Au-delà de la sécurité de la navigation, le Mauritius Hydrographic Services Bill entend doter le pays d’un véritable outil de gouvernance de son immense espace maritime. Cartographie des fonds marins, lutte contre l’érosion côtière, adaptation aux changements climatiques ou encore préservation des écosystèmes, le projet de loi place les données hydrographiques au cœur de la gestion durable des océans mauriciens. On vous explique.
Avec seulement 2 040 km² de territoire terrestre, Maurice est pourtant à la tête de l’un des plus vastes espaces maritimes des petits États insulaires. Sa juridiction couvre près de 2,3 millions de km² dans l’océan Indien, auxquels s’ajoutent le plateau continental étendu de Rodrigues ainsi que la zone de cogestion avec les Seychelles sur le plateau des Mascareignes. Une immensité maritime dont la connaissance scientifique devient aujourd’hui une priorité nationale. C’est dans cette optique que le gouvernement a présenté le Mauritius Hydrographic Services Bill, un texte qui vise à donner un cadre légal aux activités hydrographiques du pays. Jusqu’à présent, celles-ci étaient assurées par une unité spécialisée du ministère du Logement et des Terres, sans véritable fondement législatif.
Pour le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, il s’agit d’un changement majeur dans la manière dont Maurice entend exercer sa souveraineté maritime. Chaque carte nautique produite, chaque relevé bathymétrique effectué ou encore chaque donnée collectée sur les fonds marins participe désormais à une meilleure connaissance du territoire maritime national et renforce la capacité du pays à gérer cet espace. Mais au-delà des questions de souveraineté, les débats parlementaires ont surtout mis en lumière les retombées environnementales de cette nouvelle législation.
Mieux connaître la mer pour mieux la protéger
Les données hydrographiques regroupent l’ensemble des informations relatives aux océans, lagons, rivières et zones côtières : profondeur des eaux, relief sous-marin, courants, marées, caractéristiques des fonds marins ou encore présence d’obstacles à la navigation. Pour le ministre de l’Environnement, Rajesh Bhagwan, ces informations constituent aujourd’hui un outil indispensable pour comprendre les transformations du littoral mauricien et y apporter des réponses adaptées.
Au Parlement, mardi, le ministre a rappelé que Maurice est confrontée à des défis environnementaux croissants. Montée du niveau de la mer, érosion des côtes, cyclones, submersions marines, inondations ou encore dégradation des écosystèmes fragilisent progressivement les zones côtières, où se concentrent une grande partie des infrastructures et de la population. Les chiffres présentés à l’Assemblée témoignent de cette vulnérabilité avec plus de 37 kilomètres de côtes, soit près de 17,6% du littoral, sont déjà affectés par l’érosion. Certaines plages auraient perdu jusqu’à 20 mètres au cours des dernières décennies. Le gouvernement a identifié 33 sites prioritaires représentant 31 kilomètres de côtes devant faire l’objet de travaux de réhabilitation d’ici 2035.
Selon le ministre, disposer de relevés bathymétriques fiables permettra d’améliorer la compréhension des phénomènes d’érosion et d’accrétion, d’éviter des erreurs coûteuses lors des travaux de protection côtière et de concevoir des interventions reposant sur des données scientifiques solides. Le projet de loi s’inscrit également dans la stratégie nationale d’adaptation aux changements climatiques. Le ministère de l’Environnement prépare actuellement un plan national d’adaptation destiné à identifier les actions prioritaires dans les secteurs les plus vulnérables. Les informations produites par le futur Mauritius Hydrographic Services alimenteront directement ces travaux.
Les relevés hydrographiques permettront notamment de suivre l’évolution du niveau de la mer, de cartographier précisément les fonds marins et les reliefs côtiers, ainsi que d’établir les données de référence nécessaires à la planification des mesures d’adaptation Selon Rajesh Bhagwan, cette base scientifique viendra compléter la future stratégie nationale de gestion du littoral et renforcera les capacités des institutions à anticiper les risques environnementaux liés au changement climatique. Elle contribuera également à une gestion intégrée des lagons et des espaces marins.
Des données essentielles pour les écosystèmes marins
Les données collectées serviront par ailleurs à la modélisation des risques d’inondation côtière, à la conception des ouvrages de protection contre les submersions marines ainsi qu’à l’évaluation des effets de la montée des eaux sur les infrastructures et les communautés installées le long du littoral. Au-delà de la protection du littoral, le projet de loi entend également renforcer la préservation des écosystèmes marins. Les autorités rappellent que la zone économique exclusive mauricienne abrite des récifs coralliens, des habitats marins profonds ainsi qu’une biodiversité exceptionnelle présentant un potentiel écologique, scientifique et économique considérable.
