Le judoka Rémi Feuillet a offert, hier soir, à Maurice sa deuxième médaille d’or de son histoire aux Jeux du Commonwealth, 28 ans après celle du boxeur Richard Sunee en Malaisie. Celui qui est né à Maurice au moment où son père, Frédéric, était directeur technique national, a battu le Canadien Guillaume Gaulin en finale des moins de 90 kg.
Maurice remporte certes une belle médaille d’or à ces Jeux de Glasgow, mais il ne faut surtout pas se leurrer. Le mérite revient à Rémi Feuillet, tout en rappelant les facilités qui lui sont offertes par l’État mauricien, notamment par le biais d’une bourse de haut niveau — Rs 13 225 mensuellement, soit environ 240 euros ! Il profite aussi d’une bourse du Comité olympique mauricien (COM).
Car, faut-il le préciser, le judoka ne fait aucunement partie des structures de la Fédération mauricienne de judo (FMJ) ! Il vit et s’entraîne en France dans des conditions qui sont loin d’être comparables à celles dispensées par cette fédération. Cette même fédération qui, certainement, vantera les mérites du « Français », mais qui, depuis sept ans, pénalise pourtant honteusement bon nombre de clubs en les privant d’une affiliation et, par conséquent, leurs judokas de compétitions et des autres facilités gratuitement offertes par l’État ! Cela au nez et à la barbe d’un ministère de la Jeunesse et des Sports qui ne trouve rien à dire !
Malgré cela, le président de la FMJ, Josian Valère, s’est tout de même retrouvé aux premières loges à Glasgow ! En dépit de son statut de membre coopté du COM, il s’est vu confier les responsabilités de chef de mission adjoint ! Comprenne qui pourra.
L’expérimenté boxeur Merven Clair mérite aussi de célébrer sa victoire en quart de finale, synonyme de médaille de bronze pour sa quatrième participation aux Jeux du Commonwealth. Pas la Fédération mauricienne de boxe (FMB), toutefois. Son succès, à 33 ans, repose uniquement sur son expérience, sa détermination et l’encadrement de ses entraîneurs. À moins que la fédération parvienne à prouver le contraire, notamment en démontrant ce qui a été mis en place, cette année, afin d’offrir aux sélectionnés une préparation optimale, susceptible de leur permettre de viser plus haut.
Malheureusement, tel n’a pas été le cas, puisque ces derniers ont été confinés localement et ce n’est qu’à une poignée de jours du début des Jeux qu’ils ont profité d’un stage à Glasgow ! Peut-être que le président Pascal Telvar et ses membres pensaient que cela allait suffire. Pour ceux qui l’ignorent cependant, la performance et les résultats reposent essentiellement sur une structure solide, voire un plan et une vision.
Ne dit-on d’ailleurs pas que « Rome ne s’est pas construite en un jour » ? Qu’a justement fait la FMB pour démontrer une once de renouveau et de changement dans sa façon de procéder depuis qu’elle est au pouvoir ? Cette fédération dispose-t-elle au moins des contacts susceptibles de faire revivre cette discipline ? A-t-on sollicité les pays amis, comme cela se faisait autrefois, afin d’optimiser la préparation et d’obtenir les résultats escomptés ?
Hormis Merven Clair et la para-athlète Noemi Alphonse, médaillée d’argent au 1 500 m fauteuil, les autres athlètes ont tous mordu la poussière. Ketty Lent avait les qualités et le potentiel pour décrocher une médaille. Malheureusement, elle a échoué au pied du podium.
Le président du COM, Richard Papie, espérait lui, avant les Jeux, que Maurice puisse faire mieux qu’en 2022 — trois médailles d’argent et deux de bronze. « On ne va pas être prétentieux, mais une médaille d’or serait la cerise sur le gâteau », disait-il dans une interview. C’est désormais chose faite, mais peut-il pour autant se réjouir en tenant compte des circonstances évoquées ?
Certainement pas. Ces performances individuelles sont loin de reposer sur une base, une stratégie et un plan réalistes, voire avant-gardistes. Et malheureusement, nombreux sont ceux qui ne l’ont toujours pas compris.
L’état dans lequel se trouve le sport à Maurice est alarmant et cela fait des années que Week-End ne cesse de le répéter. Les passe-droits et autres privilèges personnels ne font pas bon ménage avec un développement durable, sauf pour ceux qui croient détenir le monopole de la pensée.
Jean-Michel Chelvan
