards ?
  7. Quel sera le coût de la mise en œuvre de Vision 2050 et comment ce programme sera-t-il financé dans un contexte marqué par une dette publique élevée ?
  8. Quels objectifs le gouvernement fixe-t-il en matière de PIB par habitant, de réduction des inégalités et d’amélioration de la qualité de vie ?
  9. Pourquoi accorder au public seulement deux semaines environ pour examiner une stratégie qui engage le pays jusqu’en 2050 ? Le ministère envisage-t-il de prolonger la consultation au-delà du 7 août ?
  10. Les commentaires reçus seront-ils publiés et le gouvernement indiquera-t-il lesquels ont été retenus dans la version définitive ?
  11. Quand la version finale, le calendrier d’exécution, les budgets et les indicateurs de performance seront-ils rendus publics ?
  12. Quel organisme sera chargé d’évaluer les progrès réalisés et de demander des comptes aux différents gouvernements jusqu’en 2050 ?

Ces premières interrogations ne remettent pas en cause la nécessité d’une planification à long terme. Elles visent à déterminer si Vision 2050 deviendra une véritable feuille de route, dotée de moyens, d’échéances et de responsabilités clairement établies, ou si elle restera principalement une déclaration d’intention.

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