Pour le ministère de l’Environnement, la disponibilité de données hydrographiques fiables constitue désormais un préalable à une gestion durable de ces milieux naturels. Les relevés permettront notamment d’alimenter les travaux relatifs à l’inventaire national du « blue carbon », qui vise à cartographier les herbiers marins et les mangroves dans l’ensemble de la zone économique exclusive d’ici 2035. Ces écosystèmes jouent un rôle majeur dans le stockage du carbone, la protection des côtes et le maintien de la biodiversité marine.
Les données hydrographiques serviront également à la planification spatiale marine, à l’identification des habitats marins et à une meilleure connaissance des fonds océaniques. Selon le ministre Rajesh Bhagwan, elles permettront de renforcer les objectifs nationaux de conservation tout en améliorant la gestion durable des ressources marines.
Une meilleure préparation face aux catastrophes environnementales
Les débats parlementaires ont également mis en avant le rôle de l’hydrographie dans la prévention et la gestion des catastrophes environnementales. Les données relatives aux courants, aux marées, à la bathymétrie ou encore à la topographie côtière sont essentielles pour prévoir la trajectoire d’une pollution marine, notamment en cas de déversement d’hydrocarbures. Elles permettent d’orienter les opérations d’intervention et de limiter les impacts sur les écosystèmes côtiers.
Le ministre de l’Environnement a rappelé plusieurs incidents survenus à Saint-Brandon au cours de la dernière décennie. Trois navires de pêche s’y sont échoués entre 2015 et 2023. Aucun n’a provoqué de pollution, mais un éventuel déversement de carburant aurait représenté une menace majeure pour les récifs coralliens et les plages de ponte des tortues vertes de cet archipel.
Dans le cadre d’un programme d’assistance technique conduit avec l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), Maurice a déjà élaboré des fiches tactiques destinées aux interventions en cas de marée noire sur plusieurs sites sensibles de la côte est et dans la région portuaire. Ces documents intègrent notamment des informations sur les profondeurs, les courants, les marées et les caractéristiques du littoral. Les autorités souhaitent désormais étendre ce travail à d’autres secteurs, notamment Rodrigues, Agalega, Saint-Brandon et l’archipel des Chagos.
Les Chagos abritent 300 espèces de coraux
Le ministre de l’Environnement a ainsi souligné la richesse écologique exceptionnelle des Chagos. L’archipel comprend sept atolls coralliens, plus de soixante îles et le Great Chagos Bank, présenté comme le plus grand atoll corallien au monde. Ses eaux abritent près de 300 espèces de coraux, environ 800 espèces de poissons ainsi que d’importantes colonies d’oiseaux marins. Les récifs peu profonds couvrent près de 6 000 km², soit environ 1,5% de la superficie mondiale des récifs coralliens.
Face aux effets du changement climatique, notamment l’élévation du niveau de la mer et le réchauffement des eaux, les autorités estiment que des données hydrographiques précises seront indispensables pour assurer la navigation, planifier l’utilisation de l’espace marin et renforcer les stratégies de résilience de cet environnement particulièrement fragile. Le projet de loi est également présenté comme un levier pour le développement de l’économie bleue.
Selon les deux ministres, la connaissance précise des fonds marins est indispensable pour de nombreux secteurs : navigation commerciale, implantation d’infrastructures offshore, câbles sous-marins, énergies renouvelables ou encore pêche durable. Les données hydrographiques serviront également à l’évaluation des ressources du sous-sol marin, à la planification spatiale et aux futures recherches scientifiques.
Le texte prévoit par ailleurs que toutes les données hydrographiques collectées dans les eaux mauriciennes deviendront propriété de l’État. Pour le gouvernement, cette disposition garantit que les informations produites lors de relevés scientifiques ou techniques demeureront un patrimoine national et pourront servir à éclairer les politiques publiques futures.
Le Mauritius Hydrographic Services Billprévoit enfin la création officielle des Mauritius Hydrographic Services au sein du ministère du Logement et des Terres, dirigé par un Chief Hydrographer. Celui-ci sera chargé de la collecte des données hydrographiques, de la production et de la mise à jour des cartes nautiques officielles ainsi que de la représentation de Maurice auprès des organisations internationales spécialisées.
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Le « Compendium of Survey of Navigable Passes »,
un référentiel pour mieux connaître le littoral mauricien
Publié en 2023 par le Mauritius Hydrographic Service et disponible sur le site du ministère du Logement et des Terres, le Compendium of Survey of Navigable Passes constitue un document de référence sur les principaux chenaux navigables de Maurice. Il rassemble les résultats de plusieurs campagnes hydrographiques menées au fil des années afin de mieux connaître les caractéristiques du littoral et des lagons mauriciens.
Le document compile les données hydrographiques disponibles sur les différents passages navigables de Maurice. Outre les caractéristiques des chenaux, il recense également plusieurs éléments d’importance situés en mer et dans les zones côtières. Ces données sont également accessibles via la plateforme officielle Ocean Observatory E-platform, hébergée sur le Mauritius Spatial Data Infrastructure (MSDI) et administrée par le département du Continental Shelf, Maritime Zones Administration and Exploration (CSMZAE).
Le document revient ainsi sur les particularités géographiques de Maurice. L’île est bordée en grande partie par des plages de sable et entourée d’une barrière de récifs coralliens qui délimite un vaste lagon peu profond. Seules certaines portions de la côte ouest et du sud échappent à cette configuration. Ces récifs présentent plusieurs ouvertures naturelles permettant l’accès au lagon et à la haute mer. Au total, 96 passes navigables ont été identifiées autour de l’île, 42 sont considérées comme des passes majeures et 54 comme des passes mineures.
Le Compendium rappelle toutefois que ces informations doivent être interprétées avec prudence. Les zones côtières sont en constante évolution sous l’effet de nombreux phénomènes naturels. Les fluctuations du niveau de la mer, les processus d’érosion et d’accrétion, l’orientation du littoral par rapport aux vents dominants et aux houles, ainsi que la nature géologique des roches modifient progressivement les caractéristiques des fonds marins et des passes navigables. Les relevés hydrographiques doivent donc être renouvelés régulièrement, la fréquence des nouvelles campagnes dépendant de l’intensité de ces changements. Les données présentées dans le document sont ainsi susceptibles d’évoluer au fil du temps.
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Maurice ne rompt pas les liens avec l’Inde
Le partenariat historique entre Maurice et l’Inde dans le domaine de l’hydrographie ne sera pas remis en question par le Mauritius Hydrographic Services Bill. Au contraire, selon le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, le projet de loi vient donner un fondement juridique à une coopération qui dure depuis près de deux décennies.
En effet, les missions réalisées par le Indian Naval Hydrographic Department de Dehradun continueront dans les mêmes conditions qu’auparavant. Les campagnes hydrographiques menées par les équipes indiennes sont effectuées depuis de nombreuses années à l’invitation du gouvernement mauricien. Depuis 2006, cette coopération a permis la réalisation de 15 missions hydrographiques dans les eaux mauriciennes. Ces travaux ont conduit à la production de 12 cartes nautiques papier ainsi que de 14 cartes électroniques de navigation (Electronic Navigational Charts ou ENC). Parmi ces cartes électroniques, trois couvrent Rodrigues, tandis que deux concernent Agalega, contribuant ainsi à une meilleure connaissance des eaux entourant ces territoires.
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Le Cabinet approuve une étude pour l’exploration pétrolière
Le Conseil des ministres a donné son accord pour que Maurice et les Seychelles signent un Multi-Client Geotechnical Seismic Survey Agreement avec la société Viridien/Compagnie Générale de Géophysique Services SAS. Cette étude sera menée dans la Zone de gestion conjointe (Joint Management Area – JMA) du plateau continental étendu de la région du plateau des Mascareignes.
Cette campagne constitue l’une des premières étapes de l’exploration pétrolière. Elle permettra de recueillir et d’analyser des données géologiques et géophysiques afin d’évaluer si les conditions du sous-sol sont favorables à la présence potentielle d’hydrocarbures. Selon le gouvernement, cette initiative offrira plusieurs bénéfices stratégiques aux deux États insulaires.
Elle contribuera notamment, selon l’État mauricien, à enrichir les connaissances scientifiques sur la géologie du plateau des Mascareignes et à éclairer les décisions concernant la gestion des ressources du sous-sol marin. Le projet vise également à renforcer les évaluations en matière de sécurité énergétique et à favoriser de nouvelles perspectives de diversification économique. Il prévoit aussi des retombées en matière de transfert de technologies et de renforcement des capacités institutionnelles.
Les données recueillies serviront enfin à déterminer si une éventuelle exploitation future des ressources pourrait être envisagée dans le respect des exigences de protection de l’environnement et des principes du développement durable.
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LEGENDE
Dans le « Compendium of Survey of Navigable Passes » publié en 2023, 96 passes navigables ont été identifiées autour de l’île


